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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2109700

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2109700

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2109700
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS VEDESI - SCP SCHMIDT VERGNON PELISSIER THIERRY EARD-AMINTHAS & TISSOT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée sous le n°2109700 le 10 décembre 2021, Mme A Laloux, représentée par Me Tachon, demande au tribunal :

1°) de condamner le département du Pas-de-Calais à lui verser une somme totale de 191 676,10 euros ;

2°) de mettre à la charge du département du Pas-de-Calais la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions du 29 novembre 2018 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais lui a retiré son agrément d'assistante familiale et du 20 décembre 2018 par laquelle le même président a prononcé son licenciement, annulées par un jugement du tribunal administratif de Lille n° 1900689, 1901297 du 29 janvier 2021, sont entachées d'illégalité fautive ;

- cette illégalité lui a causé des préjudices résultant de son éviction illégale, dont elle demande réparation par la condamnation du département du Pas-de-Calais à lui verser la somme totale de 191 676,10 euros dont 3 444 euros au titre de l'indemnité d'attente, 5 697, 53 euros au titre du manque à gagner lié au retrait de son agrément, 12 534,57 euros au titre de l'indemnité compensatrice de préavis et des congés payés afférents, 140 000 euros au titre de la perte de revenus, 10 000 euros au titre de l'indemnité de licenciement abusif, et 20 000 euros au titre du préjudice moral.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 février 2023, le département du Pas-de-Calais, représenté par Me Vergnon, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme Laloux la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Il fait valoir que :

- l'illégalité procédurale sanctionnée par le jugement du 29 janvier 2021 n'est pas à l'origine des préjudices de la requérante ;

- son président était en situation de compétence liée compte tenu de la survenance de la limite d'âge de Mme Laloux le 14 septembre 2018.

Par une ordonnance du 14 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 avril 2023.

Mme Laloux a produit, à la demande du tribunal, l'avis de classement sans suite du 24 juin 2019, enregistré le 24 mai 2024, communiqué en application des dispositions de l'article R.613-1-1 du code de justice administrative.

II. Par une requête enregistrée sous le n°2200160 le 10 janvier 2022, Mme A Laloux, représentée par Me Tachon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 novembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a constaté la rupture de son contrat de travail le 14 septembre 2018 en raison de la survenance de la limite d'âge ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'erreurs de fait et d'appréciation ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée ;

- elle méconnaît le principe de non-rétroactivité des actes administratifs ;

- elle est entachée de détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 février 2023, le département du Pas-de-Calais, représenté par Me Vergnon, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme Laloux la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires tendant à la réparation des préjudices subis au titre de l'indemnité pour licenciement abusif et de son manque à gagner sont irrecevables faute d'avoir été mentionnés dans la demande indemnitaire préalable ;

- son président était en situation de compétence liée compte tenu de la survenance de la limite d'âge de Mme Laloux le 14 septembre 2018 ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 14 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 avril 2023.

Mme Laloux a produit, à la demande du tribunal, des pièces en vue de compléter l'instruction, enregistrées le 28 mai 2024, et communiquées en application des dispositions de l'article R.613-1-1 du code de justice administrative.

Le département du Pas-de-Calais, représenté par Me Vergnon, a produit une pièce enregistrée le 4 juin 2024 qui n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°84-834 du 13 septembre 1984 ;

- la loi n°2010-1330 du 9 novembre 2010 ;

- la loi n°2012-347 du 12 mars 2012 ;

- le décret n°2011-2103 du 30 décembre 2011 ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Horn,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Laurent, substituant Me Vergnon, représentant le département du Pas-de-Calais.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A Laloux a exercé, à compter d'octobre 1995, les fonctions d'assistante familiale du département du Pas-de-Calais. Le 23 juillet 2018, le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a décidé de suspendre l'agrément d'assistante familiale dont elle bénéficiait pour accueillir à son domicile trois enfants de 0 à 21 ans, ainsi qu'un enfant en accueil relais. Après avoir recueilli, le 13 novembre 2018, l'avis de la commission consultative paritaire départementale, il a, le 29 novembre 2018, décidé de lui retirer son agrément puis, le 20 décembre suivant, prononcé son licenciement. Par un jugement n°1900689, 1901297 du 29 janvier 2021, le tribunal administratif de Lille a annulé les décisions du président du conseil départemental du Pas-de-Calais du 29 novembre et du 20 décembre 2018. Par un courrier du 5 août 2021, reçu le 12 août suivant, Mme Laloux a formé une demande préalable tendant à l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis à raison de l'illégalité des décisions du 29 novembre et 20 décembre 2018. Par un courrier du 19 novembre 2021, le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a constaté la rupture de son contrat de travail le 14 septembre 2018 en raison de la survenance, pour Mme Laloux, de la limite d'âge. Par sa requête n°2109700, Mme Laloux demande au tribunal de condamner le département du Pas-de-Calais à lui verser une somme totale de 191 676,10 euros. Par sa requête n°2200160, Mme Laloux demande au tribunal d'annuler la décision du 19 novembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a constaté la rupture de son contrat de travail le 14 septembre 2018 en raison de la survenance de la limite d'âge.

Sur la jonction

2. Dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice, le juge administratif dispose, sans jamais y être tenu, de la faculté de joindre deux ou plusieurs affaires. Les requêtes susvisées n° 2109700 et 2200160, présentées par Mme Laloux, qui concernent les mêmes parties, ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel () est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () L'agrément est accordé () si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs () accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " () /Lorsque la demande d'agrément concerne l'exercice de la profession d'assistant familial, la décision du président du conseil départemental est notifiée dans un délai de quatre mois à compter de cette demande. A défaut de notification d'une décision dans ce délai, l'agrément est réputé acquis, ce délai pouvant être prolongé de deux mois suite à une décision motivée du président du conseil départemental. / Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil chez l'assistant maternel garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément de l'assistant maternel si ces conditions ne sont plus remplies. A cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est exposé à de tels comportements ou risque de l'être.

5. D'autre part, lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité d'une décision administrative intervenue au terme d'une procédure irrégulière, il appartient au juge administratif de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, si la même décision aurait pu légalement intervenir et aurait été prise, dans les circonstances de l'espèce, par l'autorité compétente. Dans le cas où il juge qu'une même décision aurait été prise par l'autorité compétente, le préjudice allégué ne peut alors être regardé comme la conséquence directe du vice de procédure qui entachait la décision administrative illégale.

6. Pour retirer l'agrément d'assistante familiale de Mme Laloux, le président du conseil département du Pas-de-Calais s'est fondé sur le circonstance que Mme Laloux ne présente plus les garanties nécessaires pour accueillir des mineures et des jeunes majeurs de moins de 21 ans dans des conditions propres à leur assurer sécurité, santé et épanouissement conformément à l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles en raison d'une part, d'une suspicion de maltraitances commises à l'encontre des enfants confiés, lesquelles ont fait l'objet d'un signalement judiciaire le 20 juillet 2018, et d'autre part, de réponses éducatives inadaptées et de négligences dans la prise en charge des enfants.

7. Il résulte de l'instruction que, par un jugement n°1900689, 1901297 du 29 janvier 2021, le tribunal administratif de Lille a annulé la décision du 29 novembre 2018 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a retiré l'agrément d'assistante familiale de Mme Laloux et celle du 20 décembre 2018 par laquelle le même président a prononcé son licenciement en raison de l'atteinte aux droits de la défense qu'a constitué le refus de communiquer les documents relatifs à un signalement opéré en 2016 ainsi que les notes et documents se rattachant à un signalement du 20 juillet 2018, la décision de licenciement ayant été annulée par voie de conséquence de l'annulation du retrait d'agrément. L'illégalité non contestée de ces décisions constitue une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'administration.

8. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment des notes d'information au responsable de secteur aide sociale à l'enfance des 23 février, 31 mai, 4 juin, 6 juin et 17 juillet 2018 que cinq enfants accueillis de 2016 à 2018 ont fait état de faits de violence physique infligés par Mme Laloux. Il résulte également de l'instruction, et notamment de trois notes d'information au responsable de secteur aide sociale à l'enfance du 7 septembre 2016, 23 février et 4 juin 2018 que Mme Laloux a notamment tenu à l'égard de deux enfants accueillis des propos stigmatisants et dévalorisants et a reconnu que son mari avait forcé l'un d'eux à manger alors que celui-ci connaissait des troubles alimentaires. Par ailleurs, lors de la réorientation d'un enfant accueilli, la requérante n'a pas rendu l'intégralité de ses affaires et notamment le carnet de santé et les documents nécessaires à la prise en charge de l'enfant, ni n'a informé ce dernier de sa réorientation provoquant chez lui un état d'angoisse. En outre, il résulte de l'instruction et notamment des notes du 6 juin, 6 juillet et 18 juillet 2018 que la requérante a fait preuve de graves négligences dans la prise en charge des enfants en n'assurant pas une alimentation suffisante et adaptée des enfants accueillis voire en refusant la mise en place de traitement contre les poux en raison de son prix. Enfin, l'avis de classement sans suite du signalement du 20 juillet 2018, qui n'a pas autorité de chose jugée, a été prononcé par le procureur de la République au motif que " les agissements de la mise en cause sont sanctionnés par d'autres poursuites ou sanctions de nature non pénale ". Ainsi, la décision de retrait d'agrément était justifiée dès lors que les conditions d'accueil offertes par Mme Laloux ne permettaient pas d'assurer la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis, et il résulte de l'instruction que, s'il avait statué, le président du conseil départemental du Pas-de-Calais aurait pris cette même mesure. Par suite, la décision de licenciement, prise en application de l'article L. 423-8 du CASF, était également justifiée et il résulte de l'instruction que si le président du conseil départemental, qui était tenu de licencier Mme Laloux après le retrait de l'agrément, avait statué, il aurait repris la même mesure de licenciement. Dans ces circonstances, ni l'indemnité d'attente, ni le manque à gagner ni l'indemnité compensatrice de préavis et des congés payés afférents, ni la perte de revenus, ni l'indemnité de licenciement abusif dont elle se prévaut ne peuvent être regardés comme la conséquence directe du vice de procédure dont était entachée la décision retirant son agrément lequel a entraîné l'illégalité de son licenciement par voie de conséquence. S'agissant du préjudice moral, la requérante, si elle en justifie par des pièces médicales faisant état d'une dépression, n'impute pas sa naissance au vice de procédure mais aux " décisions prises à son encontre " et aux " accusations de mauvais traitements " des enfants. Le lien entre l'illégalité procédurale et le préjudice moral n'est, ainsi, pas établi.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions indemnitaires de Mme Laloux doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision 19 novembre 2021 :

10. Aux termes de l'article L. 422-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les assistants maternels et les assistants familiaux employés par des collectivités territoriales sont des agents non titulaires de ces collectivités. (). Aux termes de l'article 6-1 de la loi n°84-834 du 13 septembre 1984 relative à la limite d'âge dans la fonction publique et le secteur public : " I. - Sous réserve des exceptions légalement prévues par des dispositions spéciales, la limite d'âge des agents contractuels employés par les administrations de l'Etat, les collectivités territoriales, leurs établissements publics ne présentant pas un caractère industriel et commercial, les établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ainsi que par toutes autres personnes morales de droit public recrutant sous un régime de droit public est fixée à soixante-sept ans. () / III. - Après application, le cas échéant, du II du présent article, les agents contractuels dont la durée d'assurance tous régimes est inférieure à celle définie à l'article 5 de la loi n° 2003-775 du 21 août 2003 portant réforme des retraites peuvent sur leur demande, sous réserve de l'intérêt du service et de leur aptitude physique et sans préjudice des règles applicables en matière de recrutement, de renouvellement et de fin de contrat, être maintenus en activité. Cette prolongation d'activité ne peut avoir pour effet de maintenir l'agent concerné en activité au-delà de la durée d'assurance définie au même article 5, ni au-delà d'une durée de dix trimestres. " ". Aux termes du II de l'article 115 de la loi du 12 mars 2012 : " () La limite d'âge mentionnée au I de l'article 6-1 de la loi n° 84-834 du 13 septembre 1984 relative à la limite d'âge dans la fonction publique et le secteur public évolue dans les conditions fixées par le décret prévu au II de l'article 28 de la loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010 portant réforme des retraites. ". Aux termes du II de l'article 28 de la loi du 9 novembre 2010 : " II. ' Pour ceux de ces fonctionnaires qui sont nés antérieurement au 1er janvier 1956, cette limite d'âge est fixée par décret, de manière croissante par génération et dans la limite de l'âge fixé au I. " Aux termes de l'article 8 du décret n°2011-2103 du 30 décembre 2011 : " I. - Comme il est dit aux II des articles 28 et 31 de la loi du 9 novembre 2010 susvisée, les limites d'âge applicables aux agents nés avant les dates mentionnées aux I de ces mêmes articles sont fixées, à titre transitoire, pour ceux atteignant avant le 1er janvier 2015 l'âge d'ouverture du droit à une pension de retraite qui leur était applicable avant l'entrée en vigueur de ladite loi, de manière croissante à raison : 1° De quatre mois par génération pour les fonctionnaires atteignant cet âge entre le 1er juillet et le 31 décembre 2011 ; 2° De cinq mois par génération pour les fonctionnaires atteignant cet âge entre le 1er janvier 2012 et le 31 décembre 2014 ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, pour les agents contractuels de la fonction publique, la limite d'âge applicable est celle de soixante-cinq ans augmentée de quatre ou cinq mois par génération dans la limite de l'âge de soixante-sept ans.

11. Il est constant que Mme Laloux est née le 14 décembre 1952, et non entre le 1er juillet et le 31 décembre 1951 ainsi que le retient la décision attaquée, entachée d'erreur de fait. Mme Laloux entrait ainsi dans le champ des dispositions du II de l'article 28 de la loi du 9 novembre 2010 précité applicables aux fonctionnaires nés antérieurement au 1er janvier 1956. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notification de pension de retraite de la caisse d'assurance retraite et de la santé au travail du 30 avril 2012 que l'intéressée a atteint l'âge d'ouverture du droit à une pension de retraite avant le 1er janvier 2015 et qu'elle entrait donc dans le champ des dispositions du I de l'article 8 du décret du 30 décembre 2011 précité. Ayant atteint l'âge de soixante-cinq ans le 14 décembre 2017, il convenait d'ajouter cinq mois aux soixante-cinq ans en application du 2° de l'article 8 du décret du 30 décembre 2011 précité, de sorte que Mme Laloux a atteint la limite d'âge le 14 mai 2018 et non le 14 septembre 2018. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme Laloux doit être regardée comme ayant bénéficié d'une prolongation d'activité, dans l'intérêt du service, du 14 mai 2018 au 17 juillet 2018, date à laquelle cette prolongation a pris fin avec la réorientation du dernier enfant qui lui avait été confié. Dans ces conditions, l'erreur de fait commise par le président du conseil départemental du Pas-de-Calais ayant eu une incidence sur la décision litigieuse, le moyen tiré de cette erreur doit être accueilli.

12.Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme Laloux est fondée à demander l'annulation de la décision du 19 novembre 2021 en tant qu'elle fixe la date de rupture de son contrat de travail le 14 septembre 2018 en raison de la survenance de la limite d'âge.

Sur les frais liés au litige :

13. Dans la requête n°2109700, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département du Pas-de-Calais, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme Laloux une somme de 1500 euros au titre des frais exposés par le département du Pas-de-Calais et non compris dans les dépens.

14. Dans la requête n°2200160, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme Laloux présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par le département du Pas-de-Calais soient mises à la charge de Mme Laloux, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions indemnitaires de la requête n° 2109700 sont rejetées.

Article 2 : La décision du 19 novembre 2021 est annulée en tant qu'elle fixe la date de rupture de son contrat de travail le 14 septembre 2018.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Mme Laloux versera la somme de 1 500 euros à l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A Laloux et au département du Pas-de-Calais.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. HORNLa présidente,

Signé

J. FÉMÉNIA

La greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2109700 - 2200160

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