vendredi 31 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2110137 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | FERRAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 décembre 2021, M. F E, représenté par Me Ferrand, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 29 mars 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour, à défaut de réexaminer sa situation, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
La décision portant refus de délivrance de titre de séjour :
- est insuffisamment motivée faute de viser la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République centrafricaine relative à la circulation et au séjour des personnes du 26 septembre 1994 ;
- est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 20 du traité de l'Union européenne, de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et des article L. 121-1 et L. 121-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que, d'une part, sa concubine relevant du 3° de l'article L. 121-1 précité, il a un droit à demander un titre de séjour en sa qualité de membre de famille d'une citoyenne de l'Union européenne sur le fondement de l'article L. 121-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'autre part, que la décision attaquée a pour effet de méconnaître le droit à la libre circulation de sa compagne et de leur fille ou leur droit au respect de leur vie privée et familiale ;
- est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle mentionne qu'hormis la présence en France de sa femme, de sa fille et d'un oncle, il est dépourvu d'attaches privées et familiales sur le territoire français et ne démontre pas en être dépourvu dans son pays d'origine ;
- méconnaît les stipulations du paragraphe 1er de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour ;
- méconnaît les stipulations du paragraphe 1er de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2022, le préfet du Nord, représenté par la société Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le requérant soulève des moyens qui ne sont pas fondés.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille en date du 12 juillet 2021.
Par une ordonnance en date du 9 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République centrafricaine relative à la circulation et au séjour des personnes, signée le 26 septembre 1994 ;
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- les arrêts de la Cour de justice de l'Union Européenne C-413/99 du 17 septembre 2002, C-200/02 du 19 octobre 2004, C-34/09 du 8 mars 2011, C-86/12 du 10 octobre 2013 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant centrafricain né le 30 octobre 1995, est entré sur le territoire français le 10 septembre 2014, muni de son passeport revêtu d'un visa mention " étudiant ", valable du 9 septembre 2014 au 9 septembre 2015. Il s'est vu délivrer une carte de séjour portant la mention " étudiant ", valable du 29 septembre 2015 au 28 septembre 2016, régulièrement renouvelée jusqu'au 28 septembre 2018. Il a sollicité, le 16 juin 2020, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de " citoyen UE-EEE-Suisse - membre de famille ". Par un arrêté du 29 mars 2021, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. E demande au tribunal d'annuler les décisions ainsi prises à son encontre.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision attaquée cite, notamment, les articles L. 121-1, L. 121-4 et R. 121-4 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur version alors applicable, sur lesquels le préfet du Nord s'est fondé, mentionne les éléments de la situation personnelle et familiale de M. E, ainsi que de celle de sa concubine. En outre, l'autorité administrative a exposé les motifs la conduisant à considérer que sa décision ne portait pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ce refus. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait demandé une carte de résident sur le fondement de la convention franco-centrafricaine du 26 septembre 1994 relative à la circulation et au séjour des personnes, laquelle renvoie sur tous les points qu'il ne traite pas à la législation nationale, en particulier aux dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre. Dans ces conditions, la décision en litige énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, avec suffisamment de précision pour permettre à M. E G les contester utilement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 20 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : " 1. Il est institué une citoyenneté de l'Union. Est citoyen de l'Union toute personne ayant la nationalité d'un État membre. La citoyenneté de l'Union s'ajoute à la citoyenneté nationale et ne la remplace pas. 2. Les citoyens de l'Union jouissent des droits et sont soumis aux devoirs prévus par les traités. Ils ont, entre autres : a) le droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ; () Ces droits s'exercent dans les conditions et limites définies par les traités et par les mesures adoptées en application de ceux-ci ". Aux termes de l'article 7 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil, du 29 avril 2004, relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres, intitulé " Droit de séjour de plus de trois mois " : " 1. Tout citoyen de l'Union a le droit de séjourner sur le territoire d'un autre État membre pour une durée de plus de trois mois : () b) s'il dispose, pour lui et pour les membres de sa famille, de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale de l'État membre d'accueil au cours de son séjour, et d'une assurance maladie complète dans l'État membre d'accueil () 2. Le droit de séjour prévu au paragraphe 1 s'étend aux membres de la famille n'ayant pas la nationalité d'un État membre lorsqu'ils accompagnent ou rejoignent dans l'État membre d'accueil le citoyen de l'Union, pour autant que ce dernier satisfasse aux conditions énoncées au paragraphe 1, points a), b) ou c) ". Ces dispositions combinées, telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, confèrent au ressortissant mineur d'un Etat membre, en sa qualité de citoyen de l'Union, ainsi que, par voie de conséquence, au ressortissant d'un Etat tiers, parent de ce mineur et qui en assume la charge, un droit de séjour dans l'Etat membre d'accueil à la double condition que cet enfant soit couvert par une assurance maladie appropriée et que le parent qui en assume la charge dispose de ressources suffisantes. L'Etat membre d'accueil, qui doit assurer aux citoyens de l'Union la jouissance effective des droits que leur confère ce statut, ne peut refuser à l'enfant mineur, citoyen de l'Union, et à son parent, le droit de séjourner sur son territoire que si l'une au moins de ces deux conditions, dont le respect permet d'éviter que les intéressés ne deviennent une charge déraisonnable pour ses finances publiques, n'est pas remplie.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de la décision contestée, qui a transposé, en droit interne, la directive du 29 avril 2004 précitée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, tout citoyen de l'Union européenne, tout ressortissant d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse a le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'il satisfait à l'une des conditions suivantes : / 1° S'il exerce une activité professionnelle en France ; / 2° S'il dispose pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 4° de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° S'il est inscrit dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantit disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 5° afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° S'il est un descendant direct âgé de moins de vingt et un ans ou à charge, ascendant direct à charge, conjoint, ascendant ou descendant direct à charge du conjoint, accompagnant ou rejoignant un ressortissant qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° S'il est le conjoint ou un enfant à charge accompagnant ou rejoignant un ressortissant qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ". Aux termes de l'article L. 121-3 de ce code, dans sa version applicable à la date de la décision en litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le membre de famille visé aux 4° ou 5° de l'article L. 121-1 selon la situation de la personne qu'il accompagne ou rejoint, ressortissant d'un Etat tiers, a le droit de séjourner sur l'ensemble du territoire français pour une durée supérieure à trois mois. / S'il est âgé de plus de dix-huit ans ou d'au moins seize ans lorsqu'il veut exercer une activité professionnelle, il doit être muni d'une carte de séjour. Cette carte, dont la durée de validité correspond à la durée de séjour envisagée du citoyen de l'Union dans la limite de cinq années, porte la mention : " carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union ". Sauf application des mesures transitoires prévues par le traité d'adhésion à l'Union européenne de l'Etat dont il est ressortissant, cette carte donne à son titulaire le droit d'exercer une activité professionnelle. ". Il résulte de ces dispositions que le ressortissant d'un Etat tiers ne dispose d'un droit au séjour en France en qualité d'ascendant ou de conjoint à charge d'un ressortissant de l'Union européenne que dans la mesure où ce dernier remplit lui-même les conditions fixées aux 1° et 2° de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Enfin, aux termes de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications. ".
6. Pour refuser à M. E la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'un ressortissant de l'Union européenne, le préfet du Nord a considéré que Mme B, ressortissante néerlandaise concubine de M. E, ne justifiait d'aucun droit au séjour en France dès lors qu'elle n'y exerce aucune activité professionnelle et ne démontre pas qu'elle est en possession de ressources suffisantes pour elle et sa famille afin de ne pas devenir une charge pour le système français d'assurance sociale. En outre, l'autorité administrative a estimé que M. E ne justifiait pas de ressources actuelles suffisantes. Il en concluait qu'il ne remplissait pas les conditions de délivrance de la carte prévue au 4° de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile portant la mention " conjoint de ressortissant européen ".
7. M. E soutient que le préfet du Nord a commis une erreur de droit dès lors que Mme B relevait des dispositions du 3° de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier, que cette dernière a conclu un contrat de formation professionnelle le 23 juillet 2020 qui avait pris fin le 14 octobre 2020, soit antérieurement à la décision attaquée. Mme B ne justifie pas, à la date de la décision en litige, être inscrite dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, condition exigée par le 3° de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur de droit au regard de ces dispositions.
8. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. E est père d'une enfant mineure, A, née le 1er décembre 2019 de sa relation avec Mme B, celle-ci étant déjà mère d'une fille, D B, née le 29 mai 2018. Mme B, ressortissante néerlandaise demeurant en France depuis plus de trois mois n'exerce pas d'activité professionnelle et ne dispose pas pour elle et les membres de sa famille, en particulier ses deux enfants mineures, de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale au sens des dispositions du 2° de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle ne fait état, pour la période précédant la décision attaquée, que de l'indemnisation, par ailleurs non justifiée, qu'elle aurait perçue en tant que stagiaire de la formation professionnelle en vertu du contrat cité au point précédent. En outre, le requérant ne conteste pas, ainsi que l'a relevé le préfet du Nord dans sa décision, que pour justifier de ses ressources, il a fait part de la " solidarité familiale " sans en apporter la preuve et a présenté une attestation d'absence de ressources en date du 5 février 2021, ainsi qu'une attestation de la caisse d'allocations familiales datant de septembre 2020 d'un montant de 1 159,77 euros, provenant du système de protection sociale français. Dans ces conditions, en estimant que M. E ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement du 4° de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 121-1 et L. 121-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, il résulte de ce qui a été dit aux points 7 et 8 que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a pour effet de méconnaître le droit à la libre circulation de sa compagne et de leur fille, tel que reconnu par l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ou leur droit au respect de leur vie privée et familiale tel que reconnu par l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
9. En troisième lieu, si M. E fait valoir disposer, en France, outre de la présence de sa compagne et de sa fille, de l'ensemble de ses attaches familiales, et justifie de ce que son père, décédé le 4 novembre 2020, avait acquis la nationalité française le 23 mai 2013, de ce que son frère et sa sœur sont titulaires d'une carte de résident de dix ans en France, et de ce que sa mère effectue des voyages réguliers entre la France et la République centrafricaine, il ne démontre pas entretenir ou avoir entretenu des liens réguliers avec ceux-ci. Par suite, en considérant qu'il était dépourvu d'attaches privées et familiales sur le territoire français en dehors de sa compagne, sa fille et d'un oncle, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur de fait.
10. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
11. La décision en litige n'implique pas en elle-même que l'enfant de l'intéressé soit séparé de son père. Par suite, le requérant, qui se borne à affirmer que la décision en cause aura pour effet soit de priver l'enfant de son père si elle restait en France aux côtés de sa mère et de sa sœur, soit de la priver de sa mère et de sa sœur si celle-ci était amenée à suivre son père, n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet du Nord a méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. E est entré en France le 10 septembre 2014 en vue d'y suivre des études supérieures, a une fille mineure née en France de sa relation avec une ressortissante néerlandaise. Toutefois, l'intéressé ne justifie pas de l'ancienneté de sa relation, dont le caractère actuel n'est établi qu'à compter de l'année 2019 et ne verse au dossier aucune pièce démontrant qu'il participe effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant. En outre, il ne démontre pas entretenir des liens étroits, stables et durables avec sa sœur et son frère, membres de sa famille présents sur le territoire français. Il ne justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, le préfet du Nord n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 13 que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, doit être écarté.
15. En second lieu, il ressort de ce qui a été dit aux points 7 et 8 que Mme B ne justifie pas d'une situation régulière au regard de son droit au séjour et il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale de M. E ne pourrait se recomposer hors de France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1er de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
16. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 15 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions en date du 29 mars 2021 par lesquelles le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par suite, ses conclusions tendant à l'annulation de ces décisions doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et, étant partie perdante à l'instance, celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à Me Ferrand et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Paganel, président-rapporteur,
- Mme Bergerat, première conseillère,
- Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.
Le président-rapporteur,
Signé
M. C
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
S. BERGERAT
La greffière,
Signé
N. PAULET
La République mande et ordonne préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026