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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2200078

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2200078

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2200078
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (3)
Avocat requérantYARROUDH-FEURION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 janvier 2022, M. C B, représenté par Me Yarroudh-Feurion, doit être regardé demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 août 2021 par laquelle le directeur départemental de la sécurité publique du Nord lui a infligé la sanction disciplinaire d'un blâme, ensemble la décision du 22 novembre 2021 par laquelle ce dernier a rejeté son recours gracieux contre cette décision ;

2°) d'enjoindre à l'administration de retirer cette sanction de son dossier administratif ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'insuffisance de motivation ;

- elles décisions attaquées ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été mis à même de prendre connaissance de son dossier ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors que les observations qu'il a formulé lors de son audition par l'agent enquêteur n'ont pas été prises en compte ;

- elles sont entachées d'inexactitude matérielle dès lors que ni les faits d'échanges de message avec un collègue et un tiers sur l'application Facebook, en profil ouvert, concernant le fonctionnement de son service, ni le défaut dans l'obligation de rendre compte, ni le manquement à l'honneur en portant atteinte au crédit ou au renom de la police nationale, ne sont établis.

Par un mémoire enregistré le 9 août 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut à ce qu'il soit maintenu en qualité d'observateur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B est brigadier de police, affecté à la circonscription de sécurité publique de Douai depuis le 1er septembre 2005. Par la présente requête, il demande l'annulation de la décision du 23 août 2021 par laquelle le directeur départemental de la sécurité publique du Nord lui a infligé la sanction disciplinaire d'un blâme, ensemble la décision du 22 novembre 2021 par laquelle ce dernier a rejeté son recours gracieux contre la décision du 23 août 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes du troisième alinéa de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. / L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ; () ". En outre, aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Enfin, aux termes de l'article L. 411-5 du même code : " La décision rejetant un recours administratif dirigé contre une décision soumise à obligation de motivation en application des articles L. 211-2 et L. 211-3 est motivée lorsque cette obligation n'a pas été satisfaite au stade de la décision initiale. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'autorité qui prononce une sanction disciplinaire a l'obligation de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de l'agent intéressé, de sorte que celui-ci puisse, à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.

4. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que celui-ci énonce les textes dont il fait application et mentionne les manquements reprochés à M. B, consistant à avoir, d'une part, fin 2020, échangé des messages concernant le fonctionnement de son service sur l'application Facebook, en profil ouvert, avec un adjoint de sécurité et une avocate du barreau de Douai, caractérisant une attitude constitutive d'un manquement à l'honneur portant atteinte au crédit ou au renom de la police nationale ainsi qu'au devoir de réserve ou de neutralité, et d'autre part, le 22 octobre 2020, n'avoir pas spontanément rendu compte à sa hiérarchie d'un différend verbal à caractère raciste entre des membres de sa brigade, caractérisant un manquement à l'obligation de rendre compte. L'ensemble de ces indications sont suffisantes pour lui permettre de comprendre la sanction qui lui est infligée. En outre, la décision du 22 novembre 2021 n'a pas, en application de l'article L. 411-5 du code des relations entre le public et l'administration, à être motivée dès lors qu'elle rejette un recours gracieux exercé à l'encontre d'une décision elle-même motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions contestées doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche de notification de droits produite par le préfet du Nord en défense et signée par M. B le 22 juillet 2021, que ce dernier, informé de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre, a expressément indiqué renoncer à prendre connaissance de son dossier ainsi qu'à son droit d'être assisté par un défenseur de son choix. Il a ainsi été mis à même de prendre connaissance de son dossier de sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées seraient intervenues alors qu'il n'a pas été mis à même de prendre connaissance de son dossier. Par suite, le moyen tiré de ce vice de procédure doit être écarté.

6. En troisième et dernier lieu, il ne ressort d'aucun principe ou disposition législative ou réglementaire que les observations d'un agent public ayant fait l'objet d'une audition dans le cadre d'une procédure disciplinaire doivent être mentionnées ou prises en compte par l'autorité administrative lui infligeant une sanction disciplinaire. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure tenant à ne pas avoir pris en compte les observations que le requérant a formulé lors de son audition par l'agent enquêteur, qui au demeurant n'est assorti d'aucune précisant concernant la nature de ces observations, est inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

7. Aux termes de l'article 66 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. Premier groupe : - l'avertissement ; - le blâme ;() ".

8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'enquête du 17 juin 2021 du chef de la circonscription de sécurité publique de Douai ainsi que du procès-verbal d'audition administrative d'un collègue, daté du 15 mars 2021, avec lequel il était en délicatesse que le requérant a plusieurs reprises, dans le cadre d'échanges sur le réseau Facebook avec l'un de ses collègues et une avocate inscrite au barreau de Douai, en utilisant son profil public, commenté et fait part de dysfonctionnements au sein de son unité. Il ressort également des pièces du dossier que M. B a reconnu, lors de son audition du 18 mars 2021 des échanges avec cette avocate inscrite au barreau de Douai, sur le réseau Facebook et en format public. Enfin, il ressort des mêmes pièces que le requérant n'a pas saisi sa hiérarchie d'un rapport informant cette dernière des dysfonctionnements que M. B a pourtant relayé publiquement sur le réseau Facebook avant d'être invité à cette fin sur demande expresse de son chef d'unité. Par suite, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit être écarté.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la M. C B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

J. ALe greffier,

Signé

A. COUET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

No 2200078

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