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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2109283

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2109283

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2109283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBASTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 novembre 2021 et 16 août 2022, Mme B D, représentée par Me Bastin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision en date du 4 octobre 2021 par laquelle le directeur général du centre hospitalier de Béthune Beuvry l'a suspendue de ses fonctions à compter du même jour et jusqu'à production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination répondant aux conditions définies par le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Béthune Beuvry de rétablir le versement de son traitement et de ses accessoires ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Béthune Beuvry la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'a été ni informée, ni mise en mesure d'utiliser ses jours de congés et elle n'a pas été convoquée afin d'examiner les moyens de régulariser sa situation, notamment en lui proposant de poser des congés ou de télétravailler, en méconnaissance des dispositions de l'article 1er de la loi du 5 août 2021 ;

- la décision attaquée crée une inégalité de traitement entre les agents ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance des garanties attachées à la procédure disciplinaire, telles que la communication du dossier et la convocation devant un conseil de discipline, ainsi que le respect des droits de la défense garantis notamment par les stipulations de l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et celles de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur une loi du 5 août 2021 qui n'a pas été précédée d'une saisine du Conseil commun de la fonction publique, en méconnaissance de l'article 9 ter de la loi du 13 juillet 1983 et du décret n° 2012-148 du 30 janvier 2012 d'une part, et qui est inapplicable en l'absence d'un avis de la Haute autorité de santé et d'un décret d'application d'autre part ;

- elle porte atteinte aux principes d'égalité et de non-discrimination en raison de l'état de santé en méconnaissance du règlement (UE) 2021/953 du Parlement européen et du Conseil du 14 juin 2021 et des articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle constitue un moyen de pression tendant à lui imposer de se vacciner sans son consentement, en méconnaissance de la recommandation du comité des ministres aux États membres sur les devoirs juridiques des médecins vis-à-vis de leurs patients du 26 mars 1985, de la charte européenne des droits des patients, de l'article 5 de la convention d'Oviedo du 4 avril 1997, de l'article 14 du protocole additionnel à la convention d'Oviedo du 25 janvier 2005, de la directive 2004/23/CE du Parlement européen et du Conseil du 31 mars 2004 et de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est illégale dès lors qu'elle lui impose de participer, sans son consentement éclairé, à un essai clinique en méconnaissance de l'article 16 de la convention d'Oviedo du

4 avril 1997, de l'article 3 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de l'article 7 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16 décembre 1966, de l'article 28 du règlement (UE) 536/2014 du Parlement européen et du Conseil du 16 avril 2014 et des articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle remet en cause le droit à l'accès à la fonction publique et porte une atteinte grave à la liberté de travailler et d'entreprendre ;

- elle est entachée d'erreurs d'appréciation dès lors que la vaccination était contre-indiquée la concernant, que la suspension indéfinie de traitement la place dans une situation de précarité et qu'elle est manifestement disproportionnée quant aux buts poursuivis par la loi du 5 août 2021 ;

- elle a droit au rétablissement de son salaire, sa suspension ne pouvant intervenir que sur le fondement de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, qui prévoit le maintien du salaire.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 août 2022 et 17 août 2022, le centre hospitalier de Béthune Beuvry, représenté par Me Segard, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme D de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 29 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution et notamment son Préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention sur les droits de l'homme et la biomédecine signée à Oviedo le 4 avril 1997 ;

- le pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16 décembre 1966 ;

- le règlement (UE) 536/2014 du Parlement européen et du Conseil du 16 avril 2014 ;

- le règlement (UE) 2021/953 du Parlement européen et du Conseil du 14 juin 2021 ;

- la directive 2004/23/CE du 31 mars 2004 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 2021-689 du 31 mai 2021 ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 ;

- le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lemaire,

- les conclusions de M. Huguen, rapporteur public,

- les observations de Me Bastin, avocat de Mme D,

- et les observations de Me Bavay, substituant Me Segard, avocat du centre hospitalier de Béthune Beuvry.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, puéricultrice au centre hospitalier de Béthune Beuvry, a été suspendue de ses fonctions sans rémunération à compter du 4 octobre 2021 et jusqu'à production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination répondant aux conditions définies par le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021, par une décision du directeur général de cet établissement en date du 4 octobre 2021. Mme D demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne le cadre juridique applicable :

2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 susvisée, relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". Aux termes de l'article 13 de cette même loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent :

/ 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12 ". Aux termes de l'article 14 de cette loi : " B. - À compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du

15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. / () / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. À défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit ".

3. D'une part, il résulte de ces dispositions que le centre hospitalier de Béthune Beuvry relève des établissements dont les personnels sont soumis à l'obligation vaccinale prévue par les dispositions de l'article 12 de la loi du 5 août 2021. D'autre part, l'obligation vaccinale s'impose selon les cas prévus par cette même loi à toute personne travaillant régulièrement au sein de locaux relevant d'un établissement de santé, que cette personne ait ou non des activités de soins et soit ou non en contact avec des personnes fragiles ou des professionnels de santé. Mme D, puéricultrice, est ainsi soumise à ces dispositions.

En ce qui concerne l'application à l'espèce :

S'agissant de la légalité externe :

4. En premier lieu, aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 6143-7 du code de la santé publique : " Le directeur exerce son autorité sur l'ensemble du personnel dans le respect des règles déontologiques ou professionnelles qui s'imposent aux professions de santé, des responsabilités qui sont les leurs dans l'administration des soins et de l'indépendance professionnelle du praticien dans l'exercice de son art ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été signée par M. A C, directeur général du centre hospitalier de Béthune Beuvry, qui avait été nommé par décision de la directrice générale du centre national de gestion du 8 mars 2021. La circonstance, à la supposée établie, que cette décision de nomination n'ait pas été publiée est sans influence sur la légalité de la décision attaquée. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er de la loi du 31 mai 2021 : " () / C. / () / 2. Lorsqu'un agent public soumis à l'obligation prévue aux 1° et 2° du A du présent II ne présente pas les justificatifs, certificats ou résultats dont ces dispositions lui imposent la présentation et s'il ne choisit pas d'utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés, ce dernier lui notifie, par tout moyen, le jour même, la suspension de ses fonctions ou de son contrat de travail. Cette suspension, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent produit les justificatifs requis. / Lorsque la situation mentionnée au premier alinéa du présent 2 se prolonge au-delà d'une durée équivalente à trois jours travaillés, l'employeur convoque l'agent à un entretien afin d'examiner avec lui les moyens de régulariser sa situation, notamment les possibilités d'affectation, le cas échéant temporaire, sur un autre poste non soumis à cette obligation ".

7. Les agents qui, tels Mme D, sont soumis à l'obligation de vaccination en raison de la nature de leurs fonctions et de l'établissement dans lequel ces fonctions sont exercées, relèvent des dispositions spéciales prévues au chapitre II de la loi du 5 août 2021 et en particulier de ses articles 12 à 14 précités, et non des dispositions générales prévues au chapitre Ier de cette même loi et notamment de son article 1er. Mme D ne peut dès lors utilement se prévaloir des dispositions générales de l'article 1er de la loi du 31 mai 2021 précitée.

8. En tout état de cause, il ressort des dispositions précitées du III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 que l'employeur, qui constate que l'agent ne peut plus exercer son activité en application du I du même article, informe celui-ci sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi, ainsi que des moyens de régulariser sa situation. Cette information, qui doit intervenir à compter du constat d'impossibilité d'exercer de l'agent, est nécessairement personnelle et préalable à l'édiction de la mesure de suspension. Toutefois, cette procédure d'information préalable n'impose nullement une obligation pour l'employeur de tenir un entretien. Par ailleurs, il ressort des dispositions précitées qu'eu égard aux objectifs poursuivis par le législateur et aux obligations qui pèsent sur les établissements de santé en matière de protection des personnes vulnérables, les moyens de régulariser sa situation ne peuvent que concerner les modalités par lesquelles les personnes qui y exercent leur activité s'engagent dans un processus de vaccination. La faculté qui est offerte à l'agent d'utiliser des jours de congés payés, sous réserve de l'accord de son employeur, n'a que pour objet de permettre à l'agent de différer la date d'effet de la mesure de suspension découlant de l'impossibilité dans laquelle il s'est placé d'exercer ses fonctions, mais n'est pas une modalité de régularisation de la situation de l'agent au regard de son obligation vaccinale.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a été reçue en entretien le 20 septembre 2021 par son employeur, qui l'a informée que, faute de satisfaire à l'obligation vaccinale contre le virus de la covid-19 et de volonté de sa part de s'engager dans un processus de vaccination, elle ne remplissait plus les conditions nécessaires à l'exercice de son activité. À supposer même que la possibilité de poser des congés ne lui ait pas été proposée et alors que la faculté de télétravailler n'était pas obligatoire, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la procédure a été irrégulièrement menée en méconnaissance des dispositions citées au point 2.

10. En troisième lieu, la mesure de suspension prise dans l'intérêt du service, qui est limitée à la période au cours de laquelle l'intéressée s'abstient de se conformer aux obligations qui sont les siennes en application des dispositions précitées, se borne à constater que l'agent ne remplit pas les conditions légales pour exercer son activité. Elle ne présente pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'a dès lors pas à être précédée de la mise en œuvre des garanties procédurales attachées au prononcé d'une sanction administrative tenant à la mise en œuvre des droits de la défense, à la communication préalable de son dossier administratif individuel ou à l'organisation d'un entretien préalable avec son employeur. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie par l'administration et de la méconnaissance de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, de l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut dès lors qu'être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

12. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée expose les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision ne peut dès lors qu'être écarté.

S'agissant de la légalité interne :

Quant au défaut de base légale :

13. Mme D soutient que le décret d'application de la loi du 5 août 2021 n'a pas été publié et que la Haute autorité de santé n'a pas été consultée contrairement à ce que prévoient les textes, si bien que la vaccination des professionnels de santé ne peut être considérée comme obligatoire. Toutefois, le décret d'application de cette loi est le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021, qui a été pris après avis de la Haute autorité de santé. Le moyen manque dès lors en fait.

Quant aux exceptions d'inconstitutionnalité de la loi :

14. Mme D, qui soutient que la décision contestée méconnaît les principes constitutionnels de la liberté d'entreprendre et de l'égal accès à la fonction publique, conteste en réalité le principe même de l'obligation vaccinale posé par la loi du 5 août 2021. Ainsi, ces moyens tirés de l'inconstitutionnalité de la loi du 5 août 2021, qui n'ont pas été présentés par un mémoire distinct, sont irrecevables.

Quant aux exceptions d'inconventionnalité de la loi :

15. En premier lieu, si Mme D soutient que les dispositions de la loi du 5 août 2021 sur lesquelles se fonde la décision en litige sont contraires au règlement du Parlement européen et du Conseil du 14 juin 2021 relatif à un cadre pour la délivrance, la vérification et l'acceptation de certificats COVID-19 interopérables de vaccination, de test et de rétablissement (certificat COVID numérique de l'UE) afin de faciliter la libre circulation pendant la pandémie de COVID-19, les dispositions de ce règlement, prises dans le cadre de l'article 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, ne sont applicables qu'aux déplacements entre les États membres de l'Union européenne et ne portent pas atteinte aux compétences en matière de définition de leur politique sanitaire de ces derniers, conformément au paragraphe 7 de l'article 168 du même traité. Par conséquent, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation ".

17. La décision par laquelle le directeur général du centre hospitalier de Béthune Beuvry a suspendu Mme D de ses fonctions sans traitement jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination n'est pas fondée sur l'état de santé de l'intéressée, mais sur le non-respect de l'obligation vaccinale imposée par les dispositions de la loi du 5 août 2021. La réglementation issue de la loi du 5 août 2021 s'applique de manière identique à l'ensemble des personnes qui exercent leur activité professionnelle au sein des établissements de santé, qu'elles fassent ou non partie du personnel soignant. Par suite, le moyen tiré de ce que la loi du 5 août 2021 méconnaît les principes d'égalité et de non-discrimination garantis par les stipulations combinées des articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

18. En troisième lieu, Mme D n'est pas fondée à soutenir que, par la décision en litige, son consentement éclairé a été méconnu dès lors qu'elle n'a pas été vaccinée. Si elle soutient que l'obligation vaccinale instituée par la loi du 5 août 2021 méconnaît diverses conventions internationales et textes internationaux, notamment les dispositions du pacte international relatif aux droits civils et politiques, les stipulations de la convention d'Oviedo et la directive n° 2001/20/CE du 4 avril 2001, en tant qu'elle méconnaîtrait le consentement libre et éclairé nécessaire à toute intervention médicale, la loi du 5 août 2021 n'a pas eu pour effet de la contraindre à être vaccinée sans son consentement, de sorte que son moyen ne peut en tout état de cause qu'être écarté.

19. En quatrième lieu, il est constant que les vaccins contre la Covid-19 utilisés en France ont fait l'objet d'une autorisation de mise sur le marché par l'Agence européenne du médicament. Si l'autorisation est conditionnelle, la vaccination obligatoire n'a pas pour autant le caractère d'une expérimentation médicale ou d'un essai clinique, lesquels au surplus obéissent à d'autres fins. Par suite, le moyen tiré de ce que la loi du 5 août 2021 méconnaît les principes de consentement auxquels sont subordonnés de tels expérimentations et essais, notamment ceux de la convention sur les droits de l'homme et la biomédecine signée à Oviedo le 4 avril 1997, de l'article 3 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de l'article 7 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16 décembre 1966 et de l'article 28 du règlement (UE) 536/2014 du Parlement européen et du Conseil du 16 avril 2014, doit en tout état de cause être écarté.

20. En cinquième lieu, le droit à l'intégrité physique fait partie du droit au respect de la vie privée au sens des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, telles que la Cour européenne des droits de l'homme les interprète. Une vaccination obligatoire constitue une ingérence dans ce droit, qui peut être admise si elle remplit les conditions du paragraphe 2 de l'article 8 et, notamment, si elle est justifiée par des considérations de santé publique et proportionnée à l'objectif poursuivi. Il doit ainsi exister un rapport suffisamment favorable entre, d'une part, la contrainte et le risque présentés par la vaccination pour chaque personne vaccinée et, d'autre part, le bénéfice qui en est attendu tant pour cet individu que pour la collectivité dans son entier, y compris ceux de ses membres qui ne peuvent être vaccinés en raison d'une contre-indication médicale, compte tenu à la fois de la gravité de la maladie, de son caractère plus ou moins contagieux, de l'efficacité du vaccin et des risques ou effets indésirables qu'il peut présenter.

21. L'article 12 de la loi du 5 août 2021 a défini le champ de l'obligation de vaccination contre la Covid-19 en retenant, notamment, un critère géographique pour y inclure les personnes exerçant leur activité dans un certain nombre d'établissements, principalement les établissements de santé et des établissements sociaux et médico-sociaux, ainsi qu'un critère professionnel pour y inclure les professionnels de santé afin, à la fois, de protéger les personnes accueillies par ces établissements qui présentent une vulnérabilité particulière au virus de la Covid-19 et d'éviter la propagation du virus par les professionnels de santé dans l'exercice de leur activité qui, par nature, peut les conduire à soigner des personnes vulnérables ou ayant de telles personnes dans leur entourage. Par suite, eu égard à l'objectif de santé publique poursuivi et alors même qu'aucune dérogation personnelle à l'obligation de vaccination n'est prévue en dehors des cas de contre-indication, l'obligation vaccinale pesant sur le personnel exerçant dans un établissement de santé, qui ne saurait être regardée comme incohérente et disproportionnée au regard de l'objectif de santé publique poursuivi, ne méconnaît pas le droit à l'intégrité physique garanti par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ses articles 2, 3 et 8.

Quant à l'exception d'illégalité :

22. Il ne relève pas de l'office du juge administratif de connaître du moyen, soulevé par voie de l'exception, tiré de l'illégalité de la procédure d'adoption de la loi du 5 août 2021. Par suite, le moyen tiré de ce que cette loi n'a pas été prise après avis du Conseil commun de la fonction publique est inopérant.

Quant aux erreurs d'appréciation :

23. En premier lieu, aux termes de l'article 2-4 du décret du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " Les cas de contre-indication médicale faisant obstacle à la vaccination contre la covid-19 et permettant la délivrance du document pouvant être présenté dans les cas prévus au 2° du A du II de l'article 1er de la loi du 31 mai 2021 susvisée sont mentionnés à l'annexe 2 du présent décret. / L'attestation de contre-indication médicale est remise à la personne concernée par un médecin ".

24. Mme D, qui se borne à faire valoir qu'elle souffre d'endométriose, n'établit pas avoir produit une attestation de contre-indication au sens des dispositions précitées. Ce moyen doit ainsi être écarté.

25. En second lieu, Mme D ne peut utilement soutenir que la décision en litige, en la privant de ressources, a porté atteinte de manière disproportionnée à ses droits dès lors que le directeur général du centre hospitalier de Béthune Beuvry s'est borné à constater que les conditions d'application des articles 12 à 14 de la loi du 5 août 2021 étaient réunies et à faire application de ses dispositions tendant à la suspension sans traitement de l'intéressée.

26. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en date du 4 octobre 2021 par laquelle le directeur général du centre hospitalier de Béthune Beuvry l'a suspendue de ses fonctions sans rémunération à compter du même jour et jusqu'à production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination répondant aux conditions définies par le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021. Les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme D doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier de Béthune Beuvry, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à Mme D de la somme qu'elle demande au titre des frais qu'elle a exposés.

28. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme D le versement au centre hospitalier de Béthune Beuvry de la somme qu'il demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Béthune Beuvry au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au centre hospitalier de Béthune Beuvry.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. COURTOISLe président-rapporteur,

signé

O. LEMAIRE

La greffière,

signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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