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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2200396

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2200396

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2200396
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP MASSON ET DUTAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire complémentaire et une pièce, enregistrés le 20 janvier 2022, le 7 octobre 2022, et le 10 septembre 2024, cette dernière pièce n'ayant pas été communiquée, l'association R.B.C. - Bas Canal, représentée par Me Dutat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 24 novembre 2021 par laquelle le président du conseil régional des Hauts-de France a rejeté sa demande de paiement de quatre subventions liées à l'aide des radios associatives au titre des années 2017, 2018, 2019 et 2020 ;

2°) d'enjoindre à la région Hauts-de-France de lui verser lesdites subventions, assorties des intérêts au taux légal, dans le délai de dix jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la région Hauts-de-France le paiement d'une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les dépens.

Elle soutient que :

- cette décision du président du conseil régional Hauts-de-France est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle ne lui a pas été notifiée ;

- la région Hauts-de-France a méconnu ses obligations contractuelles tirées de la convention d'objectifs et de moyens triennale signée avec la fédération des radios associatives du Nord de la France le 18 août 2015 en refusant les subventions auxquelles elle estime avoir droit ;

- cette décision de refus de lui verser des subventions au titre des années 2017 à 2020 est infondée dès lors que " Pastel FM " n'a pas le caractère d'une radio confessionnelle et qu'elle n'a pas de caractère prosélyte ;

- elle méconnaît les principes de liberté d'association et de liberté d'expression ;

- elle méconnaît le principe de non-discrimination ;

- elle méconnaît les dispositions du décret n°2006-1067 du 25 août 2006 ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir et de procédure ;

- elle méconnaît le paragraphe 2 de l'article 10 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2022, la région Hauts-de-France conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive, et donc irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteil ;

- les conclusions de M. Pierre Even, rapporteur public,

- les observations de Mme A, représentant la région Hauts-de-France.

1. Le 18 août 2015, la région Nord-Pas-de-Calais, devenue la région Hauts-de-France, a conclu avec la Fédération des radios associatives du Nord de la France (Franf) une convention triennale d'objectifs et de moyens afin d'organiser, jusqu'au 31 décembre 2017, les modalités du versement d'une aide financière au profit de la Franf et de ses radios adhérentes, en contrepartie du respect de certaines obligations et sous réserve de l'absence de caractère confessionnel ou commercial des radios bénéficiaires. Par un courrier du 2 mai 2017, la Franf a transmis, au titre de l'année 2017, sa demande de subvention ainsi que celle de ses adhérentes, parmi lesquelles celle de l'association R.B.C. - Bas Canal, qui gère un service de radiodiffusion sonore par voie hertzienne terrestre dénommé " Pastel FM ". Par un courrier du 13 septembre 2017, le président du conseil régional Hauts-de-France a indiqué à l'association précitée qu'il ne pouvait donner une suite favorable à sa demande. Par la suite, l'association a déposé de nouvelles demandes de subventions au titre des années 2018, 2019 et 2020, sans qu'il y soit donné suite.

2. Par un courrier en date du 23 septembre 2021, notifié à la région Hauts-de-France le lendemain, l'association RBC Bas Canal a sollicité le paiement par la région des subventions au titre des années 2017, 2018, 2019 et 2020 auxquelles elle estime avoir droit. Par une décision de refus implicite, dont la requérante demande l'annulation, la région Hauts-de-France a rejeté sa demande.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".

4. En premier lieu, par un acte d'huissier en date du 27 mars 2019, l'association R.B.C. - Bas Canal a sommé la région Hauts-de-France de répondre à sa demande de subvention déposée par l'intermédiaire de la Franf le 2 mai 2017. Par une décision du 11 juin 2019, le président du conseil régional des Hauts-de-France a rejeté sa demande de subvention. Cette décision a été attaquée par l'association R.B.C. - Bas Canal par une requête déposée auprès du tribunal administratif de Lille le 30 juillet 2019. Par un jugement n°1906605 du 15 juillet 2022, le tribunal de Lille a rejeté la requête. L'association requérante a fait appel de cette décision. Par un arrêt n°22DA01923 du 14 mars 2024, la cour administrative de Douai a annulé la décision du 11 juin 2019 du président du conseil régional des Hauts-de-France et réformé le jugement de première instance en ce qu'il était contraire audit arrêt. Si la région Hauts-de-France a formé un pourvoi en cassation, enregistré au Conseil d'Etat sous le n°494048, toujours pendant, l'arrêt précité de la Cour est immédiatement exécutoire. Par suite, la région défenderesse n'est pas fondée à soutenir que la décision implicite de rejet ici contestée, s'agissant de la subvention au titre de 2017, serait confirmative de la décision du 11 juin 2019 dès lors que celle-ci a été annulée par l'arrêt précité de la cour administrative d'appel de Douai. Cette fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet de l'octroi de la subvention au titre de l'année 2017 doit, par suite, être écartée.

5. En second lieu, les règles relatives au délai raisonnable au-delà duquel le destinataire d'une décision ne peut exercer de recours juridictionnel, qui ne peut en règle générale excéder un an sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, sont également applicables à la contestation d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur une demande présentée devant elle, lorsqu'il est établi que le demandeur a eu connaissance de la décision. La preuve d'une telle connaissance ne saurait résulter du seul écoulement du temps depuis la présentation de la demande. Elle peut en revanche résulter de ce qu'il est établi, soit que l'intéressé a été clairement informé des conditions de naissance d'une décision implicite lors de la présentation de sa demande, soit que la décision a par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration, notamment à l'occasion d'un recours gracieux dirigé contre cette décision.

6. En l'espèce, aucune pièce du dossier ne permet d'établir que l'association a eu connaissance, d'une manière ou d'une autre, de ce que le silence de l'administration valait rejet de chacune de ses demandes déposées au titre des années 2018, 2019 et 2020 dès lors, notamment, que les accusés de réception électroniques de la région n'ont pas informé l'association clairement des conditions de naissance d'une décision implicite de rejet et que l'association n'a pas non plus été informée des voies et délais de recours. Par suite, la première décision implicite de rejet est née le 24 novembre 2021 du silence opposé par la région Hauts-de-France au courrier du 23 septembre 2021, reçu le 24 septembre 2021 demandant le versement des subventions pour les années 2018, 2019 et 2020, et les conclusions de la requête déposée par la requérante le 20 janvier 2022 à fin d'annulation de cette décision ne sont pas tardives.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de rejet de la demande de subvention de l'association R.B.C. - Bas Canal au titre de l'année 2017 :

7. Par un arrêt n°22DA01923 du 14 mars 2024, la cour administrative de Douai a annulé la décision du 11 juin 2019 du président du conseil régional des Hauts-de-France qui rejetait la demande de subvention de l'association R.B.C. - Bas Canal au titre de l'année 2017 notamment en raison d'une inexactitude matérielle des faits ayant fondé la décision. Par suite, et en l'absence de toute autre explication sur l'existence d'un motif différent qui aurait présidé à cette nouvelle décision de rejet, la décision implicite du président du conseil régional des Hauts-de-France de rejet de la demande de subvention de l'association R.B.C. - Bas Canal au titre de 2017 attaquée dans le présent litige, doit, pour le même motif, être annulée.

En ce qui concerne la décision de rejet de la demande de subvention de l'association R.B.C. - Bas Canal au titre des années 2018, 2019 et 2020 :

8. En l'espèce, pour justifier de ses décisions de rejet des demandes de subventions déposées par l'association R.B.C. - Bas Canal au titre des années 2018, 2019 et 2020, la région Hauts-de-France se contente d'indiquer, sans plus de précisions, que ces demandes ne s'inscrivaient pas dans les trois orientations de la politique culturelle de la région, à savoir " Imaginer une région Hauts-de-France, territoire de créativité ", " Faire des Hauts-de-France la région du dialogue permanent entre acteurs culturels, territoires et habitants " et " Hisser les Hauts-de-France comme terre de rayonnement culturel ". En l'absence de tout élément d'explication précis par la région défenderesse, rien ne permet de contredire la requérante qui soutient que ces trois décisions ont, en réalité, été prises pour le même motif qu'au titre de l'année 2017, soit en raison du caractère supposément prosélyte des contenus diffusés par la radio " Pastel FM " dont elle assure la gestion. Dès lors que la cour administrative de Douai, a considéré dans l'arrêt °22DA01923 précité, qui a autorité de chose jugée, que les faits reprochés à l'association requérante n'étaient pas établis, et que leur réalité n'est pas plus établie dans le cadre de la présente instance, l'association requérante est fondée à soutenir que les motifs ayant fondé la décision de rejet de ses demandes de subventions au titre des années 2018, 2019 et 2020 sont entachés d'erreur de fait.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision implicite née le 24 novembre 2021 par laquelle le président du conseil régional des Hauts-de France a rejeté la demande de paiement des subventions de l'association R.B.C. - Bas Canal au titre des années 2018, 2019 et 2020 doit également être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'exécution du présent jugement, qui annule la décision de rejet implicite du président du conseil régional des Hauts-de-France née le 24 novembre 2021 en raison d'une inexactitude matérielle des faits ayant fondé la décision, n'implique pas, ainsi que le demande l'association R.B.C. - Bas Canal, le versement des subventions en litige. Il n'y a donc pas lieu de faire droit aux conclusions présentées à cette fin.

Sur les frais liés au litige :

11. En l'absence de dépens, les conclusions de la requête présentées au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent, en tout état de cause, être rejetées.

12. Il y a par ailleurs lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la région Hauts-de-France le versement à l'association R.B.C. - Bas Canal d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite née le 24 novembre 2021 par laquelle le président du conseil régional des Hauts-de France a rejeté la demande de paiement des subventions de l'association R.B.C. - Bas Canal au titre des années 2017, 2018, 2019 et 2020 est annulée.

Article 2 : La région Hauts-de-France versera une somme de 1 500 euros à l'association R.B.C - Bas Canal en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association R.B.C. - Bas Canal et à la région Hauts-de-France.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

A.-L. MONTEIL

Le président,

Signé

X. FABRE

Le greffier,

Signé

A. DEWIERE

La République mande et ordonne au préfet de la région Hauts-de-France, préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2200396

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