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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2109037

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2109037

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2109037
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (1)
Avocat requérantREGLEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 novembre et 10 décembre 2021, Mme C A, représentée par Me Régley, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48SI du 21 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour défaut de points et lui a enjoint de restituer celui-ci dans un délai de dix jours ;

2°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré les points affectés à son permis de conduire à la suite des infractions constatées les 21 juin 2021, 20 juin 2020, 21 avril 2020, 26 avril 2019 et 19 avril 2019 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés de son titre de conduite dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la réalité des infractions constatées les 26 avril 2019 et 20 juin 2020 n'est pas établie ;

- l'information préalable obligatoire prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui a pas été délivrée à l'occasion des différentes infractions relevées à son encontre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2022, le ministre de l'intérieur conclut :

- au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision 48SI du 21 septembre 2021 et des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 21 juin 2021, 20 juin 2020, 21 avril 2020 et 26 avril 2019 ;

- au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- les mentions relatives aux décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 21 juin 2021, 20 juin 2020 et 26 avril 2019 ainsi que celles afférentes à la décision 48SI contestée ont été supprimées du relevé intégral d'information de la requérante ; l'administration est ainsi réputée les avoir retirées ;

- le point retiré à la suite de la constatation de l'infraction du 21 avril 2020 a donné lieu à restitution le 7 juin 2021 ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 24 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de Mme B au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée 48SI du 21 septembre 2021, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité du permis de conduire de Mme A pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision 48SI ainsi que les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions constatées les 21 juin 2021, 20 juin 2020, 21 avril 2020, 26 avril 2019 et 19 avril 2019.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les mentions relatives à la décision référencée 48SI en litige, ainsi que celles relatives à l'infraction du 20 juin 2020 ont été supprimées du relevé d'information intégral de Mme A en cours d'instance. Dès lors, le ministre doit être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement retiré, postérieurement à la date d'introduction de la requête, la décision référencée 48SI précitée en tant qu'elle a constaté l'invalidité du permis de conduire de la requérante et lui a enjoint de restituer son titre de conduite ainsi que la décision de retrait de points consécutive à cette infraction. Par ailleurs, le relevé d'information intégral de l'intéressée ne fait pas davantage apparaitre de décisions de retrait de points consécutives à des infractions constatées les 21 juin 2021 et 26 avril 2019, qui, à supposer d'ailleurs qu'elles aient existées, doivent ainsi également être regardées comme ayant été retirées. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de ces décisions ont perdu leur objet. Il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route : " Si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans le délai de deux ans à compter de la date du paiement de la dernière amende forfaitaire, de l'émission du titre exécutoire de la dernière amende forfaitaire majorée, de l'exécution de la dernière composition pénale ou de la dernière condamnation définitive, une nouvelle infraction ayant donné lieu au retrait de points, son permis est affecté du nombre maximal de points. / Le délai de deux ans mentionné au premier alinéa est porté à trois ans si l'une des infractions ayant entraîné un retrait de points est un délit ou une contravention de la quatrième ou de la cinquième classe. / Toutefois, en cas de commission d'une infraction ayant entraîné le retrait d'un point, ce point est réattribué au terme du délai de six mois à compter de la date mentionnée au premier alinéa, si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans cet intervalle, une infraction ayant donné lieu à un nouveau retrait de points ".

4. En l'espèce, s'il est constant que le point retiré à la suite de l'infraction constatée le 21 avril 2020 a été restitué à Mme A le 7 juin 2021 en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route, cette circonstance n'est pas, à elle-seule, susceptible de rendre sans objet les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision de retrait de points correspondante, dès lors que cette restitution n'a pas pour effet de retirer la décision de perte de points en cause, laquelle fait obstacle au bénéfice du mécanisme de récupération de points prévu au premier alinéa de l'article L. 223-6 du code de la route. Par suite, et en l'état de l'instruction, l'exception de non-lieu à statuer opposée par le ministre en défense doit, en cette branche, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

S'agissant de l'infraction commise le 19 avril 2019 :

6. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. Le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée étant revêtu des mentions portant à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit ainsi à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que celui-ci était inexact ou incomplet. Il en va autrement si le contrevenant, qui conteste les éléments du relevé d'information intégral et l'attestation de paiement établie par le comptable public produite en défense par le ministre, apporte la preuve que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public.

7. Il résulte de l'instruction, notamment des mentions du relevé d'information intégral de Mme A que l'infraction du 19 avril 2019 a été relevée par l'intermédiaire d'un radar automatique et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée devenue définitive. Le ministre produit une attestation du trésorier du contrôle automatisé, certifiant l'encaissement de l'amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction le 13 août 2020. Mme A n'avance aucun élément de nature à mettre en doute les faits ainsi attestés par ce document qui présente un caractère probant et ne démontre pas que le paiement serait intervenu par la voie du recouvrement forcé. L'intéressée a ainsi nécessairement reçu les formulaires d'avis de contravention, dont il n'est pas établi qu'ils auraient été inexacts ou incomplets, qui comportent une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ce moyen doit, par suite, s'agissant de cette infraction, être écarté.

S'agissant de l'infraction du 21 avril 2020 :

8. Il résulte de l'instruction que l'infraction du 21 avril 2020 a été constatée par radar automatique. S'il ressort du relevé d'information intégral que cette infraction a donné lieu, en application des dispositions de l'article 529-2 du code de procédure pénale, à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, cette circonstance, qui établit la réalité des infractions, n'est toutefois pas de nature à établir que la requérante aurait reçu l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. L'intéressée est, dès lors, fondée à soutenir que la décision par laquelle le ministre a retiré un point du capital de son permis de conduire à la suite de cette infraction est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation de la décision de retrait de point consécutive à l'infraction du 21 avril 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration reconstitue le capital de points affecté au titre de conduite de l'intéressée en tenant compte du point illégalement retiré à la suite de l'infraction du 21 avril 2020. Il y dès lors lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision 48SI du 21 septembre 2021 et des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 26 avril 2019, 20 juin 2020 et 21 juin 2021.

Article 2 : La décision de retrait de point consécutive à l'infraction constatée le 21 avril 2020 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconstituer le capital de points affecté au permis de conduire de Mme A compte tenu de l'annulation de la décision mentionnée à l'article 2 ci-dessus dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. B

La greffière,

signé

S. SING

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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