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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2109917

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2109917

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2109917
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP GROS-HICTER ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 19 décembre 2021, 30 janvier 2022, et 17 février 2023, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2021 par lequel le maire de Saint-Pol-en Ternoise a refusé sa demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service et décidé que les arrêts maladies prescrits à M. B depuis le 30 juin 2020 soient pris en charge au titre du congé de longue durée ;

2°) d'enjoindre au maire de Saint-Pol-en Ternoise de reconstituer ses droits à retraite auprès de la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales compte tenu de son invalidité imputable au service.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'erreur d'appréciation ;

- il a été adopté par autorité partiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 janvier 2023, la commune de Saint-Pol-en Ternoise, représentée par la SCP Gros, Hicter, d'Halluin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. B la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 20 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 mai 2023.

M. B, a produit, à la demande du tribunal, l'arrêt de travail qui lui a été accordé à compter du 30 juin 2020, enregistré le 15 mai 2024, communiquée en application des dispositions de l'article R.613-1-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Horn,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Robillard, substituant la SCP Gros, Hicter, d'Halluin, représentant la commune de Saint-Pol-en Ternoise.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est fonctionnaire territorial, titulaire du grade d'attaché principal et a exercé, à compter du 2 avril 2009, les fonctions de directeur général des services de la commune de Saint-Pol-en Ternoise par voie de détachement fonctionnel. Par un courrier du 26 février 2021, M. B a demandé la reconnaissance de l'imputabilité au service de son état anxiodépressif l'ayant conduit à être placé en arrêt maladie pour " état anxiodépressif " à compter du 30 juin 2020. Par un avis du 17 septembre 2021, la commission de réforme a rendu un avis favorable à la reconnaissance de sa maladie professionnelle concernant l'affection constatée le 30 juin 2020. Par un arrêté du 20 septembre 2021, le maire de Saint-Pol-en Ternoise a placé M. B en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire du 20 février 2021 au 19 octobre 2021. Par un arrêté du 20 octobre 2021, dont M. B demande l'annulation, le maire de Saint-Pol-en Ternoise a refusé sa demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service et décidé que les arrêts maladie qui lui ont été prescrits depuis le 30 juin 2020 sont pris en charge au titre du congé de longue durée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " I.-Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. () / IV.-Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été placé en arrêt maladie à compter du 30 juin 2020 à raison de son état anxiodépressif, lequel a persisté jusqu'à la décision attaquée ainsi qu'il résulte de plusieurs documents médicaux, notamment de plusieurs comptes rendus de médecin psychiatre datés du 21 mars 2021, 16 avril 2021, et 10 août 2021 et d'un avis du médecin du travail du 22 avril 2021. Si ces documents, ainsi que l'avis de la commission de réforme et les nombreuses attestations de proches produites par le requérant, admettent le caractère professionnel de l'état anxiodépressif de M. B à compter du 30 juin 2020, cette circonstance ne suffit pas à justifier, à elle seule, d'un lien direct entre la pathologie du requérant en cause et l'exercice des fonctions ou avec les conditions de travail du requérant, en l'absence de tout contexte professionnel pathogène. Or, pour louable que soit le dévouement professionnel de M. B en qualité de directeur général des services de la commune de Saint-Pol-en Ternoise pendant le premier confinement consécutif à l'épidémie de covid-19, étant constant que ce dernier s'est rendu en mairie tous les jours durant cette période et qu'il a assuré la coordination des services de la commune, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait exercé ses fonctions dans un contexte professionnel pathogène, le seul contexte du premier confinement n'étant pas de nature à constituer des circonstances particulières tenant aux conditions de travail propices au développement de son affection. En outre, s'il se prévaut du caractère humiliant de sa suspension conservatoire et de la récupération de son ordinateur et téléphone professionnels, par voie d'huissier, ces mesures sont intervenues le 7 juillet 2021, soit postérieurement au diagnostic de sa pathologie du 30 juin 2020, et ne sauraient donc en être à l'origine. A supposer que M. B se prévale de ce que ces mesures ont aggravé son état de santé, elles s'inscrivent dans un usage normal du pouvoir hiérarchique eu égard au comportement du requérant tel que révélé par le rapport d'observations définitives de la Chambre Régionale des Comptes (CRC) des Hauts-de-France, librement accessible au public sur le site internet ccomptes.fr dès le 23 septembre 2021 et rédigé à la suite d'un contrôle de la commune de Saint Pol-sur-Ternoise portant sur les exercices 2015 et suivants, qui fait état de ce que le requérant, alors directeur général des services de cette commune, a activement participé à l'instauration d'un système d'élaboration de délibérations non effectivement adoptées par le conseil municipal et bénéficié d'avantages en nature et de rémunérations indus. Ainsi, en l'absence de tout facteur de risque propice au développement de l'affection en cause et auquel aurait été exposé le requérant, le contexte professionnel dans lequel il a évolué ne peut être regardé comme ayant été de nature à susciter l'apparition et le développement de sa maladie. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation ne peut qu'être écarté.

5. En second lieu, si M. B allègue que le maire de Saint Pol-sur-Ternoise élu le 15 mars 2020 l'a personnellement pris en grippe, il ne ressort d'aucune pièce du dossier une animosité personnelle de ce maire envers le requérant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'impartialité est infondé et doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 20 octobre 2021 par lequel le maire de Saint-Pol-en Ternoise a refusé la demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonctions :

7. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions présentées à cette fin doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme de 2 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Saint-Pol-en Ternoise et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune de Saint-Pol-en Ternoise la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Saint-Pol-en Ternoise.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. HORNLa présidente,

Signé

J. FÉMÉNIA

La greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2109917

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