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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2200351

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2200351

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2200351
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBERTHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 janvier 2022 et le 29 janvier 2024, Mme B A, représentée par Me Berthe, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 21 janvier 2022 par lesquelles le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour pour raison de santé et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord d'enregistrer sa demande de titre de séjour, et ce, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que le collège des

médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'a pas été saisi ;

- le préfet a entaché sa décision d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation

dès lors que la prise en charge médicale de la requérante constitue une circonstance nouvelle faisant obstacle à l'application du délai de trois mois prévu par les dispositions de l'article D.431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision attaquée méconnait le 9° l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des

étrangers et du droit d'asile dès lors que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'a pas été saisi.

Le préfet du Nord, n'a pas produit de mémoire mais des pièces complémentaires enregistrées le 27 septembre 2022.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 décembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Féménia,

- les observations de Me Berthe représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante camerounaise, née le 26 octobre 1978 à Yingui (Cameroun) est entrée en France le 1er mai 2019. Le 27 septembre 2019, elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du 10 novembre 2020 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le recours formé contre cette décision a été rejeté le 2 juin 2021 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 26 juillet 2021, Mme A a formé une demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " pour raison de santé. Par un arrêté du 21 janvier 2022, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a notamment fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour ". Aux termes de l'article D. 431-7 du même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ". Aux termes de l'article L. 542-4 du même code : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ".

3. Dans le cas où un étranger ayant demandé l'asile a été dûment informé, en application des dispositions de l'article L. 431-2 citées au point précèdent, des conditions dans lesquelles il peut solliciter son admission au séjour sur un autre fondement et où il formule une demande de titre de séjour après l'expiration du délai qui lui a été indiqué pour le faire, l'autorité administrative peut rejeter cette demande motif pris de sa tardiveté à moins que l'étranger ait fait valoir, dans sa demande à l'administration, une circonstance de fait ou une considération de droit nouvelle, c'est-à-dire un motif de délivrance d'un titre de séjour apparu postérieurement à l'expiration de ce délai . Si tel est le cas, aucun nouveau délai ne lui est opposable pour formuler sa demande de titre. L'étranger ne peut se prévaloir pour la première fois devant le juge d'une telle circonstance.

4. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'arrêté du 21 janvier 2022, que pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à Mme A, le préfet du Nord s'est fondé sur la circonstance que la demande de titre de séjour de Mme A était tardive. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de la requérante a été enregistrée le 27 septembre 2019 et qu'elle ne conteste pas qu'elle n'aurait pas été informée à cette occasion, en application des dispositions de l'article L. 431-2 citées au point 3, des conditions dans lesquelles elle pouvait solliciter son admission au séjour sur un autre fondement. Mme A a sollicité le bénéfice d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " en raison de son état de santé le 26 juillet 2021, soit plus de deux ans après le dépôt de sa demande d'asile. Toutefois, Mme A ne justifie pas que son état de santé, pour lequel elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, peut être considéré comme une circonstance nouvelle à cette date, au sens des dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que les certificats médicaux produits attestent d'une prise en charge médicale de l'ensemble des pathologies dont elle souffre depuis le 2 septembre 2019. Par conséquent, le préfet du Nord a estimé à juste titre la demande de titre de séjour de la requérante comme tardive et n'avait pas à saisir pour avis le collège des médecins de l'OFII. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait, de l'erreur de droit au regard des articles L. 425-9 et L. 431-2 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire :

6. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

7. Lorsqu'il envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger, le préfet n'est tenu, en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) que s'il dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une telle mesure d'éloignement.

8. Mme A, selon les attestations médicales qu'elle produit, est suivie pour une hyperthyroïdie, un macro-adénome cérébral pour lequel elle a subi deux interventions chirurgicales en septembre 2019 et en avril 2020 nécessitant à présent une surveillance clinique et un examen IRM tous les six mois, une hypertension artérielle, un syndrome dépressif partiellement amélioré sous traitements médicamenteux et une arthrose. Il ressort des pièces produites par le préfet du Nord que suite à la convocation à se présenter en préfecture le 14 août 2019, par courrier du 22 juillet 2019, Mme A a présenté des observations en réponse en faisant valoir à l'appui d'un compte rendu d'IRM cervicale concluant à la présence d'un macro-adénome cérébral, qu'elle souffrait de graves problèmes de santé nécessitant une intervention chirurgicale et une hospitalisation Dans ces conditions, l'autorité préfectorale doit être regardée comme ayant disposé, avant l'édiction de la décision en cause, d'éléments d'information suffisamment précis qui auraient dû lui permettre de considérer que Mme A pouvait entrer dans les prévisions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui auraient dû la conduire à saisir pour avis le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, il y lieu d'accueillir le moyen tiré de la violation des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour et alors que la requérante n'a formé aucune conclusion aux fins d'injonction et d'astreinte en cas d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions susvisées.

Sur les frais liés au litige :

11. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Berthe, conseil de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Berthe d'une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 21 janvier 2022 par laquelle le préfet du Nord a fait obligation de quitter le territoire à Mme A est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à Me Berthe une somme de 1 200 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Berthe et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

J. FÉMÉNIAL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau

Signé

T.BOURGAU

La greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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