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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2109936

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2109936

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2109936
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL HUON & SARFATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2021, la société anonyme (S.A.) Dalkia, représenté par Me Sarfati, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 19 novembre 2021 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer une autorisation de travail présentée en faveur de Mme A D pour un emploi d'ingénieure méthodes en industrie ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de délivrer une autorisation de travail à Mme D au sein de la société Dalkia ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité habilitée ;

- le procès-verbal qui aurait été dressé le 26 juillet 2020 par l'inspection du travail ne lui a pas été communiqué ;

- la preuve des manquements qui lui sont reprochés et qu'elle conteste n'est pas rapportée ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que les manquements reprochés concernent un établissement dépendant d'une autre direction régionale que de celle dont dépendra Mme D et que plusieurs autorisations de travail lui ont été accordées postérieurement aux faits reprochés.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 27 décembre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Dalkia ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 29 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 29 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le décret n°2004-1085 du 14 octobre 2004 modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fougères,

- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société anonyme Dalkia, située à Saint-André-Lez-Lille, a sollicité le 16 septembre 2021 une autorisation de travail en faveur de Mme D, ressortissante algérienne, qui avait réalisé un stage de fin d'études d'une durée de six mois au sein de son établissement centre-ouest, pour un emploi d'ingénieure méthodes en industrie en contrat à durée indéterminée. Par une décision du 19 novembre 2021, le préfet du Nord a refusé de délivrer l'autorisation de travail sollicitée. Par la présente requête, la société Dalkia demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par une convention de délégation de gestion en matière de main d'œuvre étrangère signée le 31 mars 2021, régulièrement publiée le 8 avril 2021 au recueil des actes administratifs n°84 du département du Nord et le 7 avril 2021 au recueil spécial des actes administratifs du département du Pas-de-Calais, le préfet du Nord a délégué au préfet du Pas-de-Calais, en application de l'article 2 du décret du 14 octobre 2004 modifié relatif à la délégation de gestion dans les services de l'Etat et dans le cadre des dispositions du code du travail et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'instruction des demandes d'autorisation de travail et les décisions en cette matière, pour une durée d'un an avec reconduction tacite. Par ailleurs, par un arrêté n°2020-10-31 du 22 avril 2021, publié le même jour au recueil spécial n°51 des actes administratifs de l'Etat dans le département du Pas-de-Calais, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à Mme F B, directrice adjointe du travail, responsable de la plateforme interrégionale de service de main d'œuvre étrangère de Béthune, signataire de la décision contestée, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. "

4. A supposer que la société Dalkia ait entendu se prévaloir d'un vice de procédure à raison du défaut de communication préalable du procès-verbal du 26 juillet 2020 établi par l'inspection du travail sur lequel se fonde la décision attaquée, il résulte ni des dispositions citées au point précédent ni d'aucune autre disposition que le législateur ait entendu prévoir une procédure contradictoire préalable pour les décisions de l'administration statuant, comme en l'espèce, sur une demande d'autorisation de travail d'un salarié étranger, de sorte que le moyen doit être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, l'article L. 5221-2 du code du travail dispose : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. " Aux termes de l'article R. 5221-20 du même code : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : / () / 2° S'agissant de l'employeur mentionné au II de l'article R. 5221-1 du présent code : / () / b) Il n'a pas fait l'objet de condamnation pénale pour le motif de travail illégal tel que défini par l'article L. 8211-1 ou pour avoir méconnu des règles générales de santé et de sécurité en vertu de l'article L. 4741-1 et l'administration n'a pas constaté de manquement grave de sa part en ces matières ; / () ".

6. Il ressort de la décision attaquée que le préfet du Nord, pour refuser à la société Dalkia l'autorisation de travail qu'elle sollicitait pour Mme D, s'est fondé sur l'existence de manquements graves au sens de l'article R. 5221-20 du code du travail précité, imputables à la société Dalkia, ayant donné lieu à un procès-verbal du 26 juillet 2020 de l'inspection du travail de l'Indre, du fait de l'absence de purge en point bas de la pompe, de l'absence d'inspection commune organisée entre les différentes entreprises préalablement à l'intervention, du défaut de prise en compte du plan de prévention existant, du défaut d'actualisation du plan de prévention avec intégration de l'entreprise SESEM, d'une précipitation des intervenants et d'un mode opératoire inapproprié.

7. Si la société Dalkia soutient que le préfet du Nord ne rapporte pas la preuve qu'il lui reproche, le préfet du Nord a toutefois produit en cours d'instance un courriel du 22 octobre 2021 de M. C E, inspecteur du travail dans l'Indre, précisant les circonstances de l'accident survenu le 22 juillet 2019 à Issoudun, et mentionnant que cet accident est en lien avec plusieurs manquements au code du travail imputables en particulier à la société Dalkia, en charge de l'ensemble des moyens de production d'énergie et de chauffage sur le site Boortmalt-Malteries franco-suisse, en raison d'une absence de plan de prévention, d'une absence d'inspection commune, d'une absence d'analyse des risques et d'un procédé de travail inadéquat. Ce courriel confirme qu'un procès-verbal de ces manquements a été dressé et transmis au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Châteauroux. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'informée par un courrier du 22 janvier 2020, reçu le 23 janvier 2020, des infractions que M. E, inspecteur du travail, envisageait de relever à son encontre, la société Dalkia s'est bornée à contester par un courrier du 28 janvier 2020 l'ensemble des infractions qui lui étaient reprochées, sans exposer en quoi l'analyse de l'inspecteur du travail serait erronée. Dans le cadre de la présente instance, elle ne démontre pas davantage, en se bornant à une réfutation générale, le caractère erroné des manquements relevés à son encontre. Dès lors, sans qu'importe la circonstance, à la supposer établie, que la société requérante n'ait pas eu communication du procès-verbal du 26 juillet 2020 comme il a été dit au point 4, par la production du courriel précité du 22 octobre 2021, le préfet du Nord doit être regardé comme apportant la preuve des manquements sur lesquels il a fondé la décision contestée.

8. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que les manquements précités sont à l'origine d'un grave accident du travail, survenu le 22 juillet 2019, un salarié d'un sous-traitant de la société Delkia ayant été ébouillanté lors du démontage d'une pompe reliée à une chaudière et brûlé au second degré profond sur 25 % du corps. Dès lors que l'article R. 5221-20, qui renvoie à la qualité d'employeur, c'est-à-dire à la société sollicitant l'autorisation, n'opère pas une distinction selon le lieu ou l'établissement où ont été constatés les manquements, la circonstance que Mme D ne soit pas amenée à travailler à Issoudun ou dans la région Centre-Val-de-Loire est indifférente. Dans ces circonstances, et sans qu'importe la circonstance au demeurant non établie que des autorisations de travail ait pu être délivrées à la société Dalkia postérieurement au 26 juillet 2020, le préfet du Nord n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail en estimant que les manquements reprochés à la société requérante présentaient un caractère de gravité, justifiant le refus de l'autorisation de travail sollicitée.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société Dalkia doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Dalkia est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme (S.A.) Dalkia et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Nord et au préfet du Pas-de-Calais.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

V. FOUGERES

Le président,

signé

J.-M.RIOU La greffière,

signé

I. BAUDRY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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