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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2108811

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2108811

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2108811
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 10 novembre et 9 décembre 2021, M. D E, représenté par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2021 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer un titre de séjour pour raisons de santé ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas établi que le rapport médical ait été transmis au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en méconnaissance des dispositions des articles L. 425-9, R. 425-11 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas possible de s'assurer que l'avis a été rendu en collégialité, ni d'identifier les médecins membres du collège de médecins de l'OFII ; l'apposition d'un facsimilé numérique ne constitue pas un procédé fiable d'identification au sens de l'article 1367 du code civil ;

- elle est entachée d'erreur de droit dans l'application des stipulations de l'article 6-7° de l'accord franco-algérien ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 6-5° de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et particulier de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle ait été prise par une autorité habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale au motif de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 6-5° de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et particulier de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale au motif de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et particulier de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- les autres moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

M. E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de Mme B au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D E, ressortissant algérien né le 1er septembre 1994 à Mohammadia (Algérie), déclare être entré en France le 5 septembre 2016 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa court séjour valable du 15 août 2016 au 14 novembre 2016. En raison de son état de santé, un certificat de résidence d'une année valable du 22 août 2017 au 21 août 2018 lui a été délivré. Il en a demandé le renouvellement le 13 décembre 2018. Par un arrêté du 11 juillet 2019, le préfet du Nord a refusé de renouveler ce certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. M. E a déposé une nouvelle demande de certificat de résidence pour raisons de santé le 31 décembre 2020. Par un arrêté du 17 septembre 2021, le préfet du Nord lui en a refusé la délivrance, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. E demande au tribunal d'annuler ce dernier arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 19 juillet 2021, publié le même jour au recueil spécial n° 164 des actes administratifs de l'Etat dans le département, le préfet du Nord a donné délégation à Mme C A de la Perrière, attachée principale d'administration de l'Etat, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, notamment, les décisions telles que celle en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions en litige manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, mentionne avec suffisamment de précisions et de manière non stéréotypée les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Ainsi, elle mentionne ses conditions d'entrée sur le territoire français, sa précédente carte de résidence et la mesure d'éloignement prise à son encontre, l'avis de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 1er juin 2021, les éléments médicaux transmis par l'intéressé et la nécessité qu'il soit assisté par une tierce personne au quotidien, la présence en France de sa sœur ainsi que ses attaches dans son pays d'origine. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement M. E en mesure de discuter les motifs de cette décision et le juge d'exercer son contrôle. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ". Par ailleurs, aux termes des dispositions de l'article R.425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Aux termes des dispositions de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () / () ". Enfin, aux termes des dispositions de l'article R. 425-13 du code précité : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () ".

5. Il résulte notamment des dispositions de l'article R. 425-12 précitées que l'avis du collège de médecins doit être émis au vu du rapport médical établi par un médecin de l'OFII et que le préfet est informé de la transmission de ce rapport au collège de médecins. En outre, la transmission de ce rapport médical au collège de médecins constitue une garantie pour l'intéressé et est également susceptible d'exercer une influence sur le sens de l'avis rendu par le collège de médecin ainsi que, par voie de conséquence, sur la suite donnée par le préfet à la demande de titre formée par l'intéressé.

6. D'autre part, aux termes de l'article R.4127-76 du code de la santé publique : " () / Tout certificat, ordonnance, attestation ou document délivré par un médecin doit être rédigé lisiblement en langue française et daté, permettre l'identification du praticien dont il émane et être signé par lui. Le médecin peut en remettre une traduction au patient dans la langue de celui-ci ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le médecin rapporteur a transmis son rapport au collège de médecins de l'OFII le 21 avril 2021. Par ailleurs, l'avis rendu le 1er juin 2021 porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émet l'avis suivant " et comporte le nom et la signature des trois médecins composant ce collège, permettant, en l'absence d'élément produit susceptible de mettre en doute ces mentions, d'une part, d'établir que l'avis a été rendu collégialement et, d'autre part, d'identifier les médecins composant ce collège. Par ailleurs, si le requérant soutient que les signatures des trois médecins figurant sur cet avis ne respectent pas les dispositions de l'article 1367 du code civil, il ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions, dès lors que celui-ci n'est pas au nombre des actes relevant du champ d'application de cet article. En tout état de cause, aucun élément du dossier ne permet de douter que les signatures apposées au bas de l'avis ne seraient pas celles des trois médecins composant le collège de médecins de l'OFII. Les moyens tirés du vice de procédure doivent, par suite, être écartés.

8. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé. Contrairement à ce qu'il soutient, le préfet ne se borne pas à renvoyer à l'avis de l'OFII, mais vise également l'ensemble des éléments médicaux produits par M. E ainsi que la nécessité pour lui d'être assisté pour les gestes du quotidien par un tiers. Par ailleurs, il examine ses liens personnels sur le territoires et l'atteinte susceptible d'être portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision serait entachée d'erreur de droit.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit :/ () / 5)au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait sollicité un titre de séjour au motif de ses liens personnels et familiaux en France. Par suite, le préfet n'était pas tenu d'examiner la demande de titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien. Il suit de là que le moyen tiré de la violation de ces stipulations doit être écarté comme inopérant.

10. En septième lieu, aux termes de l'article 6-7° de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. / () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. E est atteint d'un traumatisme vertébro-médullaire classé ACIA C avec un niveau 6 survenu en 2014 à la suite d'un traumatisme du rachis cérébral cervical et conserve une tétraparésie séquellaire avec une spasticité et des troubles sphinctériens. Il est sous auto sondage, six fois par jour et a bénéficié d'un traitement médical en France par une pompe à Baclofène, outre une rééducation fonctionnelle. Le collège de médecins de l'OFII, dans son avis du 1er juin 2021 a considéré que, si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine et y bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé. Par ailleurs, le préfet a également ajouté que " rien ne permet de conclure qu'il ne peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié pour sa prise en charge médicale dans le pays dont il détient la nationalité ; qu'il pourrait recevoir l'assistance d'une tierce personne dans son pays d'origine dans les gestes de la vie quotidienne et les soins requis étant observé que l'ensemble de sa famille () réside de manière habituelle en Algérie ". En se bornant à contester les motifs de la décision et à indiquer que les membres de sa famille ne pourront le prendre en charge, sans plus de précision, et qu'il ne pourrait avoir accès, matériellement ou financièrement, à un traitement approprié, M. E n'établit pas que la décision en litige méconnaitrait les stipulations de l'article 6-7° de l'accord franco-algérien. Par ailleurs, la production d'un seul et unique certificat médical du médecin de l'intéressé, exerçant au sein de l'établissement public hospitalier " Ernesto Che Guevara " à Mostaganem indiquant que son service ne dispose pas des moyens permettant la poursuite du traitement par pompe de Baclofène, substance au demeurant présente en Algérie sous forme de comprimés, ne suffit pas à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

12. En huitième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est célibataire et sans charge de famille. S'il se prévaut de la présence en France de sa sœur, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait en situation régulière sur le territoire et qu'elle aurait par suite vocation à y rester ainsi que le relève d'ailleurs le préfet dans la décision contestée. Par ailleurs, il n'évoque aucune autre attache sur le territoire français. En outre, s'il soutient qu'il risque l'isolement en Algérie, sans plus de précision, il ne conteste pour autant pas la présence dans son pays d'origine de plusieurs de ses frères et sœurs ainsi que de ses parents. Par suite, compte tenu également de ce qui a été dit au point 11, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

14. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour qu'il conteste.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, par un arrêté du 19 juillet 2021, publié le même jour au recueil spécial n° 164 des actes administratifs de l'Etat dans le département, le préfet du Nord a donné délégation à Mme C A de la Perrière, attachée principale d'administration de l'Etat, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, notamment, les décisions telles que celle en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision manque en fait et doit être écarté.

16. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors applicable : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ". Par ailleurs, aux termes des dispositions de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

17. Il résulte de ces dispositions que si elles imposent de motiver l'obligation de quitter le territoire français, elles la dispensent d'une motivation spécifique en cas de refus de titre de séjour. Dans ce cas, la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir ledit refus d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, une motivation particulière.

18. En l'espèce, la décision en litige énonce les considérations utiles de droit sur lesquelles elle se fonde, en visant notamment l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que celles de fait, comme indiqué au point 3, de telle sorte que M. E a été à même de pouvoir en contester utilement les motifs. Elle satisfait ainsi aux exigences de motivation applicables. Le moyen opposé à ce titre doit, par suite, être écarté.

19. En troisième lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

20. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français :/ () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

21. Ainsi qu'il a été dit au point 11, le requérant n'établit pas qu'il ne pourra pas bénéficier d'un traitement et de soins appropriés à son état de santé dans son pays d'origine, ni de l'assistance d'une tierce personne par les seuls documents produits. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

22. En cinquième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision serait entachée d'erreur de droit.

23. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 13, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés. Par ailleurs, il en résulte également que l'intéressé ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien, dès lors qu'il n'établit pas que l'intensité de ses liens privés et familiaux en France soit telle qu'un refus de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-5° de cet accord doit également être écarté.

24. En septième et dernier lieu, en vertu des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". M. E fait valoir qu'un retour en Algérie l'exposerait à un traitement dégradant car il ne pourrait y bénéficier d'un traitement et d'un suivi adapté à son état de santé, ce qui lui serait préjudiciable, ce moyen est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui ne fixe pas, par elle-même, le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

25. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'il conteste.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

26. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

27. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision serait entachée d'erreur de droit.

28. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 11 et 13, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

29. En quatrième et dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 11 et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E ne pourrait effectivement avoir accès à un traitement dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

30. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

31. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

32. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, à Me Danset-Vergoten et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président,

M. Even, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

C. B

Le président,

signé

Ch. BAUZERAND

La greffière,

signé

M. NICODEME

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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