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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2109036

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2109036

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2109036
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (1)
Avocat requérantREGLEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistré les 18 novembre 2021 et 13 décembre 2021, Mme B C, représentée par Me Régley, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 48 SI du 21 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur l'a informée de la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 4 janvier 2017, 18 janvier 2019, 24 juin 2019 et 25 septembre 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés de son permis de conduire, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a pas reçu, consécutivement à ces infractions, les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité de l'infraction du 25 septembre 2020 n'est pas établie dès lors qu'elle justifie d'un courrier de l'officier du ministère public de Lille qui lui indique que l'amende forfaitaire majorée afférente à cette infraction a été annulée, qu'une audience est prévue et qu'une demande de restitution de points a été réalisée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 janvier 2022, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu partiel à statuer et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- le point retiré consécutivement à l'infraction commise le 24 juin 2019 a été restitué à la requérante le 9 mars 2020 ;

- l'infraction commise le 25 septembre 2020 a été supprimée du dossier de la requérante et ne donne plus lieu non plus à retrait de points ;

- le solde de points du permis de conduire de Mme C est redevenu positif de sorte qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision 48 SI ;

- les moyens soulevés contre les décisions de retraits de points restant en litige ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 2 juin 2022 à 23h59 par une ordonnance du 18 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Sur sa proposition, le rapporteur public a été dispensé de prononcer ses conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative par le président de la formation de jugement.

A été entendu au cours de l'audience publique du 28 juin 2022 le rapport de M. Fabre, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, née le 8 février 1976 à Carvin, a commis une série d'infractions au code de la route, répertoriées à son relevé d'information intégral. Il en ressort qu'elle a fait l'objet des retraits de points suivants : quatre points pour une infraction commise le 4 janvier 2017 à 05h33 à Lille, quatre points pour une infraction commise le 18 janvier 2019 à 17h39 à Lille, un point pour une infraction commise le 24 juin 2019 à 19h51 à Camiers et quatre points pour une infraction commise le 25 septembre 2020 à 18h56 à Lille. Par une décision du 21 septembre 2021, le ministre de l'intérieur l'a informée de la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler ces différentes décisions.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre la décision de retrait de points afférente à l'infraction du 24 juin 2019 :

2. Il ressort du relevé d'information intégral de l'intéressée que le point retiré à la suite de l'infraction commise le 24 juin 2019 à 19h51 à Camiers a été restitué le 9 mars 2020. Par suite, les conclusions dirigées contre cette décision, qui a disparu de l'ordonnancement juridique avant même l'introduction de la requête, doivent être rejetées.

Sur le non-lieu partiel :

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'infraction commise le 25 septembre 2020 a été supprimée du dossier de la requérante et ne donne plus lieu non plus à retrait de points. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de points afférente à cette infraction.

4. D'autre part, l'administration est réputée avoir retiré la décision référencée " 48 SI " portant invalidation du permis de conduire pour solde de points nul dès lors qu'elle informe postérieurement le conducteur concerné que le solde de points affecté à son permis de conduire est redevenu positif. Ainsi, la décision " 48 SI " invalidant le permis de conduire de Mme C pour solde de points nul est réputée avoir été retirée, le solde de son permis de conduire est désormais positif, étant crédité de quatre points. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision 48 SI du 21 septembre 2021 invalidant le permis de conduire de la requérante sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

5. La mention, sur le relevé d'information intégral, de l'émission d'un titre exécutoire ne permet pas de considérer que l'amende forfaitaire majorée correspondante a été acquittée. La mention AM sur le relevé intégral ne justifie que de l'émission du titre et non du paiement de l'amende forfaitaire majorée. Par suite, il n'est pas établi que la requérante aurait bénéficié, à l'occasion de ces infractions commises les 4 janvier 2017 à 05h33 à Lille et 18 janvier 2019 à 17h39 à Lille, des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par ailleurs, si la requérante a bénéficié, à d'autres occasions antérieures, des informations à caractère général prévues par ces dispositions, les infractions en cause ont donné lieu au retrait de quatre points chacune pour " non-respect de l'arrêt à un feu rouge fixe ou clignotant " et il ne ressort pas de son relevé d'information intégral que la requérante aurait antérieurement été informée de la perte de points encouru pour une telle infraction. La requérante est par suite fondée, pour ce motif à demander l'annulation de ces deux retraits de quatre points consécutifs aux infractions des 4 janvier 2017 et 18 janvier 2019.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement implique nécessairement que les huit points illégalement retirés du capital du permis de conduire de Mme C lui soient restitués. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de les lui restituer, sauf circonstance de fait ou de droit y faisant obstacle, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision 48 SI du 21 septembre 2021 et la décision de retrait de points afférente à l'infraction du 25 septembre 2020.

Article 2 : Les décisions de retrait de quatre points consécutives aux infractions commises les 4 janvier 2017 et 18 janvier 2019 sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur, sauf circonstance de droit ou de fait y faisant obstacle, de restituer à Mme C huit points au capital de son permis de conduire, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Mme C la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

signé

X. ALa greffière

signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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