mercredi 3 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2109972 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | GUYON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 décembre 2021, Mme E F A, représentée par Me Guyon, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 1er décembre 2021 par laquelle le directeur général de l'agence régionale de santé (ARS) des Hauts-de-France l'a mise en demeure de produire les justificatifs de son statut vaccinal en application de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire ;
2°) d'enjoindre à l'ARS des Hauts-de-France de la rétablir dans ses fonctions et de lui verser sa rémunération " y compris de manière rétroactive, dans tous ses éléments et accessoires ", sans délai et sous astreinte de 400 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'elle ne comporte pas la signature de son auteur ;
- elle a été prise en méconnaissance du principe général des droits de la défense et des dispositions des articles L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est illégale en tant qu'elle constitue une sanction disciplinaire déguisée ;
- elle constitue une mesure de police administrative illégale dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée aux droits et libertés fondamentales, qu'elle n'est pas justifiée au regard de l'objectif poursuivi par le législateur, n'est pas nécessaire, présente des conséquences disproportionnées au regard de l'intérêt général et de son intérêt particulier et est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle méconnaît le principe d'égalité reconnu par les articles 1er et 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et par l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et par l'article 1er du protocole n°12 annexé à cette convention et est à l'origine d'une discrimination au regard de ces dispositions et stipulations précitées ainsi qu'au regard du règlement (UE) 2021/953 du Parlement européen et du Conseil du 14 juin 2021 relatif à un cadre pour la délivrance, la vérification et l'acceptation de certificats COVID-19 interopérables de vaccination, de test et de rétablissement afin de faciliter la libre circulation pendant la pandémie de COVID-19 ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 2, 5 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le 11ème alinéa du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 ;
- elle porte atteinte aux articles 1er et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, aux articles 16-1 et 16-3 du code civil, à l'article L. 1111-4 du code de la santé publique et au principe à valeur constitutionnelle de dignité ;
- elle méconnaît le principe de précaution tel qu'il est prévu par l'article 5 de la charte de l'environnement et interprété par la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne ;
- elle porte atteinte au droit au respect du secret médical tel qu'il résulte des dispositions de l'article L. 1110-4 du code de la santé publique et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle porte atteinte à la liberté individuelle telle que reconnue par l'article 66 de la Constitution ;
- elle porte atteinte à la liberté d'entreprise prévue par l'article 16 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, par le troisième alinéa du paragraphe 1er de l'article 6 du Traité sur l'Union européenne et par le paragraphe 7 de l'article 52 de la charte précitée, ainsi qu'en tant que principe général du droit de l'Union européenne et reconnue par l'article 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 décembre 2022, l'agence régionale de santé Hauts-de-France conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en tant qu'elle est dirigée contre un acte administratif ne faisant pas grief ;
- la requête est irrecevable en tant qu'elle comprend des conclusions indemnitaires sans qu'ait été présentée de demande indemnitaire préalable, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative et en tant que l'ARS des Hauts-de-France n'est pas compétente en matière de rémunération des professionnels de santé exerçant à titre libéral ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 24 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 décembre 2022.
Un mémoire, présenté par l'ARS des Hauts-de-France, a été enregistré le 4 janvier 2023.
Un mémoire, présenté pour Mme F A, a été enregistré le 12 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) 2021/953 du Parlement européen et du Conseil du 14 juin 2021 relatif à un cadre pour la délivrance, la vérification et l'acceptation de certificats COVID-19 interopérables de vaccination, de test et de rétablissement afin de faciliter la libre circulation pendant la pandémie de COVID-19 ;
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lançon,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F A, orthophoniste à Annoeullin (59), s'est vu notifier une mise en demeure datée du 1er décembre 2021 du directeur général de l'ARS des Haut-de-France, de produire, dans un délai de sept jours, les justificatifs relatifs à son statut vaccinal, en application de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire. Par ce même courrier, il l'informait qu'à défaut de régularisation de sa situation, il saisirait le procureur de la République d'un signalement au titre de l'article 40 du code de procédure pénale et informerait l'assurance maladie ainsi que le conseil de l'ordre. Par la présente requête, Mme F A demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, dans sa version applicable à la date de la décision en litige : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / () / 2° Les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du code de la santé publique, lorsqu'ils ne relèvent pas du 1° du présent I ; / () II. - Un décret, pris après avis de la Haute Autorité de santé, détermine les conditions de vaccination contre la covid-19 des personnes mentionnées au I du présent article. Il précise les différents schémas vaccinaux et, pour chacun d'entre eux, le nombre de doses requises. Ce décret fixe les éléments permettant d'établir un certificat de statut vaccinal pour les personnes mentionnées au même I et les modalités de présentation de ce certificat sous une forme ne permettant d'identifier que la nature de celui-ci et la satisfaction aux critères requis. Il détermine également les éléments permettant d'établir le résultat d'un examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 et le certificat de rétablissement à la suite d'une contamination par la covid-19. / () ; ". Le titre IV du livre III de la quatrième partie du code de la santé publique est relative à la profession d'orthophoniste. Selon l'article 13 de la même loi, dans sa version applicable à la date de la décision en litige : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. Avant la fin de validité de ce certificat, les personnes concernées présentent le justificatif prévu au premier alinéa du présent 1°. / () ; / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication. Ce certificat peut, le cas échéant, comprendre une date de validité. / II.-A.- Sans qu'y fasse obstacle l'article L. 1110-4 du code de la santé publique, le contrôle du respect de l'obligation prévue au I du présent article est assuré : / () / 3° En ce qui concerne les autres personnes mentionnées audit I, par les agences régionales de santé compétentes, avec le concours des organismes locaux d'assurance maladie. / ().". Enfin, aux termes de l'article 14 de cette même loi, dans sa version applicable à la date de la décision en litige : " () / B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. / () / IV. - Les agences régionales de santé vérifient que les personnes mentionnées aux 2° et 3° du I de l'article 12 qui ne leur ont pas adressé les documents mentionnés au I de l'article 13 ne méconnaissent pas l'interdiction d'exercer leur activité prévue au I du présent article. / V. - Lorsque l'employeur ou l'agence régionale de santé constate qu'un professionnel de santé ne peut plus exercer son activité en application du présent article depuis plus de trente jours, il en informe, le cas échéant, le conseil national de l'ordre dont il relève. "
3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'il revient au directeur général de l'agence régionale de santé compétente de contrôler l'obligation de vaccination, sauf contre-indication médicale reconnue, s'imposant aux orthophonistes exerçant à titre libéral.
4. Par un arrêté du 17 novembre 2021, publié le 19 novembre 2021 au recueil des actes administratifs spécial n° R32-2021-419 de la préfecture de région Hauts-de-France, le directeur général de l'ARS Hauts-de-France a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement simultané de M. C H, directeur de l'offre de soins, et de Mme G I, directrice adjointe de l'offre de soins, à M. B D, sous-directeur ambulatoire, signataire de l'acte en litige, à l'effet de signer les décisions relatives aux missions confiées à la sous-direction, notamment la gestion des professionnels de santé. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. C H et Mme G I n'auraient pas été absents ou empêchés. Par suite, le moyen d'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; / () ". Selon l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
6. La décision en litige, qui rappelle le droit applicable et l'absence de justification par la requérante de son statut vaccinal apparaît, en tout état de cause, comme suffisamment motivée au sens des dispositions de l'article L. 211-5 précité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
7. En troisième lieu, contrairement aux affirmations de la requérante, la décision en litige comprend la signature de son auteur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme manquant en fait.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. " L'article L. 122-2 du même code dispose : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant. "
9. Il ressort des termes non contestés de la décision en litige que Mme F A a été invitée, par un courrier du 2 novembre 2021, à transmettre à l'ARS des Hauts-de-France un justificatif attestant de la validité de son schéma vaccinal contre la Covid-19 via la plateforme dédiée, dans un délai de sept jours. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'intéressée ait, à la suite de cette lettre, fait valoir des observations particulières. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général des droits de la défense et des dispositions des articles L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
10. En premier lieu, la décision attaquée, ainsi qu'il a été dit, se borne, en raison des faits constatés, à mettre en demeure Mme F A de produire les éléments nécessaires au contrôle de sa situation au regard des dispositions de l'article 12 de la loi du 5 août 2021. Cette décision, qui n'a ni pour objet ni pour effet de la suspendre de son activité ou de l'interdire, ne saurait être regardée comme une sanction déguisée.
11. En deuxième lieu, en se bornant à soutenir que l'obligation vaccinale à laquelle elle est astreinte, par effet de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 et sous le contrôle de l'ARS en vertu des articles 13 et 14 suivants, constitue une mesure de police administrative injustifiée, non-nécessaire et disproportionnée, Mme F A ne caractérise nullement de tels griefs à l'encontre de la décision en litige, laquelle se borne à la mettre en demeure de produire les documents nécessaires à l'exercice de ce contrôle et ne saurait être interprétée comme une mesure restrictive des droits et libertés, compte tenu de son objet. Ce moyen doit ainsi être écarté.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 771-3 du code de justice administrative : " Le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution est soulevé, conformément aux dispositions de l'article 23-1 de l'ordonnance no 58-1067 du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel, à peine d'irrecevabilité, dans un mémoire distinct et motivé. Ce mémoire, ainsi que, le cas échéant, l'enveloppe qui le contient, portent la mention : "question prioritaire de constitutionnalité". " L'article R. 771-4 du même code prévoit que : " L'irrecevabilité tirée du défaut de présentation, dans un mémoire distinct et motivé, du moyen visé à l'article précédent peut être opposée sans qu'il soit fait application des articles R. 611-7 et R. 612-1 ".
13. Les moyens de légalité interne de la requête de Mme F A, relatifs à la méconnaissance de principes et dispositions constitutionnelles, sont dirigés contre la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire sans former de griefs à l'encontre de la décision en litige. Ces moyens, qui procèdent d'une question prioritaire de constitutionnalité, n'ont pas été présentés dans un mémoire distinct en méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 771-3 du code de justice administrative et est, par suite, irrecevable. En tout état de cause, en imposant le principe d'une obligation vaccinale, à compter du 15 septembre 2021, aux personnes mentionnées à l'article 12 de la loi du 5 août 2021, le législateur a entendu, dans un contexte de progression rapide de l'épidémie de la covid-19 accompagnée de l'émergence de nouveaux variants, et compte tenu d'un niveau encore incomplet de la couverture vaccinale de certains professionnels de santé, garantir le bon fonctionnement des services hospitaliers publics, grâce à la protection offerte par les vaccins disponibles, et protéger, par l'effet de la moindre transmission du virus par les personnes vaccinées, la santé des malades qui y sont hospitalisés. Cette obligation vaccinale ne s'impose pas, en vertu de l'article 13 de la même loi du 5 août 2021, aux personnes qui présentent un certificat médical de contre-indication ainsi que, pendant la durée de sa validité, aux personnes disposant d'un certificat de rétablissement. Par ailleurs cet article donne compétence, en son IV, au pouvoir réglementaire, compte tenu de l'évolution de la situation épidémiologique et des connaissances médicales et scientifiques et après avis de la Haute autorité de santé, pour suspendre cette obligation pour tout ou partie des catégories de personnes qu'elle concerne. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la vaccination contre la Covid-19, dont l'efficacité au regard des deux objectifs rappelés précédemment est établie en l'état des connaissances scientifiques, n'est susceptible de provoquer, sauf dans des cas très rares, que des effets indésirables mineurs et temporaires. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance du principe d'égalité, de l'existence d'une discrimination, du principe de précaution tel qu'il est reconnu par l'article 5 de la Charte de l'environnement, de la méconnaissance du 11ème alinéa du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 et des articles 1er et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen au regard de ses conséquences sur sa santé, du principe de précaution, du droit au respect du secret médical, de l'atteinte à sa liberté individuelle tel que protégée par l'article 66 de la Constitution et de l'atteinte à sa liberté d'entreprise ainsi qu'à la liberté du commerce et de l'industrie, doivent être écartés.
14. En quatrième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. () ". Aux termes de l'article 5 de cette même convention : " Toute personne a droit à la liberté et à la sûreté. Nul ne peut être privé de sa liberté, sauf dans les cas suivants et selon les voies légales : () ". Enfin, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
15. Une vaccination obligatoire constitue une ingérence dans les droits prévus par les stipulations énoncées au point précédent, qui peut être admise si elle est justifiée par des considérations de santé publique et proportionnée à l'objectif poursuivi. Il doit ainsi exister un rapport suffisamment favorable entre, d'une part, la contrainte et le risque présentés par la vaccination pour chaque personne vaccinée et, d'autre part, le bénéfice qui en est attendu tant pour cet individu que pour la collectivité dans son entier, y compris ceux de ses membres qui ne peuvent être vaccinés en raison d'une contre-indication médicale, compte tenu à la fois de la gravité de la maladie, de son caractère plus ou moins contagieux, de l'efficacité du vaccin et des risques ou effets indésirables qu'il peut présenter.
16. A l'appui de son moyen tiré de ce que la décision en litige méconnaît les stipulations des articles 2, 5 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la requérante se borne à contester le principe de l'obligation de vaccination contre la maladie covid-19 instaurée par l'article 12 de la loi du 5 août 2021. Par suite, et alors qu'ainsi qu'il a été dit au point 13, les dispositions contestées de la loi du 5 août 2021 précitées sont justifiées par une exigence de santé publique et ne sont pas manifestement inappropriées à l'objectif qu'elles poursuivent, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 2, 5 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'atteinte porté au secret médical prévu par l'article L. 1110-4 du code de la santé publique, en tant qu'il constitue une composante de la liberté individuelle reconnue par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.
17. En cinquième lieu, aux termes de l'article 1 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. / Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer l'usage des biens conformément à l'intérêt général ou pour assurer le paiement des impôts ou d'autres contributions ou des amendes. ".
18. Il résulte de ce qui a été dit au point 13 que les dispositions des articles 12 et 14 de la loi du 5 août 2021, prises pour assurer la protection de la santé, ne peuvent être regardées comme manifestement incompatibles avec les stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à cette convention. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
19. En sixième lieu, à l'appui de son moyen tiré de ce que la décision en litige méconnaît le principe d'égalité tel qu'il résulte des stipulations des articles 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 1er du protocole n°12 annexé à cette convention, et est à l'origine d'une discrimination au regard de ces stipulations précitées ainsi qu'au regard du règlement (UE) 2021/953 du Parlement européen et du Conseil du 14 juin 2021 visé plus haut, la requérante se borne à contester le principe de l'obligation de vaccination contre la maladie covid-19 instaurée par l'article 12 de la loi du 5 août 2021. En outre, le protocole n° 12 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'a pas été ratifié par la France. Il ne saurait ainsi être utilement invoqué, ni en lui-même, ni en combinaison avec les stipulations de l'article 14 de la convention. Par suite, et alors qu'ainsi qu'il a été dit au point 13, les dispositions contestées de la loi du 5 août 2021 précitées sont justifiées par une exigence de santé publique et ne sont pas manifestement inappropriées à l'objectif qu'elles poursuivent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.
20. En septième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen, dirigé contre le principe de l'obligation de vaccination contre la maladie covid-19 instaurée par l'article 12 de la loi du 5 août 2021 et tiré de l'atteinte portée à la liberté d'entreprise prévue par l'article 16 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, par le troisième alinéa du paragraphe 1er de l'article 6 du Traité sur l'Union européenne et par le paragraphe 7 de l'article 52 de la charte précitée, ainsi qu'en tant que principe général du droit de l'Union européenne, doit être écarté.
21. En huitième lieu, à l'appui de son moyen tiré de ce que la décision en litige porte atteinte aux dispositions des articles 16-1 et 16-3 du code civil relatives au droit au respect du corps humain et à celles de l'article L. 1111-4 du code de la santé publique relatif au principe du consentement libre et éclairé à tout acte médical et à tout traitement, la requérante se borne à contester le principe de l'obligation de vaccination contre la maladie covid-19 instaurée par l'article 12 de la loi du 5 août 2021. Ainsi, la requérante ne peut utilement invoquer les dispositions du code civil et du code de la santé publique précitées dès lors que la décision en litige fait application de dispositions légales spéciales qui dérogent à ces dispositions générales. Par suite, le moyen doit être écarté.
22. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par l'ARS des Hauts-de-France, que Mme F A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 1er décembre 2021. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à ce qu'elle soit rétablie dans ses fonctions, sous astreinte.
Sur les conclusions indemnitaires :
23. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ". Les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant.
24. Mme F A demande qu'il soit enjoint à l'ARS des Hauts-de-France de lui verser sa rémunération " y compris de manière rétroactive, dans tous ses éléments et accessoires ", sans accompagner sa requête d'une demande préalable d'indemnisation ou d'une décision prise sur cette demande. Au jour du présent jugement, et malgré la fin de non-recevoir opposée en défense sur ce point, la requérante n'a pas justifié du dépôt d'une demande indemnitaire préalable et aucune décision expresse ni aucune décision implicite de rejet n'est intervenue. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par Mme F A, au demeurant non chiffrées, sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme F A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F A et au directeur de l'agence régionale de santé des Hauts-de-France.
Copie en sera adressée pour information à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.
La rapporteure,
signé
L.-J. Lançon
Le président,
signé
J.-M. Riou
La greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne au directeur de l'agence régionale de santé des Hauts-de-France en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026