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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2200481

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2200481

vendredi 19 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2200481
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantROBILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 janvier 2022 et le 14 février 2023, la SCI route de Bergues, représentée par la SCP Bignon Lebray, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 septembre 2021 par lequel le maire de la commune de Coudekerque-Branche a refusé de lui délivrer un permis de démolir, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Coudekerque-Branche de lui délivrer le permis de démolir sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Coudekerque-Branche la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le maire a fait une inexacte application des dispositions du 2ème alinéa de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2022, la commune de Coudekerque-Branche, représentée par Me Robillard, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la SCI route de Bergues au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- la requête est irrecevable en ce qu'elle est dirigée contre une décision confirmative ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leclère,

- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public,

- et les observations de Me Sule, représentant la SCI route de Bergues, et de Me Robillard, représentant la commune de Coudekerque-Branche.

Considérant ce qui suit :

1. Le 26 août 2021, la société civile immobilière (SCI) route de Bergues a déposé une demande de permis de démolir une habitation située 40 route de Bergues sur le territoire de la commune de Coudekerque-Branche, rejetée par un arrêté du 3 septembre 2021. La société pétitionnaire a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision le 24 septembre 2021, implicitement rejeté. Par la requête susvisée, la SCI route de Bergues demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 septembre 2021 ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux formé le 24 septembre 2021.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 24 septembre 2021, la SCI route de Bergues a, par l'intermédiaire de son représentant, M. A, sollicité le retrait de l'arrêté du 3 septembre 2021. La circonstance que soit accolée à la signature du demandeur, outre la mention de la SCI requérante, celle d'une seconde société n'est pas de nature à retirer à ce courrier son caractère de recours gracieux. Dans ces conditions, le délai de recours a bien été conservé et la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

4. D'autre part, une décision individuelle dont l'objet est le même que celui d'une décision antérieure devenue définitive revêt un caractère confirmatif dès lors que ne s'est produit entretemps aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige.

5. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 24 février 2021, le maire de Coudekerque-Branche a refusé de délivrer à la SCI route de Bergues un permis de démolir les habitations situées 40 et 41 route de Bergues. La nouvelle demande ayant fait l'objet de l'arrêté de refus contesté ne porte toutefois que sur la seule habitation située au 40 route de Bergues. Eu égard à la différence de périmètre des deux projets, l'arrêté du 3 septembre 2021 ne saurait être regardé comme une décision confirmative de l'arrêté du 24 février 2021. Par suite, cette seconde fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Lorsque la décision rejette la demande (), elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6 () ". Le deuxième alinéa de l'article R. 424-5 de ce code, prévoit que : " Si la décision comporte rejet de la demande () elle doit être motivée ". Enfin, en vertu de l'article A. 424-4 du même code, la décision statuant sur la demande de permis précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision.

7. En l'espèce, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application et reprend l'intégralité des dispositions du second alinéa de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme.

Il comporte ainsi les circonstances de droit sur lesquelles le maire de la commune de Coudekerque Branche a entendu se fonder pour l'édicter. Toutefois, il ne fait mention d'aucune circonstance de fait et ne comporte notamment aucun élément factuel sur la méconnaissance par les travaux projetés des dispositions du second alinéa de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, la SCI route de Bergues est fondée à soutenir que l'arrêté en litige est insuffisamment motivé en fait.

8. En second lieu, aux termes du second alinéa de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de démolir peut être refusé () si les travaux envisagés sont de nature à compromettre la protection ou la mise en valeur du patrimoine bâti ou non bâti, du patrimoine archéologique, des quartiers, des monuments et des sites. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que l'habitation située au 40 route de Bergues, objet de la décision en litige, est implantée dans un secteur classé en zone UEC par le plan local d'urbanisme intercommunal destinée aux " activités industrielles, artisanales et tertiaires de la communauté urbaine ", et qui ne présente pas de particularité paysagère ou architecturale, malgré les travaux d'aménagement menés le long du canal de Bergues dans le courant des années 2010 et ayant abouti à la création de belvédères, d'espaces verts et de promenades piétonnes. Il apparaît en outre que l'immeuble en cause est constitué par une simple maison d'habitation de plain-pied sans aucune particularité architecturale ou patrimoniale dont les seules caractéristiques ne sont pas de nature à en justifier la préservation. Cette construction ne fait en outre l'objet d'aucune protection ni d'un classement particulier. Dans ces conditions, la démolition projetée ne peut être regardée comme méconnaissant les dispositions précitées de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme. Par suite le maire a fait une inexacte application de ces dispositions et le moyen afférent doit ainsi être accueilli.

10. Il résulte de tout ce qui précède, que la société route de Bergues est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 3 septembre 2021 par lequel le maire de la commune de Coudekerque-Branche a refusé de lui délivrer un permis de démolir ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision implicite de rejet de son recours gracieux. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder ces annulations.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation de démolir après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions aux fins d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation sollicitée.

Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

12. Le présent jugement censure le seul motif sur lequel le maire de Coudekerque-Branche a fondé son arrêté portant refus de permis de démolir. Il ne résulte pas de l'instruction qu'un autre motif serait susceptible de justifier un tel refus, ni qu'un changement de circonstances de fait serait intervenu et ferait obstacle à la délivrance de l'autorisation d'urbanisme sollicitée. Par suite, il convient d'enjoindre au maire de Coudekerque-Branche de délivrer à la société route de Bergues le permis de démolir sollicité le 26 août 2021 dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la société route de Bergues, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que la commune de

Coudekerque-Branche demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Coudekerque-Branche une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société route de Bergues et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 septembre 2021 du maire de la commune de Coudekerque-Branche, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux de la société route de Bergues sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Coudekerque-Branche de délivrer à la SCI route de Bergues le permis de démolir sollicité le 26 août 2021, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Coudekerque-Branche versera à la SCI route de Bergues une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Coudekerque-Branche présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SCI route de Bergues et à la commune de Coudekerque-Branche.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

M. LECLERELe président,

Signé

B. CHEVALDONNETLa greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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