vendredi 3 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2109590 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | LUTRAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 décembre 2021, M. B C, représenté par Me Lutran, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions en date du 17 août 2021 par lesquelles le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que ce dernier renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation eu égard aux dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er avril 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est fondée, par une substitution de base légale, sur l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que M. C constitue une menace à l'ordre public eu égard à sa condamnation, par un jugement du 6 octobre 2021 du tribunal judiciaire de Lille, à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille en date du 8 novembre 2021.
Par une ordonnance en date du 3 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Lutran, avocat représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain né le 10 novembre 1991, a contracté mariage, le 19 janvier 2016, avec une compatriote titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " valable du 9 février 2021 au 8 février 2023. Il est entré en France le 12 février 2018 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa D à entrées multiples portant la mention " regroupement familial OFII " valable du 7 février 2018 au 8 mai 2018, l'autorisant à séjourner dans l'espace Schengen pour une durée de quatre-vingt-neuf jours. A l'expiration de son visa, il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " conjoint au titre de regroupement familial ", valable du 4 septembre 2016 au 3 septembre 2019. Il a demandé, le 16 septembre 2019, le renouvellement de son titre de séjour et, à titre subsidiaire, un changement de statut pour se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 17 aout 2021, le préfet du Nord a refusé à M. C la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an. M. C demande au tribunal d'annuler les décisions ainsi prises à son encontre.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. C est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu le 1er avril 2019 avec l'entreprise Sherlock Lille qui l'emploie en qualité de plongeur depuis le 1er mars 2019. La demande de délivrance d'une autorisation de travail formée par l'employeur de M. C, le 6 février 2021, a été rejetée comme irrecevable par une décision du 23 février 2021 par laquelle la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Hauts-de-France a considéré qu'elle était incomplète, plusieurs pièces nécessaires à son examen n'ayant pas été produites malgré des courriers de demande de pièces complémentaires. Pour refuser à l'intéressé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", le préfet du Nord a considéré que M. C ne remplissait pas les conditions pour en obtenir la délivrance eu égard à " l'ensemble [des] éléments " précités et " aux pièces que Monsieur B C a bien voulu [lui] communiquer ".
4. Il est constant que M. C a demandé, à la direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités (DDETS) Nord-Lille, le 20 avril 2021, le réexamen de la demande d'autorisation de travail, en produisant des pièces complémentaires. Sa demande a été adressée le 30 avril 2021 à la préfecture du Nord, la DDETS Nord-Lille n'étant plus compétente depuis le 1er avril 2021 pour traiter ces demandes. De même, ont été transmis à la préfecture du Nord, le 21 juillet 2021, des documents dans le cadre du recours gracieux formé par M. C. En ne prenant pas en compte ces éléments, qui avaient été portés à la connaissance de l'administration à la date de la décision contestée, le préfet du Nord doit être regardé comme n'ayant pas procédé à un examen de la situation personnelle du requérant.
5. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
6. Dans son mémoire en défense enregistré le 1er avril 2022, le préfet du Nord soutient que la décision portant refus de titre de séjour est fondée, par une substitution de base légale, sur l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la présence de M. C en France constitue une menace à l'ordre public.
7. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée - UE". ".
8. S'il est constant que M. C a été condamné pour des faits de violences suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité commis le 8 juin 2018 à Lille, par un jugement du 6 octobre 2021 du tribunal judiciaire de Lille, à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis, cette condamnation est postérieure à la décision attaquée. La circonstance invoquée à l'appui de la demande de substitution de base légale du préfet du Nord n'existant pas à la date de la décision attaquée, celle-ci ne peut être accueillie.
9. Par suite, pour le motif énoncé au point 4, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 17 août 2021 par laquelle le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, celles datées du même jour par lesquelles le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique que la demande de M. C soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet du Nord de la réexaminer, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et qu'il délivre à l'intéressé, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lutran renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de condamner l'Etat à lui verser une somme de 1 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté en date du 17 août 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé à M. C la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de M. C, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Me Lutran, avocate de M. C, une somme de 1 000 (mille) euros, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Lutran renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Lutran et au préfet du Nord.
Copie sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 février 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Paganel, président-rapporteur,
- Mme Bergerat, première conseillère,
- Mme Dang, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2023.
Le président,
signé
M. A
L'assesseure la plus ancienne,
signé
S. BERGERAT
La greffière,
signé
N. PAULET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026