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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2109128

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2109128

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2109128
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL ROBERT ET LOONIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 novembre 2021, M. C F, représenté par Me Loonis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la commission de recours de l'invalidité du 22 septembre 2021 et la décision de la ministre des armées du 8 décembre 2020 ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées et des anciens combattants de fixer le taux d'invalidité de son infirmité à 30% et de lui appliquer la majoration pour tierce personne.

Il soutient que le taux d'invalidité de son infirmité, qui a subi une aggravation, doit être fixé à 30% dès lors que ce taux est celui qui a été retenu par un expert et que sa situation lui permet de bénéficier de la majoration tierce personne.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2022, le ministre des armées et des anciens combattants conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les conclusions de la requête de M. F dirigées contre la décision du 8 décembre 2020 sont irrecevables et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jouanneau,

- et les conclusions de Mme Dang, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, né le 12 février 1935, a été rayé des contrôles le 9 janvier 1957 au grade de soldat. Il est titulaire d'une pension militaire d'invalidité concédée, en dernier lieu, par arrêté de concession de pension n°A179 du 24 juin 2013 au taux de 20% pour l'infirmité " Névrose traumatique de guerre avec cauchemars. Origine par preuve : blessure reçue par le fait du service en 1956 ; décret du 10 janvier 1992- Guerre d'Algérie ou Combats Tunisie - Maroc ", en exécution de l'arrêt de la cour régionale des pensions militaires de Douai du 18 mars 2013. Par une demande enregistrée le 4 novembre 2019, il a sollicité la révision de sa pension militaire d'invalidité pour aggravation de son infirmité pensionnée et l'étude du droit à la majoration pour tierce personne. M. F demande au tribunal d'annuler la décision ministérielle du 8 décembre 2020 par laquelle sa demande a été rejetée, ainsi que la décision du 22 septembre 2021 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours contre la décision ministérielle et, en conséquence, qu'il soit enjoint au ministre des armées de faire droit à ses demandes.

Sur l'objet du litige :

2. Aux termes de l'article R. 711-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Tout recours contentieux formé à l'encontre des décisions individuelles prises en application des dispositions du livre Ier et des titres Ier à III du livre II du présent code est précédé, à peine d'irrecevabilité, d'un recours administratif préalable obligatoire examiné par la commission de recours de l'invalidité, placée conjointement auprès du ministre de la défense et du ministre chargé du budget. () ". Aux termes de l'article R. 711-15 du même code : " Dans un délai de quatre mois à compter de sa saisine, la commission notifie à l'intéressé sa décision prise sur le recours, qui se substitue à la décision contestée. () ".

3. Lorsqu'il est saisi d'un litige en matière de pensions militaires d'invalidité, il appartient au juge administratif, en sa qualité de juge de plein contentieux, de se prononcer sur les droits de l'intéressé en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, et aussi, le cas échéant, d'apprécier, s'il est saisi de moyens en ce sens ou au vu de moyens d'ordre public, la régularité de la décision en litige.

4. Les décisions prises sur le recours administratif préalable obligatoire se substituent aux décisions initiales et sont seules susceptibles de faire l'objet d'un recours contentieux. Cette substitution ne fait toutefois pas obstacle à ce que soient invoqués à leur encontre des moyens tirés de la méconnaissance de règles de procédure applicables aux décisions initiales qui, ne constituant pas uniquement des vices propres à ces décisions, sont susceptibles d'affecter la régularité des décisions soumises au juge.

5. En l'espèce, la décision du 22 septembre 2021 de la commission de recours de l'invalidité ayant rejeté la demande de M. F tendant à la révision de sa pension d'invalidité pour aggravation de son infirmité pensionnée et à la concession de la majoration pour tierce personne, s'est substituée à la décision de la ministre des armées du 8 décembre 2020. Par suite, le ministre des armées est fondé à soutenir que les conclusions de la requête de M. F dirigées contre la décision du 8 décembre 2020 sont irrecevables.

Sur l'aggravation de l'infirmité pensionnée :

6. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : / () 3° L'aggravation par le fait ou à l'occasion du service d'infirmités étrangères au service ; () ". Aux termes de l'article L. 154-1 du même code : " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs des infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. / Cette demande est recevable sans condition de délai. / La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 points par rapport au pourcentage antérieur. / Toutefois, l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée. / La pension définitive révisée est concédée à titre définitif. ".

7. Il résulte de ces dispositions que lorsque le titulaire d'une pension militaire d'invalidité pour infirmité sollicite sa révision du fait de l'aggravation de ses infirmités, l'évolution du degré d'invalidité s'apprécie à la date du dépôt de la demande de révision de la pension, comparativement à l'état de cette invalidité à la date de la dernière décision de concession en fixant le taux.

8. Il résulte du rapport d'expertise psychiatrique du docteur E du 20 août 2020 que M. F présente un état de stress post-traumatique évoluant sur le mode d'un trouble phobique avec conduites d'évitement, sans souffrance psychique mais avec une perte substantielle de capacité relationnelle et une restriction de la liberté existentielle, ces éléments justifiant aux yeux de l'expert un relèvement du taux de l'invalidité pensionnée à 30%. La décision de la commission de recours de l'invalidité du 22 septembre 2021 a maintenu le taux d'invalidité de 20% en se fondant sur l'avis du médecin chargé des pensions militaires d'invalidité du 17 novembre 2020, qui a confirmé les constatations du docteur E tout en maintenant le taux d'invalidité à 20%, ainsi que sur l'avis de la commission consultative médicale du 1er décembre 2020, qui a confirmé les constatations du médecin chargé des pensions militaires d'invalidité, ayant relevé une amélioration des séquelles de M. F en comparaison de la situation mentionnée dans l'expertise du docteur B le 2 décembre 2011.

9. Pour s'opposer au maintien du taux de son invalidité à 20%, M. F soutient que la commission de recours de l'invalidité ne pouvait se fonder sur des éléments non contradictoires, en l'occurrence l'expertise du docteur B, qui n'a pas été homologuée par une juridiction, le requérant produisant par ailleurs l'expertise du docteur G en date du 3 juillet 2012, qui conclut à un état clinique de moyenne gravité avec une légère majoration symptomatique liée à une moindre tolérance à l'angoisse, pour lequel il propose un taux d'invalidité de 25%. M. F fait par ailleurs valoir que l'aggravation de son invalidité résulte de la chronicisation de son état de santé associée à un remaniement de sa personnalité, justifiant la fixation du taux à 30%, comme initialement proposé par le docteur E.

10. Il résulte de l'instruction que lors de sa précédente demande de révision de pension, effectuée en 2009, M. F présentait une névrose d'angoisse invalidante avec agoraphobie et cauchemars et que, au regard de la chronicisation du trouble et les complications sur le plan de la personnalité, il y avait peu d'évolution à attendre. Par suite, et contrairement à ce que fait valoir le requérant, les constatations du docteur E, reprises par le médecin en charge des pensions militaires d'invalidité et la commission consultative médicale, qui font état d'une chronicisation sur un mode d'évitement notable depuis des années, l'absence de cauchemars et d'agoraphobie, ne permettent pas d'établir l'existence d'une aggravation de son invalidité, voire mettent en évidence une amélioration de ses symptômes. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que les constatations du docteur G contrediraient les conclusions des expertises des docteurs Vandamme et B réalisées lors de la précédente demande de révision de pension effectuée par M. F. Enfin, bien que le requérant fasse valoir que la commission de recours de l'invalidité ne pouvait se fonder sur l'expertise du docteur B du 2 décembre 2011 compte tenu de son absence d'homologation, aucune disposition législative ou réglementaire ne subordonne la prise en compte d'une expertise médicale à son homologation par une juridiction. Dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité en cause se soit aggravée, la commission de recours de l'invalidité a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, rejeter la demande de M. F.

Sur la majoration à titre d'allocation pour l'assistance constante d'une tierce personne :

11. Aux termes de l'article L. 133-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, dans sa rédaction applicable au litige : " Les invalides que leurs infirmités rendent incapables de se mouvoir, de se conduire ou d'accomplir les actes essentiels de la vie et qui, vivant chez eux, sont obligés de recourir d'une manière constante aux soins d'une tierce personne, ont droit, à titre d'allocation spéciale, à une majoration égale au quart de la pension. () ". Aux termes de l'article R. 133-1 du même code : " Le droit à la majoration de pension mentionnée à l'article L. 133-1 est examiné par le service désigné par le ministre chargé des anciens combattants et victimes de guerre, soit au moment où il est statué sur le degré d'invalidité dont l'intéressé est atteint, soit à la demande de l'intéressé. () ".

12. Si ces dispositions ne peuvent être interprétées comme exigeant que l'aide d'un tiers soit nécessaire à l'accomplissement de la totalité des actes nécessaires à la vie, elles imposent toutefois que l'aide d'une tierce personne soit indispensable ou bien pour l'accomplissement d'actes nombreux se répartissant tout au long de la journée ou bien pour faire face soit à des manifestations imprévisibles des infirmités dont le pensionné est atteint, soit à des soins dont l'accomplissement ne peut être subordonné à un horaire préétabli et dont l'absence mettrait sérieusement en danger l'intégrité physique ou la vie de l'intéressé.

13. Il résulte de l'instruction, notamment de l'expertise médicale réalisée le 1er octobre 2020 par le docteur A, médecin généraliste désigné dans le cadre de la demande de révision présentée par M. F, que celui-ci peut quitter son lit seul, se coucher seul, satisfaire seul ses besoins naturels, faire sa toilette seul, se vêtir seul totalement, se dévêtir seul totalement, manger et boire seul, marcher seul sans l'aide d'un tiers mais ne peut pas utiliser seul un moyen de transport individuel ou un moyen de transport collectif. Il en conclut que certaines situations aigües comme une pathologie infectieuse peuvent rendre nécessaire l'assistance d'une tierce personne. Dans son avis du 17 novembre 2020, le docteur D, médecin chargé des pensions militaires d'invalidité au sein du ministère des armées, constate que M. F est touché par un état de stress post traumatique avec une anxiété permanente, un syndrome d'évitement avec repli social, san agoraphobie, sans suivi spécialisé ni traitement spécifique. Le docteur D conclut que M. F est sans droit au bénéfice de l'allocation pour tierce personne du fait que les seules infirmités pensionnées ne mettent pas l'intéressé dans l'obligation de recourir à l'aide constante d'une tierce personne pour accomplir les actes les plus nombreux se répartissant tout au long de la journée et lui permettant d'assurer sa vie courante. Enfin, l'avis rendu par la commission consultative médicale du 1er décembre 2020 conclut que l'analyse de la situation de dépendance du docteur A ne retrouve aucune gêne dans la réalisation des actes essentiels de la vie courante si ce n'est en ce qui concerne les transports, mais cette limitation est sans lien avec l'infirmité pensionnée car due à l'épilepsie ancienne et traitée du requérant. M. F fait valoir son droit au bénéfice de la majoration pour assistance constante d'une tierce personne en produisant le certificat du docteur H en date du 3 novembre 2021, lequel conclut que l'assistance d'une tierce personne est nécessaire lors des diverses démarches à l'extérieur de son domicile. Toutefois, les conclusions du docteur H ne contredisent pas les constatations médicales concordantes réalisées dans le cadre de l'instruction de la demande de révision de pension présentée par M. F. Par suite, M. F n'est pas fondé à soutenir qu'il a droit au bénéfice des dispositions précitées de l'article L. 133-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. F doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F et au ministre des armées et des anciens combattants.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Barre, conseillère,

M. Jouanneau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

S. JOUANNEAU

Le président,

Signé

M. PAGANEL La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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