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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2109807

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2109807

mercredi 20 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2109807
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 5 octobre 2021 par laquelle le préfet du Nord a refusé d'abroger la décision du 23 juillet 2021 portant obligation de quitter le territoire français ;

3°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 23 juillet 2021 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, en tant qu'il refuse sa demande de titre de séjour ;

4°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour, et de procéder à un nouvel examen de sa demande de délivrance de titre de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Danset-Vergoten, avocate de M. A, de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

- la décision portant refus d'abrogation de la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance du 2 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 décembre 2022.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le26 janvier 1990 ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Lançon a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 23 novembre 1976, est entré en France en 1999, et s'est vu délivrer une carte de résident au titre du regroupement familial, valable du 8 septembre 1999 au 7 septembre 2009. Il a obtenu une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 11 août 2014 au 10 août 2015, renouvelée du 17 décembre 2015 au 16 décembre 2017 et, en dernier lieu, du 15 mars 2017 au 14 mars 2019. M. A a demandé le renouvellement de son titre de séjour le 13 février 2019. Il s'est vu notifier un arrêté, daté du 23 juillet 2021, par lequel le préfet du Nord lui a refusé le renouvellement du titre sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français. Le 6 septembre 2021, M. A a demandé l'abrogation de cet arrêté. Par une décision du 5 octobre 2021, le préfet du Nord a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 janvier 2022 du bureau de l'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Elle vise, notamment, les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont le préfet du Nord a fait application. Elle fait état des éléments relatifs à la situation personnelle, familiale et professionnelle, de l'intéressé. Ainsi, la décision en litige mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement permettant ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./ L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". L'article L. 412-5 du même code dispose : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 () ".

5. En outre, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que M. A a été condamné par un jugement du 2 août 2004 du tribunal correctionnel de Valenciennes à 2 mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de dégradation ou détérioration grave d'un bien appartenant à autrui commis en 2004, par un jugement du 18 octobre 2004 du tribunal correctionnel de Valenciennes à 6 mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence par conjoint ou concubin suivie d'une incapacité n'excédant pas 8 jours, commis en 2003 et de violence suivie d'une incapacité n'excédant pas 8 jours sur mineur de 15 ans par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime commis en 2003, par un jugement du 16 février 2005 du tribunal correctionnel de Valenciennes à 4 mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de menace de mort réitérée commis en 2004, par un jugement du 4 juillet 2005 du tribunal correctionnel de Valenciennes à 4 mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, conduite d'un véhicule sans permis et circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance commis en 2005, par un jugement du 19 mai 2006 du tribunal correctionnel de Valenciennes à 7 mois d'emprisonnement pour des faits de menace de mort réitérée commis en 2005, par un jugement du 12 juin 2006 du tribunal correctionnel de Valenciennes à 6 mois d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé par deux circonstances, commis en 2005, par un jugement du 14 mars 2007 du tribunal correctionnel de Valenciennes à 4 mois d'emprisonnement pour des faits de violence sur une personne chargée de mission de service public suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, commis en 2005, par un jugement du 27 mai 2009 du tribunal correctionnel de Valenciennes à 4 mois d'emprisonnement pour des faits de port prohibé d'arme de catégorie 6, commis en 2009, par un jugement du 6 juillet 2011 du tribunal correctionnel de Valenciennes à 2 mois d'emprisonnement pour des faits de recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas 5 ans d'emprisonnement, commis en 2010, par un jugement du 13 novembre 2012 du tribunal correctionnel de Valenciennes à 2 mois d'emprisonnement pour des faits de violation de domicile à l'aide de manœuvres, menace, voies de fait, ou contrainte, commis le 18 juillet 2012, et par un jugement du 16 avril 2014 du tribunal correctionnel de Valenciennes à 500 euros d'amende pour des faits d'usage illicite de stupéfiants., commis en 2013. Si l'intéressé est entré en France en 1999, il ne justifie pas de sa présence continue sur le territoire français et, notamment, entre 2014 et 2020. S'il justifie avoir en France ses trois enfants, majeurs, ainsi que sa petite-fille, il reste qu'il est célibataire et sans enfant à charge et n'établit pas, par la production d'attestations de trois connaissances, de deux amis, du propriétaire de son logement et d'une voisine, avoir noué, sur le territoire français, des liens particulièrement intenses, anciens, et stables. Enfin, le requérant ne justifie que d'une insertion professionnelle partielle, entre mai 2006 et octobre 2007 en tant qu'agent de collecte de matériaux à l'AGEVAL-URSSAF, puis en tant que titulaire d'un contrat à durée déterminée d'insertion au sein de l'association AJAR de Valenciennes en tant que salarié polyvalent du bâtiment entre le 21 octobre 2020 et le 13 septembre 2021. Aussi, dans ces circonstances et eu égard au nombre et à la nature des faits pour lesquels M. A a été condamné, en estimant que la présence de ce dernier en France constituait une menace à l'ordre public au sens de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en refusant, en conséquence, de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", le préfet du Nord n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 3 et n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces textes doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ".

8. M. A, père de trois enfants majeurs, ne peut utilement se prévaloir des stipulations citées au point précédent.

9. En quatrième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant.

10. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de ces conclusions, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 23 juillet 2021 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision de refus d'abrogation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé ".

13. D'une part, il appartient à l'étranger, s'il s'y croit fondé, et, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration, s'il y a modification dans les circonstances de fait ou dans la réglementation applicable, de demander l'abrogation d'une décision refusant la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, d'une décision obligeant à quitter le territoire français ou d'une décision fixant le pays de renvoi.

14. D'autre part, un étranger est, par suite, recevable à demander l'annulation d'une décision refusant d'abroger l'une des décisions précitées, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'obligation de quitter le territoire français est assortie d'une interdiction de retour sur ce territoire. En revanche, un étranger n'est pas recevable à demander l'annulation de la décision refusant d'abroger une interdiction de retour sur le territoire français s'il ne justifie pas résider hors de France à la date où il saisit le juge administratif.

15. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent, avec une précision suffisante, permettant ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

16. En second lieu, le requérant se borne à renvoyer aux moyens soulevés à l'encontre de la décision du 23 juillet 2021 portant refus de titre de séjour. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 4 à 10, et en considération de ce que le requérant ne se prévaut d'aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait depuis l'édiction de l'arrêté du 23 juillet 2021, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, du défaut d'examen particulier de sa situation et de l'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés.

17. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 5 octobre 2021 par laquelle le préfet du Nord a refusé d'abroger la décision du 23 juillet 2021 portant obligation de quitter le territoire français.

18. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles formées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Danset-Vergoten et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

L.-J. Lançon

Le président,

signé

J.-M. RiouLa greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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