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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2200303

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2200303

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2200303
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantFERRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I/ Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 janvier 2022 et le 4 avril 2022, sous le n° 2200303, M. I D, représenté par Me Ferrand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2021 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation et, dans l'attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat à verser à Me Ferrand la somme de 1 200 euros sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

M. D soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- la procédure est irrégulière faute pour le préfet de justifier de la transmission du rapport médical sur l'état de son fils C au collège des médecins de l'OFII, en application des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des dispositions des articles R. 313-22 et R. 313-23 du même code ;

- la procédure est irrégulière faute de pouvoir identifier les médecins membres du collège de l'OFII ;

- la procédure est irrégulière, en l'absence de production du rapport médical transmis au collège de l'OFII dès lors qu'il n'est pas possible de déterminer si l'avis du 25 novembre 2020 a été rendu sur la base d'éléments médicaux avérés et conformes l'état de santé de son enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 311-11,11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de destination :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête en soutenant qu'elle est tardive et qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2021, rendue par le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.

Par ordonnance du 11 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 mai 2022.

II/ Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 janvier 2022 et le 4 avril 2022, sous le n° 2200304, Mme J H épouse D, représentée par Me Ferrand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2021 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation et, dans l'attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat à verser à Me Ferrand la somme de 1 200 euros sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme H épouse D soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- la procédure est irrégulière faute de pouvoir identifier les médecins membres du collège de l'OFII ;

- la procédure est irrégulière, en l'absence de production du rapport médical transmis au collège de l'OFII dès lors qu'il n'est pas possible de déterminer si l'avis du 25 novembre 2020 a été rendu sur la base d'éléments médicaux avérés et conformes l'état de santé de son enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 311-11,11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de destination :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête en soutenant qu'elle est tardive et qu'aucun des moyens n'est fondé.

Par ordonnance du 11 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 27 mai 2022.

Mme H K D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2021, rendue par le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2200303 de M. D et n° 2200304 de Mme H épouse D présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. D et Mme H épouse D, ressortissants géorgiens, ont sollicité le 13 mai 2020 un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement de l'article L. 313-11, 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en qualité de parents accompagnant un enfant malade. Par deux arrêtés du 19 janvier 2021, le préfet du Nord a refusé de leur délivrer le titre demandé, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par les présentes requêtes, ils demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Sauf si leur présence constitue une menace pour l'ordre public, une autorisation provisoire de séjour est délivrée aux parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions mentionnées au 11° de l'article L. 313-11, ou à l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. ". Les dispositions de l'article L. 313-11 (11°) précisent que la décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'OFII régi par les articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Aux termes de l'article R. 313-22 du même code : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé () ". Aux termes de l'article R. 313-23 du même code : " " Le rapport médical mentionné à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 313-22. () / Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. ". L'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; /d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ".

4. En premier lieu, il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Préalablement à cet avis, un rapport médical établi par un médecin instructeur doit être transmis. Le médecin à l'origine de ce rapport ne doit pas siéger au sein du collège qui rend l'avis transmis au préfet.

5. En l'espèce, il ressort des pièces versées au dossier par le préfet du Nord et notamment le bordereau de transmission de l'OFII, qu'un rapport médical a été établi le 2 novembre 2020 par le docteur B G dont il n'est pas contesté qu'il s'agit d'un médecin de l'office régulièrement habilité, et a été transmis au collège de médecins de l'OFII, qui n'a en tout état de cause pas la faculté de s'autosaisir, et a rendu son avis le 25 novembre 2020. Par ailleurs, il ressort des termes du bordereau de transmission et de ceux de l'avis du collège de médecins que le médecin rapporteur n'était pas l'un des trois médecins ayant siégé dans le collège.

6. En outre, le préfet du Nord a produit l'avis du collège de médecins de l'Office du 25 novembre 2020, rendu sur le fondement des dispositions de l'article R. 313-22 précité. Cet avis mentionne qu'il a été rendu " après en avoir délibéré " par trois médecins qui sont identifiés et ont signé cet avis et qui ont été désignés par décision du 15 octobre 2020 du directeur général de l'OFII. Enfin, cet avis indique que si l'état de santé de l'enfant C D nécessite une prise en charge et que le défaut de celle-ci devrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, à la date de l'avis, cette dernière peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Les requérants n'apportent aucun élément permettant de remettre en cause les mentions figurant sur cet avis, qui répond aux exigences prescrites par les dispositions précitées de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016. Ainsi, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie préalablement à l'édiction de la décision portant refus d'un titre de séjour en qualité d'accompagnant d'un enfant malade doit être écarté dans ses différentes branches.

7. En deuxième lieu, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi et d'un accès effectif à ce traitement. La partie qui justifie d'un avis d'un collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

8. Pour contester l'appréciation portée par le préfet sur les conséquences d'une exceptionnelle gravité qui résulteraient d'un défaut de prise en charge médicale, les requérants soutiennent que leur enfant C née le 4 juillet 2016, et souffrant d'une quadriplégie spastique liée à une encéphalite anoxo-ischémique ne pourrait bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée dans leur pays d'origine. Ils produisent des pièces médicales dont il ressort que l'enfant bénéficie d'une prise en charge pluridisciplinaire ayant conduit à la réalisation d'un corset siège dès lors que l'enfant ne pouvait tenir la position assise, à la mise en place d'un implant cochléaire et nécessitant un suivi de kinésithérapie très régulier à raison de trois séances par semaine, ainsi qu'un accompagnement par un ergothérapeute. L'enfant n'a pas acquis la marche compte tenu d'une infirmité motrice cérébrale profonde. Il ressort d'un certificat médical établi par le professeur F exerçant au sein de la maison de santé du Kruysbellaert à Petite-Synthe que ces soins ne sont pas accessibles en Géorgie. Toutefois, il n'est pas établi que ce professionnel ait une connaissance particulière du système de santé géorgien. Si les certificats médicaux attestent de la réalité et de la gravité de la pathologie dont souffre leur fille et du suivi médical régulier dont elle fait l'objet, ils sont en revanche insuffisants pour établir qu'elle ne pourrait bénéficier d'une prise en charge adaptée en Géorgie. Dans ces conditions, en refusant à M. D et à Mme H épouse D la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade, le préfet n'a pas entaché son appréciation d'une erreur au regard des conséquences de sa décision sur leur situation personnelle et celle de leur enfant.

9. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le séjour des requérants sur le territoire français est récent, étant arrivés en 2019, date à laquelle ils ont demandé le bénéfice du statut de réfugié, alors que l'enfant C était âgée de trois ans. Ils ne justifient pas avoir noué des liens privés et familiaux d'une particulière intensité depuis leur arrivée ni d'une insertion socio-professionnelle. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

12. Pour soutenir que le préfet du Nord a méconnu ces dispositions, les requérants affirment que l'intérêt de leur enfant sera compromis à raison de l'impossibilité de bénéficier de soins adaptés à son handicap et d'un accès effectif à l'éducation. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 8, il n'est pas établi que l'enfant ne pourrait bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée et les requérants n'apportent aucun élément susceptible d'étayer l'absence d'accès à l'éducation dans leur pays d'origine, alors que l'unité de la cellule familiale n'est pas compromise par la décision de refus de titre de séjour qu'ils contestent. Ainsi, le préfet du Nord n'a pas méconnu les stipulations précitées.

13. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 19 janvier 2021 par lesquels le préfet du Nord leur a refusé la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de parents accompagnant un enfant malade.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour à l'appui des demandes d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

15. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

16 En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". En se bornant à soutenir qu'ils encourent des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans leur pays d'origine, sans apporter aucun élément à l'appui de cette affirmation, les requérants n'assortissent leur moyen d'aucune précision, ni circonstance particulière de nature à faire obstacle à leur éloignement vers la Géorgie. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

18. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français à l'appui des demandes d'annulation des décisions fixant le pays de destination.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes doivent être rejetées, y compris par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et, M. et Mme D étant parties perdantes, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 2200303 de M. D est rejetée.

Article 2 : La requête n° 2200304 de Mme H épouse D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. I D, à Mme J H épouse D et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Dang, première conseillère,

Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022 .

La rapporteure,

signé

L. A

Le président,

signé

M. E La greffière,

signé

C. CALIN

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2, 2200304

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