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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2110174

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2110174

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2110174
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 décembre 2021, Mme D C B, représentée par Me Sophie Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2021 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat d'une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité compétente ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance en date du 19 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 février 2023 à 14 heures.

Mme C B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Babski a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C B, ressortissante congolaise née le 23 juillet 1946 à Mikalayi (Zaïre) et entrée irrégulièrement sur le territoire français le 1er août 2016 selon ses déclarations, a déposé une demande d'asile, le 21 septembre 2016, qui a été rejetée par une décision du 15 février 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision du 4 septembre 2017 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Sa demande de réexamen a été rejetée comme irrecevable par une décision du 18 décembre 2017 de l'OFPRA. L'intéressée a présenté, le 27 janvier 2021, une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 18 juin 2021, le préfet du Nord a rejeté cette demande. Par la présente requête, Mme C B demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. En premier lieu, par un arrêté du 24 mars 2021, publié le même jour au recueil spécial n° 72 des actes administratifs de la préfecture, librement consultable sur le site de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme A E, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, à l'effet de signer, en particulier, les décisions portant refus de titre de séjour. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision portant refus de titre de séjour, qui manque en fait, doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision attaquée, qui mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise les motifs de droit et de fait pour lesquels Mme C B ne peut être regardée comme satisfaisant aux conditions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle relève également qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'il n'est pas allégué que sa vie ou sa liberté seraient menacées dans son pays d'origine ou qu'elle y serait exposée à des traitements inhumains ou dégradants. Ainsi, le préfet du Nord, qui n'est pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments de fait afférents à la situation de la requérante, a suffisamment motivé la décision en litige au sens des dispositions précitées, sans avoir recours, contrairement à ce qu'elle soutient, à une motivation stéréotypée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, au regard notamment des indications figurant dans l'arrêté attaqué du 18 juin 2021, que le préfet du Nord, avant d'édicter la décision attaquée, n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de la requérante au regard de la possibilité de lui délivrer un titre de séjour.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale / 2. I1 ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. Mme C B se prévaut de la durée de sa présence en France depuis le 1er août 2016, des relations étroites qu'elle entretient avec ses deux enfants majeurs et de son isolement en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée, entrée irrégulièrement en France, n'a été autorisée à y séjourner que pendant l'instruction de sa demande d'asile enregistrée le 21 septembre 2016, laquelle a été rejetée, en dernier lieu, par une décision du 18 décembre 2017, notifiée le 3 janvier 2018, et durant l'instruction de sa demande de titre de séjour déposée le 27 janvier 2021. Par ailleurs, nonobstant la proximité de la France avec la Belgique où réside sa fille et ses cinq enfants, seul son fils, réside sur le territoire français. Si elle allègue que ce dernier participe à son entretien, elle ne l'établit pas en se bornant à produire la liste des mouvements de son compte bancaire au titre de l'année 2021.En outre, Mme C B, qui est célibataire, ne peut se prévaloir d'aucune insertion sociale en France. Enfin, elle ne démontre pas davantage qu'elle serait dépourvue de toute attache privée et familiale en République démocratique du Congo, où elle a vécu jusqu'à l'âge de soixante-dix ans. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, le préfet du Nord n'a pas porté au droit de Mme C B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet du Nord n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme C B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 juin 2021 portant rejet de la demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C B, au préfet du Nord et à Me Sophie Danset-Vergoten.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Stefanczyk, présidente,

M. Babski, premier conseiller,

M. Caustier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

D. BABSKI

La présidente,

Signé

S. STEFANCZYK

La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2110174

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