vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2109581 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | GOMMEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 décembre 2021, M. A D, représenté par Me Gommeaux, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions en date du 23 août 2021 par lesquelles le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
La décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- est illégale en l'absence de justification par le préfet du Nord de la compétence de sa signataire ;
- a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie, alors qu'il justifie de sa résidence habituelle sur le territoire français depuis plus de dix ans, en méconnaissance des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :
- est illégale en l'absence de justification par le préfet du Nord de la compétence de sa signataire ;
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des motifs du refus et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 décembre 2021, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Lille en date du
18 octobre 2021.
Par une ordonnance en date du 3 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au
4 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Lescene, substituant Me Gommeaux, avocate de M. D ;
- le préfet du Nord n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant arménien, né le 7 décembre 1988, a fait l'objet d'un arrêté du 11 juin 2014 par lequel le préfet du Nord a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile et l'a obligé à quitter le territoire français, ainsi que d'un arrêté du
21 juillet 2016 par lequel le préfet du Nord a refusé son admission exceptionnelle au séjour et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. D a demandé, le 8 février 2021, son admission exceptionnelle au séjour et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en faisant valoir qu'il a sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans. Par un arrêté du 23 août 2021, le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de l'arrêté en litige : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / () ".
3. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.
4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Nord ne conteste pas que M. D justifie d'une résidence habituelle du 2 décembre 2010 au
18 novembre 2016. Il ressort des nombreuses pièces versées au dossier, en particulier de l'attestation du directeur de Home des Flandres, centre d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) en date du 8 décembre 2020 selon laquelle M. D réside depuis le
31 juillet 2013 à l'adresse du 104 rue du général Bonnaud à Tourcoing, de ses avis d'imposition à l'impôt sur le revenus au titre des années 2016, 2017, 2018, 2019, de ses relevés de compte bancaire ouvert auprès de la Banque postale des années 2016, 2017, 2018, 2019 et 2020 qui mentionnent des mouvements nombreux notamment des achats dans des grandes surfaces, des magasins de matériaux et de bricolage ou des commerces alimentaires, ainsi que des remises de chèques et des versements effectués, notamment, à Lambersart, Lomme ou encore Hellemmes et d'un Pass'Déchèterie délivré le 26 juillet 2018 permettant à l'intéressé d'accéder aux déchèteries de la Métropole européenne de Lille, que M. D justifie de sa résidence habituelle et continue en France depuis plus de dix ans. Par ailleurs, le requérant produit une note sociale de Home des Flandres du 18 novembre 2020 par laquelle son éducatrice spécialisée et la cheffe de service attestent de sa maîtrise de la langue française, de son sérieux dans ses recherches d'emploi qui ont débouché sur des promesses d'emploi qui n'ont pas abouti, de son investissement pour effectuer des petits travaux auprès de particuliers et du bénévolat en tant qu'interprète, des " attaches fortes " qu'il a nouées en France tant par un réseau d'amis qu'il s'est créé que par ses activités. Son apprentissage et, par suite, sa maîtrise de la langue française sont attestés par le suivi d'une formation dispensée par l'association LA CLE au cours des années 2013, 2014 et 2015. Par ailleurs, M. D justifie de son intégration sociale par ses engagements bénévoles et l'aide apportée à des proches, corroborés par des attestations de personnes connaissant l'intéressé, pour certaines d'entre elles, depuis 2010. S'il ne peut justifier d'une activité salariée régulière, il justifie avoir bénéficier d'une promesse d'embauche et d'un contrat à durée indéterminée signé le 4 septembre 2015 dont l'exécution n'a pu se concrétiser en raison de la situation de M. D au regard de son droit au séjour. Dans ses conditions, eu égard à l'ancienneté de sa présence en France, à la réalité de son intégration sociale et au sérieux de ses démarches pour trouver un emploi, le préfet du Nord a commis une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision en date du 23 août 2021 par laquelle le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, ainsi que celles, datées du même jour, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique que le préfet du Nord délivre à M. D une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet du Nord d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gommeaux renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de condamner l'Etat à lui verser une somme de 1 000 euros.
DECIDE :
Article 1er : Les décisions en date du 23 août 2021 par lesquelles le préfet du Nord a refusé à M. D la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à M. D une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Me Gommeaux, avocate de M. D, la somme de
1 000 euros, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Gommeaux renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Gommeaux et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Paganel, président de la formation de jugement,
- M. Lemaire, président,
- Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.
La rapporteure,
Signé
L-J. B
Le président,
Signé
M. C
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026