jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2200229 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | VARIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 janvier 2022, Mme A B, représentée par Me Varin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2022 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trois mois sous astreinte de 25 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- elle méconnait le 11° de l'article L. 313-11 ainsi que l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article
L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est illégale du fait de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est disproportionnée au regard de sa situation personnelle.
Par un mémoire enregistré le 19 février 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante comorienne née le 14 mai 1986, a été interpellée à Valenciennes par les services de police le 10 janvier 2022. Par un arrêté du 10 janvier 2022, le préfet du Nord l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par la requête susvisée, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des liens familiaux de l'intéressée ni l'ensemble des circonstances de fait relative à son état de santé, énonce avec une précision suffisante les circonstances de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour l'édicter. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet n'a pas procédé à examen sérieux et particulier de la situation de Mme B préalablement à l'édiction de l'obligation contestée. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
4. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, mais il lui est toutefois loisible de procéder à un tel examen. Lorsque l'autorité préfectorale, statuant sur la demande de titre de séjour, examine d'office si l'étranger est susceptible de se voir délivrer un titre sur un autre fondement que l'asile, tous les motifs de rejet de la demande, y compris donc les motifs se prononçant sur les fondements examinés d'office par le préfet, peuvent être utilement contestés devant le juge de l'excès de pouvoir.
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B a sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle n'a pas non plus saisi, y compris lors de son interpellation, le préfet du Nord d'une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite le préfet du Nord n'était pas tenu d'examiner si elle pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour pour l'un de ces motifs. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent, en tout état de cause, être écartés.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9°L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".
7. En l'espèce, Mme B souffre d'un diabète de type II et d'endométriose. Toutefois, il ne ressort pas des certificats médicaux versés au dossier ni des documents relatifs au système de santé comorien produits par la requérante, que le défaut de prise en charge de ses pathologies aurait, pour celle-ci, des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni qu'un traitement adéquat ne serait pas effectivement disponible dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
8. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France en 2012. Toutefois, à supposer établie la continuité de sa présence sur le territoire depuis cette date, l'intéressée est célibataire, sans charge de famille et ne justifie d'aucune activité professionnelle depuis son arrivée en France. En outre, si l'un de ses frères, certains cousins, neveux et nièces ainsi qu'une de ses tantes résident en France, elle n'est pas dépourvue d'attaches aux Comores où résident encore ses parents et sa sœur et où elle-même a vécu au moins jusqu'à l'âge de 26 ans. Dans ces circonstances et eu égard, d'une part, aux seuls éléments produits au dossier quant à l'état de santé de la requérante et à la disponibilité des soins requis par celui-ci dans son pays d'origine ainsi que, d'autre part, aux effets de la mesure contestée et aux buts en vue desquels elle a été prise, le préfet du Nord n'a pas porté une atteinte excessive au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. En sixième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, Mme B n'établit pas que les pathologies dont elle souffre ne pourraient pas être prises en charge dans son pays d'origine ni qu'elle encourrait des risques pour sa vie en cas de retour aux Comores. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peuvent, dès lors et en tout état de cause, qu'être écartés.
Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision obligeant Mme B à quitter le territoire français, doit être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".
12. Si Mme B soutient qu'elle dispose de garanties de représentation suffisantes ainsi que d'un passeport en cours de validité, il n'est pas contesté que la requérante s'est soustraite à l'exécution d'une précédente décision portant obligation de quitter le territoire français en date du 24 juin 2020 et qu'elle relève ainsi d'une des catégories de personnes déterminées par les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cités ci-dessus pour lesquelles le préfet peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire. Dans ces conditions et eu égard à la situation de l'intéressée, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet du Nord a pu refuser à Mme B l'octroi d'un délai de départ volontaire.
Sur la décision fixant le pays de destination :
13. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision obligeant Mme B à quitter le territoire français, doit être écarté.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
15. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet du Nord a pris en compte l'ensemble des critères prévus à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour fixer la durée de l'interdiction de retour de Mme B sur le territoire français, à deux ans. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation en fait de la décision attaquée doit être écarté.
16. En second lieu, eu égard à la situation personnelle et familiale de Mme B telle qu'elle est rappelée aux points 7 et 8 du présent jugement ainsi que de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle la requérante s'est soustraite et alors que celle-ci n'invoque aucune autre circonstance à caractère humanitaire, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en interdisant le retour de l'intéressée sur le territoire français pour une durée de deux ans,
17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Chevaldonnet, président,
- Mme Grard, première conseillère,
- M. Liénard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe 17 novembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
Q. LIENARD
Le président,
Signé
B. CHEVALDONNET
La greffière,
Signé
M. D
La République mande et ordonne au préfet du Nord ce en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026