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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2108808

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2108808

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2108808
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDE BOUTEILLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés le 10 novembre 2021, le 2 février 2024, le 8 février 2024 et le 5 juin 2024, M. A B, représenté par Me de Bouteiller demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du conseil municipal de la commune d'Houplin-Ancoisne en date du 31 mai 2021 autorisant le déclassement et la vente d'un espace vert de 132 m² appartenant à la commune sur la parcelle cadastrée A2289, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux exercé le 15 juillet 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Houplin-Ancoisne la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la délibération litigieuse est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2231-1 du code général des collectivités territoriales ;

- elle méconnaît l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales dès lors que les conseillers municipaux n'ont pas reçu une information suffisante ;

- elle est entachée d'illégalité dès lors que la procédure légale de désaffection, préalable au déclassement d'un bien du domaine public n'a pas été respectée ;

- elle mentionne à tort que la parcelle restera inconstructible et que le PLU en tiendra compte ;

- elle est entachée d'illégalité dès lors qu'elle autorise une cession à vil prix sans motif d'intérêt général ni obligations mises à la charge du cessionnaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2023, la commune d'Houplin-Ancoisne, représentée par Me Forgeois, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 6 mars 2024 à 12 h 00 par une ordonnance du 6 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteil,

- les conclusions de M. Even, rapporteur public,

- et les observations de Me de Bouteiller, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 10 juillet 2018, le conseil municipal d'Houplin-Ancoisne a décidé la cession à un particulier d'une parcelle de 132 m², issue d'une division de la parcelle A 2289 d'une superficie de 1 222 m² acquise par la commune par actes notariés des 30 septembre 1988 et 12 mai 1993 et constituée d'espaces verts. Cette délibération a été annulée par le jugement n°1806380 du 6 avril 2021 au motif d'un défaut d'information des conseillers municipaux qui n'avaient pas eu connaissance, préalablement à l'adoption de la délibération, de l'avis du service des domaines. Le 31 mai 2021, le conseil municipal de la commune d'Houplin-Ancoisne a adopté la délibération n° 22/2021 autorisant de nouveau la vente de cette même parcelle. M. A B, agissant en qualité de contribuable de la commune, a formé une recours gracieux notifié à la commune le 15 juillet 2021 demandant l'annulation de cette délibération. Ce recours gracieux ayant fait l'objet d'un rejet implicite, M. B demande au tribunal l'annulation de la délibération n° 22/2021 adoptée le 31 mai 2021 par le conseil municipal de la commune d'Houplin-Ancoisne.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, lors de l'adoption de la délibération en litige, le conseil municipal a notamment tenu compte du caractère inconstructible, actuel et futur, du terrain, alors même que le bien était à cette date situé en zone urbaine résidentielle dans le plan local d'urbanisme de la métropole européenne de Lille adopté par le conseil de communauté le 21 décembre 2019 et, par suite, constructible. Cette circonstance ayant notamment une influence sur la valeur du bien, M. B est fondé à soutenir que la délibération est entachée d'erreur de fait.

3. En second lieu, la cession par une commune d'un terrain à des particuliers pour un prix inférieur à sa valeur ne saurait être regardée comme méconnaissant le principe selon lequel une collectivité publique ne peut pas céder un élément de son patrimoine à un prix inférieur à sa valeur à une personne poursuivant des fins d'intérêt privé lorsque la cession est justifiée par des motifs d'intérêt général et comporte des contreparties suffisantes. En cas de contestation relative à la valeur d'un bien faisant l'objet d'une cession, l'appréciation de cette valeur s'opère soit au regard des transactions intervenues dans des conditions équivalentes, soit en utilisant les méthodes d'évaluation qui permettent d'obtenir un chiffre aussi voisin que possible de celui qu'aurait entraîné, à la date de la cession, le jeu normal de l'offre et de la demande.

4. Il ressort des pièces du dossier que le bien a été cédé par la commune au prix de 40 euros par m² estimé par l'avis du service des domaines en date du 22 avril 2021, soit 5 280 euros pour 132 m², qui est le prix estimé pour une parcelle non constructible. Cependant, comme il a été rappelé au point 2., aucun élément ne permet de déduire la réalité du caractère non-constructible de la parcelle, située en zone résidentielle et dans la continuité directe de la propriété de l'acquéreur où se situe sa maison d'habitation. Or, M. B produit, sans être contredit par la commune, des éléments de nature à établir que le prix au mètre carré d'un terrain nu constructible sur le territoire d'Houplin-Ancoisne approchait à cette date la somme de 290 euros. Ainsi, la cession objet de la délibération en litige a été réalisée à un prix nettement inférieur à sa valeur vénale. La commune ne mentionne ni motif d'intérêt général ni contrepartie susceptible de justifier la vente à vil prix d'un bien à une personne privée. La délibération est, par suite, entachée d'une erreur de droit.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la délibération du 31 mai 2021 qu'il conteste.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance.

7. Il y a par ailleurs lieu, sur le fondement des mêmes dispositions, de mettre à la charge de la commune d'Houplin-Ancoisne la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du conseil municipal d'Houplin-Ancoisne du 31 mai 2021 est annulée.

Article 2 : La commune d'Houplin-Ancoisne versera à M. B la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune d'Houplin-Ancoisne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Houplin-Ancoisne.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Fabre, président,

- Mme Monteil, première conseillère,

- M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024

La rapporteure,

Signé

A.-L. MONTEIL

Le président,

Signé

X. FABRE

Le greffier,

Signé

A. DEWIERE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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