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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2200216

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2200216

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2200216
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBALAY

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n°2200216 les 11 janvier et 16 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Carnel, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2021 par lequel la maire de Calais s'est opposée à la déclaration préalable n° DP 062193 2100349, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commune de Calais à la suite de son recours gracieux formé le 15 septembre 2021 ;

2°) d'enjoindre à la maire de Calais de lui délivrer une décision de non-opposition à la déclaration préalable n° DP 062193 2100349 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Calais la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit et d'appréciation au regard des dispositions UA3 et UA11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune dès lors que le projet en cause n'aura aucune incidence sur la circulation publique et qu'il ne porte pas atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation dès lors que le projet en cause ne porte aucune atteinte à la sécurité publique ;

- le nouveau motif d'opposition invoqué en défense, tiré de la méconnaissance des articles UA11.3.1 et UA11.3.2 du règlement du plan local d'urbanisme est entaché d'erreur de droit dès lors que le projet ne peut être qualifié de clôture, a fortiori de clôture sur rue, et que les clôtures en limite séparative ne font l'objet d'aucune prescription.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2022, la commune de Calais, représentée par Me Balaÿ, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés ;

- au titre de la substitution de motifs, la maire de Calais pouvait légalement se fonder sur la méconnaissance de l'article UA11.3.1 du plan local d'urbanisme lequel autorise uniquement trois sortes de clôture sur rue, le projet en cause constituant une clôture.

Mme B a produit, à la demande du tribunal, des pièces, enregistrées les 8 et 11 avril 2024, communiquées en application des dispositions de l'article R.613-1-1 du code de justice administrative.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n°2200217 les 11 janvier et 16 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Carnel, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la maire de Calais a fait opposition à sa déclaration préalable de travaux n° DP 062193 2100357 du 1er juin 2021 ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle la maire de Calais a rejeté sa demande de délai supplémentaire pour produire les documents sollicités ;

3°) d'enjoindre à la maire de Calais de lui délivrer une décision de non-opposition à la déclaration préalable n° DP 062193 2100357 ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Calais la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont dépourvues de motivation ;

- elles sont entachées d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que la parcelle AW1598 accueillant le projet, parcelle privative distincte de l'assiette foncière des parties communes, n'est pas soumise aux dispositions de la loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis de sorte que l'autorisation de l'assemblée générale de copropriété n'avait pas à être sollicitée ;

- le nouveau motif d'opposition invoqué en défense, tiré de la méconnaissance de l'article UA11.3.1 et UA11.3.2 du plan local d'urbanisme est entaché d'erreur de droit dès lors que le projet ne peut être qualifié de clôture, a fortiori de clôture sur rue, et que les clôtures en limite séparative ne font l'objet d'aucune prescription.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 mai et 28 novembre 2022, la commune de Calais, représentée par Me Balaÿ, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite par laquelle la maire de Calais a rejeté la demande de délai supplémentaire sont irrecevables dès lors qu'une telle décision est inexistante faute de demande de délai supplémentaire ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés ;

- au titre de la substitution de motifs, la maire de Calais pouvait légalement se fonder sur la méconnaissance de l'article UA11.3.1 du plan local d'urbanisme lequel autorise uniquement trois sortes de clôture sur rue dès lors que le projet en cause constitue une clôture.

La commune de Calais et Mme B ont produit, à la demande du tribunal, des pièces, enregistrées le 28 mars 2024, et les 8, 9 et 11 avril 2024 communiquées en application des dispositions de l'article R.613-1-1 du code de justice administrative.

Par un courrier du 30 mars 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B, le silence gardé par le maire sur sa déclaration préalable n° DP 062193 2100357 pouvant être regardé, en application des principes dégagées par la jurisprudence du Conseil d'Etat des 9 décembre 2022 et 24 octobre 2023 (n° 454521 et n° 462511), comme ayant faire naître une décision tacite de non-opposition et non une décision tacite d'opposition.

Des observations en réponse au moyen d'ordre public ont été produites le 11 avril 2024 par Mme B et communiquées le même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Horn,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,

- les observations de Me Dervin, substituant Me Carnel, représentant Mme B,

- et les observations de Me Hermary, substituant Me Balaÿ, représentant la commune de Calais.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 juin 2020, Mme B a acquis, sur le territoire de la commune de Calais, au sein de la copropriété anciennement dénommée " Usine Brochot ", une parcelle n'entrant pas en copropriété cadastrée section AW n°1610 sis au 19 boulevard Gambetta ainsi que deux lots de copropriété n°1 et n°9 comprenant respectivement, d'une part, la parcelle cadastrée section AW n°1598, les 54/300e de la cour commune de l'ensemble immobilier, cadastrée section AW n°1599 et 1600, les 54/300e des parties communes générales, sises au 19 boulevard Gambetta et d'autre part, la parcelle à usage privatif cadastrée section AW n°1443 sise au 6 rue Caillette, les 48/300e de la cour commune, cadastrée section AW n°1599 et 1600 et les 48 /300e des parties communes générales sises 19 boulevard Gambetta.

2. Le 31 mai 2021, elle a déposé auprès des services de la commune de Calais une déclaration préalable n° DP 062 193 21 00 349, en vue de l'installation de plusieurs poteaux de béton d'une hauteur d'un mètre et de 10 centimètres de diamètre, espacés entre eux de 2 mètres sur la parcelle cadastrée AW n°1610. Par un arrêté du 11 août 2021, la maire de Calais s'est opposée à cette déclaration préalable. Par un courrier du 13 septembre 2021, reçu le 15 septembre suivant, Mme B a formé un recours gracieux contre cet arrêté. Par sa requête n°2200216, elle demande d'annuler l'arrêté du 11 août 2021 par lequel la maire de Calais s'est opposée à la déclaration préalable n° DP 062 193 21 00 349, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commune de Calais à la suite de son recours gracieux formé le 15 septembre 2021.

3. Le 1er juin 2021, elle a déposé auprès des services de la commune de Calais une déclaration préalable n° DP 062193 2100357, en vue de l'installation de plusieurs poteaux de béton d'une hauteur d'un mètre, dont un amovible, espacés entre eux d'1,50 m, sur la parcelle cadastrée AW n°1598. Par un courrier du 13 septembre 2021, reçu le 15 septembre suivant, Mme B a demandé à la commune de prendre un arrêté de non-opposition concernant cette déclaration préalable. Par sa requête n°2200217, elle demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la maire de Calais a fait opposition à sa déclaration préalable de travaux n° DP 062193 2100357 du 1er juin 2021 ainsi que la décision implicite par laquelle la maire de Calais a rejeté sa demande de délai supplémentaire pour produire les documents sollicités.

Sur la jonction

4. Dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice, le juge administratif dispose, sans jamais y être tenu, de la faculté de joindre deux ou plusieurs affaires. Les requêtes susvisées n° 2200216 et 2200217, présentées par Mme B, qui concernent les mêmes parties, ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Calais :

5. La commune de Calais fait valoir que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite par laquelle la maire de Calais a rejeté sa demande de délai supplémentaire sont irrecevables dès lors que cette décision est inexistante faute de demande de délai supplémentaire. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 13 septembre 2021, reçu le 15 septembre suivant, Mme B a demandé à la commune de prendre un arrêté de non-opposition concernant la déclaration préalable n° DP 062193 2100357 en raison de l'absence de nécessité de produire l'attestation du syndicat de la copropriété et de ce qu'en tout état de cause, en l'absence conjoncturelle de syndic de copropriété, ce document ne pourra pas être produit avant le 18 septembre 2021. Ce courrier ne comprenait pas la formulation d'une demande d'octroi de délai supplémentaire mais uniquement l'information de l'impossibilité du pétitionnaire de produire les pièces réclamées par la commune. Dans ces conditions, la commune de Calais ne peut être regardée comme ayant été valablement saisie d'une demande de délai supplémentaire de production de pièces. En l'absence de décision implicite de rejet d'une demande de délai supplémentaire, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Calais tirée de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation d'une décision inexistante peut être accueillie.

Sur la décision d'opposition à déclaration préalable de travaux contestée dans l'instance n°2200217 :

6. D'une part, aux termes de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III, le silence gardé par l'autorité compétente vaut () décision de non-opposition à la déclaration préalable ". S'agissant du dépôt et de l'instruction des déclarations préalables, l'article R. 423-19 du code de l'urbanisme prévoit que : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". L'article R. 423-22 du même code prévoit que : " () le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". L'article R. 423-38 de ce code dispose que : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du [livre IV de la partie réglementaire du code relatif au régime applicable aux constructions, aménagements et démolitions], l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception (), indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". L'article R. 423-39 du même code : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : / a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 423-18 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction est déterminé dans les conditions suivantes : / a) Un délai de droit commun est défini par la sous-section 2 ci-dessous. En application de l'article R. 423-4, il est porté à la connaissance du demandeur par le récépissé ; / b) Le délai de droit commun est modifié dans les cas prévus par le paragraphe 1 de la sous-section 3 ci-dessous [soit aux articles R. 423-24 à R. 423-33]. La modification est notifiée au demandeur dans le mois qui suit le dépôt de la demande () ". Aux termes de l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables ; () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / () ". Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 431-35 du même code : " La demande comporte également l'attestation du ou des déclarants qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une déclaration préalable ". Il résulte de ces dispositions que, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 431-35 du code de l'urbanisme selon laquelle il remplit les conditions fixées par l'article R. 423-1 du même code doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande.

8. En l'espèce, par un courrier du 10 juin 2021, la maire de Calais a informé Mme B de ce que son dossier avait bien été déposé le 1er juin 2021 mais qu'il manquait la production de documents complémentaires comprenant la copie de l'acte de vente de la parcelle cadastrée n°AW 1598 et le formulaire cerfa 13404*07 relatif aux déclarations préalables de travaux non soumis à permis. Il est constant que Mme B a produit les pièces réclamées les 22 juin et 5 juillet 2021. Toutefois, par un courrier du 22 juillet 2021, la maire de Calais a indiqué à Mme B que le délai d'instruction de sa déclaration était porté à trois mois au motif que ces compléments étant insuffisants et qu'il lui revenait de fournir une " attestation du syndicat de la copropriété sur l'appartenance ou non des parcelles concernées à l'ensemble immobilier, faisant l'objet du règlement de copropriété et de la conformité des travaux envisagés au règlement de la copropriété " avant le 18 septembre 2021, faute de quoi sa demande serait réputée rejetée. Or, d'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B a attesté dans sa déclaration préalable n° DP 062193 2100357 avoir qualité pour la déposer de sorte que la production de l'attestation du syndicat de la copropriété précitée n'était pas au nombre des pièces et informations exigibles en application de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme et des dispositions auxquels il renvoie. Par suite, cette demande de pièce complémentaire du 22 juillet 2022 étant irrégulière, elle ne pouvait être de nature à faire obstacle à la naissance d'une déclaration de non-opposition tacite à l'issu du délai d'instruction. D'autre part, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la pétitionnaire a procédé à une manœuvre frauduleuse de nature à induire le service instructeur en erreur et que la décision de non opposition a ainsi été obtenue par fraude. Il en résulte que Mme B était titulaire d'une décision tacite de non-opposition à sa déclaration préalable à l'issue du délai d'instruction de droit commun d'un mois, à compter de la réception par le service instructeur, le 5 juillet 2021, des autres pièces légalement demandées, soit le 5 août 2021. Mme B n'était, en conséquence, pas recevable à demander, par une requête enregistrée le 11 janvier 2022, l'annulation d'une décision tacite d'opposition à sa déclaration préalable, le silence gardé par le maire de la commune sur cette déclaration n'ayant pas, dans les circonstances ainsi décrites, donné naissance à une telle décision.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation d'une décision implicite par laquelle la maire de Calais aurait fait opposition à sa déclaration préalable de travaux n° DP 062193 2100357 du 1er juin 2021 doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 11 août 2021 de la maire de Calais et du rejet du recours gracieux :

En ce qui concerne les moyens tirés de l'erreur de droit et d'appréciation au regard des dispositions de l'article UA3 du plan local d'urbanisme de Calais, et de l'atteinte à la sécurité publique :

10. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". L'article UA 3 du plan local d'urbanisme de la commune de Calais relatif aux conditions de desserte des terrains par les voies publiques ou privées et d'accès aux voies ouvertes au public dispose que : " Les accès sur les voies ouvertes à la circulation publique doivent être aménagés en fonction de l'importance du trafic afin d'éviter toute difficulté et tout danger pour la circulation automobile, des cycles et des piétons ".

11. Pour s'opposer à la déclaration préalable n° DP 062 193 21 00 349, la maire de Calais s'est fondée sur la circonstance que le projet porte atteinte aux dispositions des articles UA3 et UA11 du plan local d'urbanisme de Calais ainsi qu'à " la sécurité publique et notamment la circulation publique sur l'axe routier dénommé boulevard Léon Gambetta ".

12. S'agissant des conditions d'accès à la voie publique, il ressort des plans et photos produits, que le projet de travaux litigieux, qui compte neuf poteaux de béton de 10 centimètres de largeur, espacés d'un mètre, alignés sur une bande d'environ un mètre de large est situé sur la partie la plus orientale de la parcelle AW1610. Cette bande est contigüe à la parcelle AW1599 qui accueille un chemin de terre reliant le boulevard Gambetta aux places de stationnement situées sur les parcelles AW 1598 et AW 1600 à l'intérieur de l'îlot urbain. Si l'installation des poteaux, dont il n'est pas contesté qu'ils ne sont pas situés en front de rue, est susceptible d'étrécir le chemin menant aux places de stationnement, il ne ressort pas des pièces du dossier que de tels travaux présenteraient une incidence sur la circulation publique ou des risques particuliers pour la sécurité publique notamment eu égard aux exigences de sécurité, de la défense contre l'incendie, de protection civile et de collecte des déchets. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de droit et d'appréciation au regard des dispositions du UA3 du plan local d'urbanisme et de l'erreur d'appréciation quant à l'atteinte à la sécurité publique sont fondés et peuvent être accueillis.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur de droit et d'appréciation au regard des dispositions de l'article UA11 du plan local d'urbanisme de Calais :

13. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. Aux termes de l'article UA11 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les constructions et installations ne doivent pas, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou leur aspect extérieur, porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () ". La légalité de la décision attaquée doit être examinée au regard des seules dispositions du règlement du plan local d'urbanisme relatives à l'aspect extérieur dès lors qu'elles ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres.

14. En l'espèce, le projet litigieux est situé en zone UA du plan local d'urbanisme de Calais, spécifique au centre-ville, dans une zone agglomérée, affectée essentiellement à l'habitat, aux commerces, aux services, et équipements publics. Il ressort des pièces du dossier, que le terrain d'assiette du projet est situé sur le boulevard Gambetta, axe de circulation du centre-ville de Calais reliant le rond-point Roger Salengro au carrefour du Grand-Théâtre de Calais, le long duquel sont implantées principalement des immeubles d'habitation et des commerces en rez-de-chaussée, ainsi que le Forum Gambetta et un parc d'expositions. Dès lors, les lieux avoisinants du projet ne sauraient être regardés comme présentant un caractère ou un intérêt particulier. Il ressort également des pièces du dossier et notamment des photographies produites par la requérante, que les poteaux projetés seront certes visibles depuis le boulevard mais d'une part, ils seront pour partie masqués par une palissade et d'autre part, dans leur voisinage immédiat se trouvent des structures basses de béton ainsi que des poteaux métalliques de taille et d'aspect comparables à ceux projetés. En outre, ainsi que le fait valoir la requérante, l'architecte des bâtiments de France a rendu, le 27 juillet 2021, un avis favorable au projet. Dans ces conditions, il n'apparaît pas que le projet serait de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA11 du plan local d'urbanisme de Calais est fondé et peut être accueilli.

En ce qui concerne la substitution de motifs sollicitée par la commune de Calais :

15. Aux termes de l'article UA11.3.1 du plan local d'urbanisme dans sa version applicable au présent litige : " Les clôtures sur rue doivent être constituées : / d'un mur plein / ou d'une ferronnerie, éventuellement pourvue d'un mur bahut, / ou d'une haie végétale ". Aux termes de l'article UA11.3.2 du PLU dans sa version applicable au présent litige : " 11.3.2. Clôtures sur rue et clôtures en limite séparative situées dans la marge de retrait par rapport à l'alignement / - La hauteur des clôtures en limite séparative est limitée à 2,20m, à côté du niveau du sol naturel du terrain d'implantation, ou de celui du terrain voisin, s'il est inférieur / ".

16. L'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

17. Il résulte de l'instruction que les neuf poteaux projetés sont alignés, derrière le portail d'entrée, le long d'un grillage disposé perpendiculairement au boulevard Gambetta, et ne sauraient, par suite, être regardés comme une clôture sur rue au sens des dispositions de l'article UA11.3.1 du plan local d'urbanisme. Par suite, le nouveau motif d'opposition à déclaration préalable invoqué par la commune de Calais en défense n'est pas de nature à fonder légalement la décision attaquée. Dès lors, il n'y a pas lieu de procéder à la substitution de motifs demandée.

18. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible de fonder l'annulation de l'arrêté attaquée.

19. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 11 août 2021 par lequel la maire de Calais s'est opposée à la déclaration préalable n° DP 062193 2100349 ainsi que la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commune de Calais à la suite de son recours gracieux formé le 15 septembre 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

En ce qui concerne la requête n°2200216 :

20. Lorsque le juge annule une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée qui, eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme, demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

21. Les motifs énoncés par la maire de Calais dans l'opposition à déclaration préalable du 11 août 2021 ne sont pas de nature à justifier ce refus et la substitution de motif opposée à la demande de Mme B a été écartée par le présent jugement. Il ne résulte de l'instruction ni que les dispositions en vigueur à la date de l'arrêté litigieux s'opposaient à la déclaration en litige ni que la situation de fait existante à la date du présent jugement y fasse obstacle. Par suite, le présent jugement, qui annule l'arrêté du 11 août 2021, implique nécessairement que la maire de Calais délivre une décision de non-opposition à la déclaration préalable n° DP 062193 2100349 déposée par Mme B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

En ce qui concerne la requête n°2200217 :

22. D'une part, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

23. D'autre part, aux termes de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme : " En cas () de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande () du déclarant () ".

24. L'exécution du jugement n°2200217, lequel constate l'existence d'une décision tacite de non-opposition, implique nécessairement, par l'effet de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, qu'il soit délivré à Mme B, non pas un arrêté de non-opposition comme elle le demande, mais le certificat prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme. Il y a donc lieu, et quand bien même les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B sont rejetées comme irrecevables, d'adresser une injonction en ce sens à la maire de Calais en lui impartissant pour s'exécuter un délai d'un mois à compter de la notification du jugement n°2200217, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette mesure d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme B, qui n'a pas, pour l'essentiel, la qualité de partie perdante dans les présentes instances, verse à la commune de Calais la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Calais le versement d'une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 11 août 2021 par lequel la maire de Calais s'est opposée à la déclaration préalable n° DP 062193 2100349 et la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commune de Calais à la suite de son recours gracieux formé le 15 septembre 2021 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la maire de Calais de procéder à la délivrance d'une décision de non-opposition à la déclaration préalable n° DP 062193 2100349 de Mme B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions à fin d'annulation de la requête n° 2200217 sont rejetées.

Article 4 : Il est enjoint à la maire de Calais de délivrer à Mme B un certificat de non-opposition tacite à sa déclaration préalable n° DP 062193 2100357 dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : La commune de Calais versera à B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à A B et à la commune de Calais.

Délibéré après l'audience du 17 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. HORNLa présidente,

Signé

J. FÉMÉNIA

La greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

No 2200216 et 2200217

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