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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2200025

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2200025

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2200025
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP GROS-HICTER ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 janvier et 24 avril 2022,

M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler le certificat d'urbanisme du 30 novembre 2021 par lequel le maire de la commune d'Erchin a déclaré non-réalisable l'opération consistant en la création d'un lotissement comportant 5 lots destinés à supporter des constructions à usage d'habitation, sur un terrain sis

24 et 26 rue de Villers, parcelles sections cadastrées A 1067 et A 934 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune d'Erchin de lui délivrer un certificat d'urbanisme opérationnel positif dans un délai d'un mois, à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Erchin la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le maire ne pouvait légalement fonder sa décision sur l'incompatibilité du plan d'occupation des sols (POS) de la commune d'Erchin avec le schéma de cohérence territoriale (SCOt) du Grand Douaisis dès lors qu'il ne méconnaît pas ses objectifs, ne peut pas être écarté dans sa globalité et ne pouvait, par suite, légalement fonder sa décision sur la méconnaissance par le projet des dispositions de l'article L.111-3 du code de l'urbanisme ; en outre le projet ne se situe pas en dehors de la partie actuellement urbanisée de la commune ;

- il ne pouvait légalement fonder sa décision sur les dispositions de l'article L.111-11 du code de l'urbanisme dès lors que ces dispositions ne sont pas opposables à une demande de certificat d'urbanisme opérationnel et que le terrain d'assiette du projet est desservi par les réseaux d'eau, d'électricité et d'assainissement, sans renforcement nécessaire ;

- il ne pouvait légalement fonder sa décision sur la méconnaissance par le projet des dispositions de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme dès lors que le projet n'est pas de nature à augmenter le risque d'inondation.

Par des mémoires enregistrés les 23 mars et 20 septembre 2022, la commune d'Erchin, représentée par la SCP Gros, Hicter, d'Halluin et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que le certificat attaqué, en l'absence de changement de situation de droit ou de fait, méconnaît l'autorité absolue de chose jugée qui s'attache au jugement n°1901883 du

30 septembre 2021 du tribunal administratif de Lille, devenu définitif, annulant le certificat d'urbanisme négatif délivré à M. A le 6 septembre 2018 aux motifs que ce certificat méconnaît les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme et que le projet n'est pas de nature à aggraver le risque d'inondation et par suite à porter atteinte à la sécurité publique.

Par un mémoire enregistré le 19 avril 2024, M. A a présenté des observations en réponse à ce moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grard,

- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public,

- les observations de M. A,

- et les observations de Me Dubois-Catty, représentant la commune d'Erchin.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est propriétaire de parcelles cadastrées OA 934 et OA 1 067 situées rue de Villers à Erchin. Le 12 juillet 2018, il a sollicité la délivrance d'un certificat d'urbanisme pour un projet de division des parcelles en cinq lots destinés à supporter des constructions à usage d'habitation. Le 6 septembre 2018, le maire d'Erchin lui a délivré un certificat d'urbanisme négatif. Par un jugement n° 1901883 du 30 septembre 2021, le tribunal administratif de céans a annulé ce certificat et a enjoint au maire de la commune d'examiner à nouveau la demande de M. A. A l'issue de ce réexamen, le maire de la commune a délivré à M. A, le 30 novembre 2021, un certificat d'urbanisme négatif. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler le certificat d'urbanisme du 30 novembre 2021 par lequel le maire de la commune d'Erchin a déclaré non-réalisable l'opération précitée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'autorité de chose jugée s'attachant au dispositif d'un jugement, devenu définitif, annulant un certificat d'urbanisme négatif ainsi qu'aux motifs qui en sont le support nécessaire fait obstacle à ce que, en l'absence de modification de la situation de droit ou de fait, un certificat d'urbanisme négatif soit à nouveau délivré par l'autorité administrative pour un motif identique à celui qui avait été censuré par le tribunal administratif.

3. En l'espèce et ainsi qu'il a été dit ci-dessus, par un jugement n°1901883 du 30 septembre 2021, devenu définitif, le tribunal administratif de Lille a annulé le certificat d'urbanisme négatif délivré le 6 septembre 2018 à M. A aux motifs, qui sont le support nécessaire du dispositif, tirés de ce que ce certificat méconnaît les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme et de ce que le projet n'est pas de nature à aggraver le risque d'inondation et par suite à porter atteinte à la sécurité publique. Dans ces conditions, en l'absence de modification de la situation de droit ou de fait, le maire de la commune d'Erchin a méconnu l'autorité de chose jugée qui s'attache au jugement précité en fondant son nouveau certificat en date du 30 novembre 2021 sur les motifs tirés de la méconnaissance par le projet des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme et de ce que le projet est de nature à aggraver le risque d'inondation et par suite à porter atteinte à la sécurité publique,

4. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. / Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. ". Ces dispositions ont pour effet de garantir à la personne à laquelle a été délivré un certificat d'urbanisme, quel que soit son contenu, un droit à voir sa demande de permis de construire déposée durant les dix-huit mois qui suivent, examinée au regard des dispositions d'urbanisme applicables à la date de ce certificat, à la seule exception de celles qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique.

5. Aux termes de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'un refus opposé à une demande d'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol ou l'opposition à une déclaration de travaux régies par le présent code a fait l'objet d'une annulation juridictionnelle, la demande d'autorisation ou la déclaration confirmée par l'intéressé ne peut faire l'objet d'un nouveau refus ou être assortie de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme intervenues postérieurement à la date d'intervention de la décision annulée sous réserve que l'annulation soit devenue définitive et que la confirmation de la demande ou de la déclaration soit effectuée dans les six mois suivant la notification de l'annulation au pétitionnaire. ".

6. En l'espèce, la décision attaquée a été prise pour l'exécution du jugement n°1901883 du 30 septembre 2021 du tribunal administratif de Lille annulant le certificat d'urbanisme négatif délivré par le maire de la commune d'Erchin le 6 septembre 2018 et enjoignant au maire de réexaminer la demande de certificat d'urbanisme de M. A formée le 12 juillet 2018. Les certificats d'urbanisme ne relevant pas des " demandes d'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol ", ils ne relèvent pas du champ d'application des dispositions précitées de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme. Dès lors, le maire de la commune d'Erchin était tenu de réexaminer la demande de M. A en exécution de l'injonction qui lui a été faite, au vu des éléments de droit et de fait existant à la date de ce réexamen.

7. En vertu d'un principe général, il incombe à l'autorité administrative de ne pas appliquer un règlement illégal. Ce principe trouve à s'appliquer, en l'absence même de toute décision juridictionnelle qui en aurait prononcé l'annulation ou les aurait déclarées illégales, lorsque les dispositions d'un document d'urbanisme, ou certaines d'entre elles si elles en sont divisibles, sont entachées d'illégalité, sauf si cette illégalité résulte de vices de forme ou de procédure qui ne peuvent plus être invoqués par voie d'exception en vertu de l'article L. 600-1 du code de l'urbanisme. Ces dispositions doivent ainsi être écartées, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, par l'autorité chargée de délivrer des certificats d'urbanisme ou des autorisations d'utilisation ou d'occupation des sols, qui doit alors se fonder, pour statuer sur les demandes dont elle est saisie, sur les dispositions pertinentes du document immédiatement antérieur ou, dans le cas où celles-ci seraient elles-mêmes affectées d'une illégalité dont la nature ferait obstacle à ce qu'il en soit fait application, sur le document encore antérieur ou, à défaut, sur les règles générales fixées par les articles L. 111-1 et suivants et R. 111-1 et suivants du code de l'urbanisme.

8. Aux termes de l'article L. 131-4 du même code : " Les plans locaux d'urbanisme () sont compatibles avec : / 1° Les schémas de cohérence territoriale prévus à l'article L. 141-1 () ". Pour apprécier la compatibilité d'un plan local d'urbanisme (PLU) avec un schéma de cohérence territoriale (SCoT), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle de l'ensemble du territoire couvert en prenant en compte l'ensemble des prescriptions du document supérieur, si le plan ne contrarie pas les objectifs qu'impose le schéma, compte tenu des orientations adoptées et de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation du plan à chaque disposition ou objectif particulier. Si ces derniers peuvent être en partie exprimés sous forme quantitative, il appartient aux auteurs des PLU, qui déterminent les partis d'aménagement à retenir en prenant en compte la situation existante et les perspectives d'avenir, d'assurer, ainsi qu'il a été dit, non leur conformité aux énonciations des SCoT, mais leur compatibilité avec les orientations générales et les objectifs qu'ils définissent.

9. En l'espèce, la délibération du 13 septembre 2016 par laquelle le conseil municipal de la commune d'Erchin a approuvé son PLU a été annulée par un jugement du 28 juin 2018 du tribunal administratif de Lille, devenu définitif. Cette annulation a eu pour conséquence de remettre en vigueur le plan d'occupation des sols (POS) de cette même commune approuvé le 26 mars 1981. Si ce POS n'a jamais été mis en compatibilité avec le SCoT du Grand Douaisis révisé le 17 décembre 2019, une éventuelle incompatibilité entre ces deux documents ne peut être déduite de la seule ancienneté de ce plan. Par ailleurs, le SCoT a fixé un objectif selon lequel " l'urbanisation linéaire à des fins résidentielles le long des axes routiers synonyme d'extension de la tache urbaine est proscrite ". Il ressort des pièces du dossier que la zone UA instaurée par le POS est affectée essentiellement à l'habitat, aux services ayant un caractère central et aux commerces et ne peut dès lors être regardée comme ayant des fins principalement résidentielles. Si la zone UB créée à l'Est du territoire communal de part et d'autre du chemin vicinal n°6 d'Erchin est affectée essentiellement à l'habitat dispersé, il ressort des pièces du dossier qu'elle est enchâssée au Nord comme au Sud de cette route entre des parcelles déjà construites et ne génère dès lors pas d'extension de la tache urbaine. Par ailleurs, si le SCoT révisé fixe un objectif de 4,3 hectares de compte foncier résidentiel-mixte pour la commune d'Erchin et que ces deux zones rendent possible l'urbanisation de 5,5 hectares, cette seule circonstance n'a pas pour effet de rendre le POS incompatible avec le SCoT pris dans l'ensemble du territoire couvert. Dans ces conditions, le POS ne saurait être regardé comme étant affecté d'une illégalité dont la nature fait obstacle à ce qu'il en soit fait application et le maire ne pouvait légalement faire application des dispositions des règles générales fixées par les articles L. 111-1 et suivants et R. 111-1 et suivants du code de l'urbanisme, et notamment de l'article L. 111-3 de ce code. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, dès lors, être accueilli.

10. Il résulte de tout ce qui précède que le certificat d'urbanisme négatif du maire de la commune d'Erchin en date du 30 novembre 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. L'annulation par une décision juridictionnelle d'un certificat d'urbanisme négatif ne rend pas le demandeur titulaire d'un certificat positif et ne crée aucun droit à son profit. Le présent jugement, qui annule l'arrêté du 30 novembre 2021 implique seulement que le maire d'Erchin statue à nouveau sur la demande de M. A, en tenant compte des motifs mentionnés ci-dessus. Par suite, il y a lieu d'enjoindre audit maire de procéder à un nouvel examen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de prononcer contre la commune d'Erchin, dans les circonstances particulières de l'espèce, à défaut pour elle de justifier de l'exécution du présent jugement dans un délai de deux mois à compter de sa notification, une astreinte de 50 euros par jour de retard jusqu'à la date à laquelle ce jugement aura reçu exécution.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune d'Erchin au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Erchin la somme demandée par M. A qui ne justifie pas avoir engagé de tels frais au titre de la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté 30 novembre 2021 du maire de la commune d'Erchin est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune d'Erchin d'examiner à nouveau la demande de M. A tendant à la délivrance d'un certificat d'urbanisme dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Une astreinte de 50 euros par jour est prononcée à l'encontre de la commune d'Erchin s'il n'est pas justifié de l'exécution du présent jugement dans le délai mentionné à l'article 2

ci-dessus. Le maire de la commune d'Erchin communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter le présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune d'Erchin.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

E. GRARDLe président,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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