vendredi 27 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2108978 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BOY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 novembre et 29 décembre 2021, et 28 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Schryve, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de se dessaisir au profit de la cour administrative d'appel de Douai ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2021 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de procéder au retrait de son signalement effectué au système d'information Schengen (SIS), dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et d'en justifier auprès de son conseil dans un délai de trois jours suivant ce retrait, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est de l'intérêt d'une bonne justice, conformément aux dispositions des articles 101 à 103 du code de procédure civile et de l'article L. 311-1 du code de justice administrative, que ce tribunal se dessaisisse au profit de la cour administrative d'appel de Douai compte tenu du lien de connexité existant entre cette requête et celle portée devant cette juridiction tendant à obtenir l'annulation du jugement ayant rejeté son recours contre la mesure d'éloignement prise à son encontre par le préfet du Pas-de-Calais le 15 avril 2021 ;
- l'arrêté du 26 octobre 2021 en litige n'a pas été pris par une autorité dûment habilitée ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il ne peut être légalement fondé sur une décision portant obligation de quitter le territoire français faisant l'objet d'un recours pendant devant la cour administrative d'appel de Douai, lequel revêt un caractère suspensif ;
- il est illégal du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement sur laquelle il se fonde, laquelle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er décembre 2021 et 14 septembre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les dispositions des articles du code de procédure civile ne peuvent être utilement invoqués dans le cadre de la présente instance ; l'intéressé n'est pas fondé à demander au tribunal de se dessaisir au profit de la juridiction d'appel ;
- les autres moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2023 par une ordonnance du 31 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Piou,
- et les observations de Me Schryve, représentant M. A, et celles de M. D, représentant le préfet du Pas-de-Calais.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 15 avril 2021, le préfet du Pas-de-Calais a refusé la délivrance à M. B A, ressortissant algérien né le 24 janvier 1991 à Ouled Yaich (Algérie), d'un certificat de résidence en qualité de conjoint d'une ressortissante française, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par un jugement du 17 septembre 2021, le présent tribunal a rejeté la requête introduite à l'encontre de ces décisions. Par un arrêté du 26 octobre 2021, objet de la présente requête, ce même préfet a interdit à M. A le retour sur le territoire français pendant un an.
Sur l'exception de connexité :
2. Si M. A invoque au soutien de la décision litigieuse l'illégalité de la décision du 15 avril 2021 portant obligation de quitter le territoire français, à la suite et au visa de laquelle l'interdiction de retour sur ce territoire en litige a été prise, il n'en résulte pas un lien de connexité entre la présente requête, qui relève du tribunal administratif de Lille en premier ressort, et l'appel interjeté devant la cour administrative d'appel de Douai à l'encontre du jugement de ce tribunal du 17 janvier 2021 rejetant les conclusions à fin d'annulation de la mesure d'éloignement précitée, qui justifierait que l'affaire soit renvoyée à cette dernière. Au surplus, les deux recours, qui relèvent pour l'un de la première instance et pour l'autre de l'appel, ne relèvent d'aucune des hypothèses envisagées par les dispositions des articles R. 341-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, l'exception de connexité ainsi soulevée ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté n° 2020-10-31 du 22 avril 2021, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de l'Etat dans le département n° 51 du même jour, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. F D, chef du bureau du contentieux du droit des étrangers, à l'effet de signer, notamment, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E C, directeur des migrations et de l'intégration, les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
5. La motivation de la décision portant interdiction de retour doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, sans qu'aucune règle n'impose que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère, ni encore que le préfet fasse expressément état, après analyse de ces éléments et de la situation particulière de l'étranger, des raisons pour lesquelles il décide de ne pas retenir que la présence de l'intéressé sur le territoire représente une menace pour l'ordre public ou des raisons pour lesquelles, en l'absence d'élément particulier dans la situation de l'intéressé, il considère qu'aucune circonstance exceptionnelle ne justifie qu'une interdiction de retour ne soit pas prononcée.
6. En l'espèce, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Pas-de-Calais a motivé sa décision en tenant compte de la durée de présence alléguée de M. A sur le territoire français, de l'existence d'une mesure d'éloignement prise à son encontre le 15 avril 2021 et de l'absence de comportement susceptible de caractériser l'existence d'une menace à l'ordre public. Il mentionne par ailleurs la présence de son épouse, ressortissante française, ainsi que la date de leur union. Cette motivation atteste que l'ensemble des critères énoncés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été pris en compte. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 811-14 du code de justice administrative : " Sauf dispositions particulières, le recours en appel n'a pas d'effet suspensif s'il n'en est autrement ordonné par le juge d'appel dans les conditions prévues par le présent titre ".
8. L'appel dirigé contre un jugement portant rejet d'une requête tendant à l'annulation d'une décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas suspensif d'exécution. Par ailleurs, la circonstance que la mesure portant éloignement ne puisse être exécutée d'office avant que le tribunal, saisi de sa contestation, n'ait statué ne fait au demeurant pas obstacle à ce qu'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français soit postérieurement adoptée. Le moyen tiré de l'existence d'une erreur de droit à cet égard doit, par suite, être écarté.
9. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, assortie d'un délai de départ volontaire de trente jours, qu'il n'a pas exécutée dans le délai prescrit. Par suite, faute de se prévaloir de circonstances humanitaires, le préfet du Nord était fondé à prendre à son encontre, sur le fondement précité de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, M. A soutient, sans au demeurant l'établir, résider habituellement en France depuis la fin de l'année 2016 et se borne à se prévaloir de la présence sur ce territoire de son épouse, de nationalité française, et des deux enfants de cette dernière. Toutefois, leur vie commune débutée, selon leurs propres déclarations, au cours de l'année 2019 et leur mariage célébré le 31 août 2019 étaient relativement récents à la date de la décision contestée. Dans ces conditions, malgré l'absence de comportement de nature à caractériser l'existence d'une menace à l'ordre public, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en fixant à un an la durée de cette interdiction.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Il ressort des pièces du dossier que M. A déclare, sans au demeurant l'établir, résider habituellement en France depuis 2016. S'il se prévaut de la présence en France de son épouse, de nationalité française, ainsi que des enfants de cette dernière, il ressort des pièces du dossier que leur mariage et leur vie commune étaient relativement récents à la date de la décision contestée. Par ailleurs, il ne se prévaut d'aucune autre attache d'une particulière intensité, ni d'une insertion sociale et professionnelle stable sur le territoire français. Dans ces conditions, la décision litigieuse ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1 / Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ".
13. Si l'intéressé fait état des relations qu'il entretient avec les enfants de sa compagne, avec lesquels il réside depuis peu, il ne ressort néanmoins pas des pièces du dossier que la décision en litige soit de nature à porter une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de ces enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations dit être écarté.
14. En septième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 11 et 13, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français au motif de la méconnaissance par cette dernière décision des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
15. En huitième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 11, et en dépit des difficultés induites par la séparation géographique des deux époux, le préfet n'a pas, en prenant la décision litigieuse, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 26 octobre 2021 du préfet du Pas-de-Calais doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent l'être également.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Pas-de-Calais.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
M. Borget, premier conseiller,
Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
C. PIOU
La présidente,
signé
A-M. LEGUINLa greffière,
signé
S. SING
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026