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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2200044

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2200044

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2200044
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNDOYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 3 et 6 janvier 2022, Mme C B, représentée par Me Ndoye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2021 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire sous trente jours ;

2°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiante dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, en tout état de cause, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation s'agissant du caractère réel et sérieux de ses études ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 décembre 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de Mme A au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante tchadienne née le 17 novembre 1995 à N'djamena (Tchad), déclare être entrée en France le 27 novembre 2019, sous couvert d'un visa long séjour valable du 7 octobre 2019 au 7 octobre 2020. Elle ensuite a obtenu du préfet du Nord un titre de séjour valable du 24 octobre 2020 au 23 octobre 2021. Le 29 septembre 2021, elle a présenté une demande tendant au renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 28 octobre 2021, le préfet du Nord lui en a refusé la délivrance, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler les décisions précitées portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, vise les dispositions dont il fait application et évoque les conditions d'entrée de l'intéressée sur le territoire, son parcours universitaire, sa situation familiale ainsi que ses liens personnels en France et dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté serait entaché d'une insuffisance de motivation. Ce moyen, qui manque en fait, ne peut ainsi qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ". Il résulte de ces stipulations que le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est notamment subordonné à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir et que, dès lors, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble des pièces du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été admise au titre de l'année 2019/2020 en première année de master " Droit international et droit européen " à l'université de Lille, sous réserve de la confirmation de son inscription. Si elle soutient que cette université l'a invitée, compte tenu de son arrivée tardive en France, à reporter son inscription sur l'année suivante, elle n'apporte aucun élément de nature à établir ses allégations et à justifier cette " année blanche " alors même qu'elle était en possession d'un visa en qualité d'étudiante. Par ailleurs, au titre de l'année 2020/2021, elle s'est inscrite à l'université polytechnique des Hauts-de-France, en 3e année de licence " Administration publique ", et a été ajournée avec une moyenne de 7,2 / 20. Elle ne justifie, en outre, par aucune pièce de son assiduité et de son sérieux au cours de cette année d'études. Enfin, si l'intéressée se prévaut de résultats encourageants obtenus au cours du premier semestre de l'année 2021/2022, au titre de laquelle elle s'est une seconde fois inscrite en 3e année de licence " Administration publique ", celui-ci venait de débuter à la date de la décision litigieuse et il ressort des pièces du dossier, certes postérieures, que l'intéressée n'a finalement pas validé son premier semestre, ayant obtenu une moyenne de 6, 95 / 20. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait, en lui refusant le titre sollicité au motif de l'absence de caractère réel et sérieux de ses études, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision que le préfet ait entendu refuser à l'intéressée la délivrance d'un titre de séjour au motif du caractère frauduleux des pièces produites. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait qu'il aurait ainsi commise ne peut qu'être écarté comme étant sans influence sur la légalité de la décision contestée.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée est entrée récemment en France, au mois de novembre 2019, qu'elle est célibataire et sans charge de famille et qu'elle n'établit pas avoir poursuivi avec sérieux et assiduité les études auxquelles elle s'était inscrite au titre des années universitaires 2019/2020 et 2020/2021, ainsi qu'il a été dit au point 4. Par ailleurs, elle ne se prévaut d'aucune attache particulière sur le territoire français. Ainsi, et alors qu'il n'est ni soutenu ni allégué qu'elle ne pourrait pas poursuivre son cursus universitaire ou s'insérer professionnellement dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à ses 24 ans et où résident ses parents, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Nord aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour qu'elle conteste.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, Mme B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, son moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle conteste.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Ndoye et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président,

M. Even, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

C. A

Le président,

signé

Ch. BAUZERAND

La greffière,

signé

M. NICODEME

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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