mercredi 24 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2110173 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | BEHRA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Behra, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2021 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais d'abroger sa décision, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) d'enjoindre au préfet de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'incompétence ;
- n'est pas motivée ;
- a été prise sans qu'il ait été préalablement entendu, en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il n'entre pas, eu égard aux motifs du refus de séjour pris à son encontre le 9 février 2021, dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreur de fait, dès lors qu'il a quitté le territoire français le 20 novembre 2021 ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2022, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Larue a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant italien né au Maroc le 1er janvier 1954, est entré en France le 1er avril 2014, à l'âge de 60 ans. Il a saisi les services de la préfecture du Pas-de-Calais, le 4 septembre 2020, d'une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour permanent. Par un arrêté du 9 février 2021, devenu définitif, le préfet du Pas-de-Calais a rejeté cette demande et obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par l'arrêté attaqué du 2 décembre 2021, le préfet du Pas-de-Calais, constatant qu'il n'avait pas déféré à cette mesure d'éloignement, lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 22 avril 2021, publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture n° 51, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. D C, attaché d'administration, chef du bureau du contentieux du droit des étrangers, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de son défaut de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, s'adresse, non pas aux Etats membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Néanmoins, le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision lui faisant interdiction de circulation sur le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
5. En l'espèce, si M. B soulève le moyen tiré de la violation de son droit à être entendu, il ressort des pièces du dossier qu'il a pu, dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre de séjour, présenter ses observations sur l'éventuelle mesure d'éloignement pouvant être prise à son encontre et que l'arrêté préfectoral du 9 février 2021, qui l'informait qu'en cas de maintien en France à l'expiration du délai de trente jours qui lui était imparti pour quitter le territoire national, il était susceptible de faire l'objet d'une interdiction de circulation, l'invitait à faire valoir dans le même délai ses observations auprès de l'administration et plus particulièrement les circonstances qui feraient obstacle à la mesure ainsi envisagée. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet du Pas-de-Calais aurait méconnu le droit du requérant d'être entendu doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L.251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur depuis le 1er mai 2021 : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".
7. En l'espèce, eu égard à l'économie générale de l'arrêté du 9 février 2021, et alors même que le refus de séjour opposé à M. B se fonde sur les dispositions du 2° de l'article L.121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, l'obligation faite à l'intéressé de quitter le territoire français dans un délai de trente jours a implicitement mais nécessairement été prononcée sur le fondement de celles du 2° de l'article L.511-3-1 du même code, dans leur rédaction alors applicable et aujourd'hui reprise au 3° de l'article L.251-4 précité. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.
8. En cinquième lieu, en se bornant à produire sa carte d'embarquement pour un vol à destination de Bologne le 20 novembre 2021 et un document justifiant de l'activation, le 23 novembre 2021, de son espace personnel dans le système public d'identité numérique (SPID) italien, M. B, qui n'a pas porté ce voyage à la connaissance de l'administration et indique toujours avoir une adresse permanente à Wingles (Pas-de-Calais), ne justifie pas avoir déféré à l'obligation qui lui avait été faite, par l'arrêté du 9 février 2021, de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en édictant l'interdiction de circulation contestée au motif qu'il ne justifiait pas avoir déféré à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet dans le délai imparti, le préfet du Pas-de-Calais aurait entaché cette décision d'une erreur de fait.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. B réside en France de manière irrégulière depuis le 1er janvier 2015. Si son épouse détient un titre de séjour portant la mention " membre de la famille d'un citoyen de l'Union ", ce droit au séjour dépend de celui de son conjoint qui en est désormais privé. Le requérant a trois enfants de nationalité italienne, âgés de 47 ans, 44 ans et 39 ans, l'aîné vit en Italie et les deux autres résidant en France. Il n'est par suite pas fondé à soutenir qu'il serait isolé en cas de retour en Italie. M. B n'allègue ni n'établit que son épouse ne serait pas admissible dans ce pays. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France, l'autorité préfectorale, en lui faisant interdiction de circuler sur le territoire national pour une durée d'un an, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. En septième et dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais, en lui faisant interdiction de circuler sur le territoire national pour une durée d'un an, aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution, de telle sorte que les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Pas-de-Calais.
Délibéré après l'audience du 17 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marjanovic, président,
M. Larue, premier conseiller,
M. Caustier, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.
Le rapporteur,
Signé
X. LARUE
Le président,
Signé
V. MARJANOVIC
La greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2110173
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026