jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2108972 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | DEREGNAUCOURT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 15 novembre 2021, 23 septembre 2022 et 14 juin 2023, Mme C Liermain, représentée par Me Deregnaucourt, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision en date du 14 septembre 2021 par laquelle le directeur général du centre hospitalier de Valenciennes l'a suspendue de ses fonctions sans traitement à compter du 15 septembre 2021 ;
2°) d'annuler la décision en date du 28 mars 2022 par laquelle le directeur général du centre hospitalier de Valenciennes a modifié la décision en date du 14 septembre 2021 en différant les effets dans le temps de la mesure de suspension des fonctions sans traitement jusqu'au 25 septembre 2021 et l'a mise en demeure de justifier des motifs rendant impossible son retour au travail sous peine d'une radiation des cadres pour abandon de poste ;
3°) d'enjoindre au directeur général du centre hospitalier de Valenciennes de lui verser les traitements dus et de la rétablir dans ses droits, à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Valenciennes la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête n'a pas perdu son objet, les décisions attaquées ayant reçu exécution ;
- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles ont été prises en méconnaissance de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021, qui ne vise que les personnels de soins en activité ou en exercice, et non ceux placés en position de congé de maladie ;
- elles ont été prises en méconnaissance de l'article 21 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- elles portent atteinte au principe de non-discrimination en raison de l'état de santé, en méconnaissance de la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008, portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations ;
- la décision en date du 28 mars 2022 a été prise en méconnaissance du principe de non-rétroactivité des actes administratifs ;
- la décision en date du 28 mars 2022 est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits en ce qu'elle considère que Mme Liermain est en situation d'abandon de poste ;
- la décision en date du 28 mars 2022 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle estime que son congé de maladie prenait fin à compter du 25 septembre 2021 ;
- la décision en date du 28 mars 2022 est entachée d'un détournement de procédure.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 septembre 2022 et 16 mai 2023, le centre hospitalier de Valenciennes conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, au non-lieu à statuer, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme Liermain le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le litige a perdu son objet, les décisions litigieuses ayant été abrogées par une décision en date du 15 mai 2023 ;
- il était en situation de compétence liée pour suspendre Mme Liermain qui ne remplissait pas les conditions prévues aux articles 12 et 13 de la loi du 5 août 2021 ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés par Mme Liermain ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 15 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 juillet 2023.
Les parties ont été informées, par application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de l'acte du directeur général du centre hospitalier de Valenciennes en date du 28 mars 2022 en tant qu'il met en demeure Mme Liermain de justifier des motifs rendant impossible son retour au travail sous peine d'une radiation des cadres pour abandon de poste, qui constitue dans cette mesure un acte préparatoire insusceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.
Des observations, enregistrées le 20 juin 2024, ont été présentées pour Mme Liermain sur le moyen susceptible d'être relevé d'office.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;
- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lemaire,
- les conclusions de M. Huguen, rapporteur public,
- les observations de Me Leuliet, substituant Me Deregnaucourt, avocat de Mme Liermain,
- et les observations de M. A, représentant le centre hospitalier de Valenciennes.
Considérant ce qui suit :
1. Mme Liermain, secrétaire médicale au centre hospitalier de Valenciennes, a été suspendue de ses fonctions sans rémunération à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination répondant aux conditions définies par le décret du 1er juin 2021 susvisé, par une décision du directeur général de cet établissement en date du 14 septembre 2021. Par une décision en date du 28 mars 2022, cette autorité a modifié la décision en date du 14 septembre 2021 en différant les effets dans le temps de la mesure de suspension des fonctions sans traitement de Mme Liermain jusqu'à la fin du congé de maladie de celle-ci, soit jusqu'au 25 septembre 2021. Mme Liermain demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur l'exception de non-lieu opposée en défense :
2. L'abrogation en cours d'instance de l'acte attaqué n'est une cause de non-lieu qu'à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
3. Il ressort des pièces du dossier qu'en cours d'instance, par une décision en date du 15 mai 2023, le directeur général du centre hospitalier de Valenciennes a abrogé les décisions attaquées. Toutefois, la décision en date du 14 septembre 2021 par laquelle Mme Liermain a été suspendue de ses fonctions sans rémunération à compter du 15 septembre 2021 et celle en date du 28 mars 2022 modifiant cette décision en en différant les effets dans le temps jusqu'au 25 septembre 2021 ont reçu exécution pendant la période où elles étaient en vigueur. Par suite, l'exception de non-lieu opposée en défense doit être écartée.
Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de la mise en demeure du 28 mars 2022 :
4. L'acte par lequel l'administration met en demeure son agent de reprendre son poste à l'issue d'un congé de maladie constitue un acte préparatoire insusceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions de la requête de Mme Liermain tendant à l'annulation de l'acte en date du 28 mars 2022 par lequel le directeur général du centre hospitalier de Valenciennes l'a mise en demeure de justifier des motifs rendant impossible son retour au travail sous peine d'une radiation des cadres pour abandon de poste sont irrecevables.
Sur le surplus des conclusions à fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne le cadre juridique applicable :
5. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 susvisée, relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". Aux termes de l'article 13 de cette loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12 ". Aux termes de l'article 14 de la même loi : " B. - À compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. / () / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. À défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit ".
6. D'une part, il résulte de ces dispositions que le centre hospitalier de Valenciennes relève des établissements dont les personnels sont soumis à l'obligation vaccinale prévue par les dispositions de l'article 12 de la loi du 5 août 2021. D'autre part, l'obligation vaccinale s'impose selon les cas prévus par cette même loi à toute personne travaillant régulièrement au sein de locaux relevant d'un établissement de santé, que cette personne ait ou non des activités de soins et soit ou non en contact avec des personnes fragiles ou des professionnels de santé. Mme Liermain, secrétaire médicale, est ainsi soumise à ces dispositions.
En ce qui concerne l'application à l'espèce :
7. En premier lieu, par une décision en date du 30 juin 2021, publiée le 2 juillet 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture du Nord, le directeur général du centre hospitalier de Valenciennes a donné délégation à M. A, attaché d'administration, en cas d'empêchement de Mme D B, directrice adjointe chargée des ressources humaines, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.
8. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en activité à droit : / () / 2° A des congés de maladie () en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions () ".
9. Il résulte de ces dispositions et de celles de la loi du 5 août 2021 citées au point 5 que si le directeur d'un établissement de santé public peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.
10. D'autre part, aux termes de l'article 15 du décret du 19 avril 1988 susvisé, relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " Pour obtenir un congé de maladie ainsi que le renouvellement du congé initialement accordé, le fonctionnaire adresse à l'autorité dont il relève, dans un délai de quarante-huit heures suivant son établissement, un avis d'interruption de travail. Cet avis indique, d'après les prescriptions d'un médecin, d'un chirurgien-dentiste ou d'une sage-femme, la durée probable de l'incapacité de travail. / () / L'autorité investie du pouvoir de nomination peut faire procéder à tout moment à l'examen du demandeur par un médecin agréé () ".
11. Il résulte des dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 que le congé de maladie est un droit pour le fonctionnaire qui fait parvenir à l'autorité administrative le certificat prévu par les dispositions du 1er alinéa de l'article 15 du décret du 19 avril 1988, sous réserve des possibilités de contrôle prévues par le 2ème alinéa de ce dernier article. Lorsque le médecin agréé qui a procédé à la contre-visite du fonctionnaire conclut à l'aptitude de celui-ci à reprendre l'exercice de ses fonctions, il appartient à l'intéressé de saisir le comité médical compétent s'il conteste ces conclusions. Si, sans contester ces conclusions, une aggravation de son état ou une nouvelle affection, survenue l'une ou l'autre postérieurement à la contre-visite, le met dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, il lui appartient de faire parvenir à l'autorité administrative un nouveau certificat médical attestant l'existence de ces circonstances nouvelles.
12. Il ressort des pièces du dossier que Mme Liermain a été placée en congé de maladie du 14 septembre 2021 au 24 septembre 2021. Elle a fait l'objet, le 23 septembre 2021, d'une contre-visite par un médecin agréé, lequel a estimé que son arrêt de maladie était justifié mais qu'elle était apte à reprendre ses fonctions au terme de cet arrêt. Si Mme Liermain, qui n'allègue pas avoir contesté ces conclusions devant le comité médical, a ensuite fait parvenir au centre hospitalier de Valenciennes plusieurs certificats médicaux établis par son médecin traitant, ceux-ci se bornent à prescrire la prolongation de l'arrêt de travail initial, sans faire état d'une nouvelle affectation ou d'une aggravation qui serait survenue postérieurement à la contre-visite du 23 septembre 2021, et ils ne sont donc pas de nature à justifier la prolongation du congé de maladie initialement accordé. Dans ces conditions, Mme Liermain n'est pas fondée à soutenir que la décision en date du 14 septembre 2021, telle que modifiée par celle du 28 mars 2022, a été prise en méconnaissance des dispositions de la loi du 5 août 2021 citées au point 5 et que la décision du 28 mars 2022 est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la durée de son congé de maladie.
13. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 21 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires doit en tout état de cause être écarté.
14. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 243-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Un acte réglementaire ou un acte non réglementaire non créateur de droits peut, pour tout motif et sans condition de délai, être modifié () ".
15. D'une part, la décision en date du 14 septembre 2021, par laquelle le directeur général du centre hospitalier de Valenciennes a suspendu Mme Liermain de ses fonctions sans traitement à compter du 15 septembre 2021, ne constitue pas une décision créatrice de droits. D'autre part, par la décision en date du 28 mars 2022, la même autorité a modifié cette décision en différant les effets dans le temps de la mesure de suspension des fonctions sans traitement jusqu'à la fin du congé de maladie de Mme Liermain. La décision en date du 28 mars 2022 pouvait ainsi intervenir pour tout motif et sans condition de délai. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de non-rétroactivité des actes administratifs ne peut en tout état de cause qu'être écarté.
16. En cinquième lieu, aux termes de l'article 1er de la loi du 27 mai 2008 susvisée, portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations : " Constitue une discrimination directe la situation dans laquelle, sur le fondement () de son état de santé (), une personne est traitée de manière moins favorable qu'une autre ne l'est, ne l'a été ou ne l'aura été dans une situation comparable. / Constitue une discrimination indirecte une disposition, un critère ou une pratique neutre en apparence, mais susceptible d'entraîner, pour l'un des motifs mentionnés au premier alinéa, un désavantage particulier pour des personnes par rapport à d'autres personnes, à moins que cette disposition, ce critère ou cette pratique ne soit objectivement justifié par un but légitime et que les moyens pour réaliser ce but ne soient nécessaires et appropriés () ". Aux termes du 2° de l'article 2 de cette loi : " Toute discrimination directe ou indirecte fondée sur un motif mentionné à l'article 1er est interdite en matière d'affiliation et d'engagement dans une organisation syndicale ou professionnelle, y compris d'avantages procurés par elle, d'accès à l'emploi, d'emploi, de formation professionnelle et de travail, y compris de travail indépendant ou non salarié, ainsi que de conditions de travail et de promotion professionnelle () ". Aux termes de l'article 4 de la même loi : " Toute personne qui s'estime victime d'une discrimination directe ou indirecte présente devant la juridiction compétente les faits qui permettent d'en présumer l'existence. Au vu de ces éléments, il appartient à la partie défenderesse de prouver que la mesure en cause est justifiée par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. Le juge forme sa conviction après avoir ordonné, en cas de besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles () ".
17. De manière générale, il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. Il en va également ainsi lorsque la décision contestée devant le juge administratif a été prise par une instance indépendante de l'administration qui défend. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
18. Si Mme Liermain soutient qu'une discrimination est instituée en raison de son état de santé en ce qu'un agent en congé de maladie ne peut être tenu de procéder à la vaccination dès lors qu'il n'est pas réputé en mesure de le faire, il ressort des pièces du dossier que le centre hospitalier de Valenciennes, qui s'est borné à constater que l'intéressée ne remplissait pas les conditions pour pouvoir exercer ses fonctions, ne peut être regardé comme ayant pris une mesure discriminatoire. Au demeurant, Mme Liermain ne démontre pas qu'elle était effectivement dans l'impossibilité de se conformer à l'obligation vaccinale. Par suite, le moyen tiré de l'atteinte au principe de non-discrimination en raison de l'état de santé doit être écarté.
19. En dernier lieu, le détournement de procédure allégué n'est pas établi.
20. Il résulte de tout ce qui précède que Mme Liermain n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions en date des 14 septembre 2021 et 28 mars 2022, par lesquelles le directeur général du centre hospitalier de Valenciennes l'a suspendue de ses fonctions sans rémunération à compter du 25 septembre 2021. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier de Valenciennes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que Mme Liermain demande au titre des frais qu'elle a exposés.
22. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme Liermain le versement au centre hospitalier de Valenciennes de la somme qu'il demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme Liermain est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Valenciennes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C Liermain et au centre hospitalier de Valenciennes.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Courtois, première conseillère,
- Mme Célino, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
L'assesseure la plus ancienne,
signé
C. COURTOISLe président-rapporteur,
signé
O. LEMAIRE
La greffière,
signé
P. CARPENTIER
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026