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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2200485

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2200485

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2200485
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationjuge unique (6)
Avocat requérantGOMMEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 janvier 2022, Mme A C, épouse B, représentée par Me Gommeaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 septembre 2020 de la caisse d'allocations familiales du Nord par laquelle elle a procédé au calcul des droits au revenu de solidarité active (RSA) à la suite du jugement n°1704145 du 20 novembre 2019 du tribunal administratif de Lille ;

2°) d'annuler la décision du 20 juillet 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre la décision de la caisse d'allocations familiales précitée ;

3°) à titre principal, d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Nord de la rétablir dans ses droits dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et d'assortir le rappel des montants versés à ce titre des intérêts à taux légal à compter du 4 juin 2021, ainsi que la capitalisation des intérêts à compter du 4 juin 2022 ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Nord (CAF) de procéder au réexamen dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge du département du Nord la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision, prise sur recours administratif préalable obligatoire, a été prise par une personne incompétente ;

- le président du conseil départemental du Nord a commis une erreur de droit en concluant au caractère forclos de son recours administratif préalable obligatoire ;

- le prêt d'accession ne constitue pas une pension alimentaire ;

- elle bénéfice de la jouissance à titre gratuit d'un logement ; sa valeur doit être évaluée de manière forfaitaire sur le fondement de l'article R. 262-9 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire, enregistré le 10 juin 2024, le département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable du fait de la forclusion du recours administratif préalable obligatoire et de celle de la requête et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2021.

Vu :

- le jugement n°1704145 du 20 novembre 2019 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitat ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Riou, vice-président, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Riou a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, épouse B, s'est séparée dans les faits de son époux le 3 avril 2010. Depuis, elle n'a jamais repris une vie commune avec ce dernier. Au cours du mois de mai 2010, elle a sollicité le RSA. Lors d'un premier contrôle de la CAF du Nord au domicile de l'intéressée, cette dernière a justifié d'une séparation de fait avec son époux, ce dernier ne contribuant que financièrement à régler les factures et les charges de ses enfants. A l'issue d'un second contrôle, la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié, par une décision du 16 mars 2016, son intention de recouvrer un indu de RSA, pour un montant de 13 954,12 euros, au titre de la période du mois d'octobre 2013 au mois d'août 2015. Par une décision du 23 juin 2016, le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord lui a infligé une amende administrative de 1 145 euros en retenant une qualification de fraude. Par un jugement du 20 novembre 2019, le tribunal administratif de Lille a annulé la décision du 27 septembre 2016 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a confirmé l'indu de RSA et a enjoint à la caisse d'allocations familiales du Nord de procéder à la détermination des droits de la requérante à l'allocation du RSA depuis le 1er octobre 2013 dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Le 6 mai 2020, la caisse d'allocations familiales a procédé au calcul des droits du RSA de l'intéressée et les a évalués à 168,41 euros par mois. Mme C a sollicité des explications sur ce montant par un courrier du 17 juillet 2020, ainsi que sur le règlement des sommes dues au titre de l'exécution du jugement précité. Par un courrier le 10 septembre 2020, la caisse d'allocations familiales a notamment informé l'intéressée de ce qu'une régularisation de sa situation avait été effectuée le 3 septembre 2020 en exécution du jugement du 20 novembre 2019 et de ce que le prêt accession de son ex-conjoint était assimilé à une pension alimentaire à hauteur de 587 euros. Par un courrier réceptionné le 4 juin 2021 par le département du Nord, Mme C a contesté cette décision de la caisse d'allocations familiales précisément sur la qualification de pension alimentaire de la somme précitée. Le 20 juillet 2021, le président du conseil départemental du Nord a opposé à l'intéressée une forclusion. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal l'annulation de la décision du 20 juillet 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Nord rejeté son recours administratif préalable obligatoire exercé à l'encontre de la décision de la caisse d'allocation familiale du Nord du 10 septembre 2020 portant sur le calcul des droits au revenu de solidarité active (RSA) et l'annulation de la décision de la caisse d'allocations familiales précitée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 10 septembre 2020 :

2. Aux termes de l'article L. 134-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le contentieux relevant du présent chapitre [contentieux de l'admission à l'aide sociale] comprend les litiges relatifs aux décisions du président du conseil départemental et du représentant de l'Etat dans le département en matière de prestations légales d'aide sociale prévues par le présent code. ". Aux termes de l'article L. 134-2 du même code: " () Les recours contentieux formés contre les décisions mentionnées au même article L. 134-1 et portant sur la prestation de revenu de solidarité active sont précédés d'un recours administratif préalable exercé dans les conditions prévues à l'article L. 262-47 () ".

3. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental ". L'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ".

4. S'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et si le requérant indique, de sa propre initiative ou le cas échéant à la demande du juge, avoir exercé ce recours et, le cas échéant après que le juge l'y ait invité, produit la preuve de l'exercice de ce recours ainsi que, s'il en a été pris une, la décision à laquelle il a donné lieu, le juge doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.

5. L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Dès lors, la décision du 20 juillet 2021 du président du conseil départemental, prise sur recours administratif préalable, s'est substituée à sa décision du 10 septembre 2020, c'est-à-dire celle, selon ses termes mêmes, qui régularisait la situation de l'intéressée à la suite du jugement du tribunal administratif du 20 novembre 2019, et non celle du 6 mai 2020 comme le fait valoir le département. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation présentées à l'encontre de cette dernière décision doivent être regardées comme tendant à l'annulation de la décision du 20 juillet 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 20 juillet 2021 :

En ce qui concerne la recevabilité du recours administratif préalable obligatoire :

6. D'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles qu'une décision portant sur le revenu de solidarité active doit faire l'objet d'un recours administratif préalable devant le président du conseil départemental, dans l'espèce, du Nord. Aux termes de l'article R. 262-88 du même code : " Le recours administratif préalable mentionné à l'article L. 262-47 est adressé par le bénéficiaire au président du conseil départemental dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision contestée. () ". Il résulte des dispositions de l'article R. 262-91 du même code que : " Les décisions relatives au revenu de solidarité active mentionnent les voies de recours ouvertes aux bénéficiaires et précisent les modalités du recours administratif préalable institué par l'article L. 262-47. ".

7. D'autre part, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. Dans le cas où le recours juridictionnel doit obligatoirement être précédé d'un recours administratif, celui-ci doit être exercé, comme doit l'être le recours juridictionnel, dans un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstance particulière dont se prévaudrait le requérant, un délai excédant un an ne peut être regardé comme raisonnable.

8. Il résulte de l'instruction que le recours administratif préalable que Mme C a exercé, le 31 mai 2021, afin de contester la décision du 10 septembre 2020 a été reçu par le département du Nord le 4 juin 2021. Toutefois, il n'est pas justifié de la date de réception, par Mme C, de la décision du 10 septembre 2020 laquelle en outre ne comportait pas la mention des voies et délais de recours. Par ailleurs, Mme C doit être regardée comme ayant eu connaissance de cette décision à la date à laquelle elle a formé son recours administratif devant le président du conseil départemental du Nord, soit à compter du 31 mai 2021. Dès lors, le président du conseil départemental ne pouvait pas considérer que Mme C avait eu connaissance de la décision de la caisse d'allocations familiales dès le 10 septembre 2020, et ne pouvait donc lui opposer la forclusion de sa réclamation. Par suite, le président du conseil départemental n'est pas fondé à considérer comme irrecevable le recours administratif préalable obligatoire qui lui était soumis. La fin de non-recevoir soulevée en ce sens doit être écartée.

En ce qui concerne la recevabilité de la requête

9. Le département ne justifie pas, par la simple allégation d'une réception peu de jours après l'envoi, de la réception de la décision attaquée par la requérante. Dès lors, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête ne peut qu'être écartée.

En ce qui concerne les droits au RSA de l'intéressée :

10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.

11. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat, qui détermine notamment : () 2° Les modalités d'évaluation des ressources, y compris les avantages en nature. L'avantage en nature lié à la disposition d'un logement à titre gratuit est déterminé de manière forfaitaire () ". Aux termes de l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux () ". Aux termes de l'article R. 262-9 de ce code : " Les avantages en nature procurés par un logement occupé soit par son propriétaire ne bénéficiant pas d'aide personnelle au logement, soit, à titre gratuit, par les membres du foyer, sont évalués mensuellement et de manière forfaitaire : () / 2° A 16 % du montant forfaitaire calculé pour deux personnes lorsque le foyer se compose de deux personnes ; / 3° A 16,5 % du montant forfaitaire calculé pour trois personnes lorsque le foyer se compose de trois personnes ou plus. () ".

12. Il résulte des termes mêmes des articles L. 262-3, R. 262-6 et R. 262-9 du code de l'action sociale et des familles que les avantages en nature que reçoivent les bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA) doivent être intégrés dans les ressources prises en compte pour la détermination du montant de l'allocation à laquelle ils peuvent prétendre, à l'exclusion de l'usage privatif d'un jardin. Si la fourniture d'un logement à titre gratuit doit être évaluée sur la base forfaitaire prévue par l'article R. 262-9 du code, les autres avantages en nature, telle une pension alimentaire en nature, doivent, en l'absence de dispositions réglementaires prévoyant un mode d'évaluation forfaitaire, être en principe évalués sur la base de leur valeur réelle.

13. A défaut d'éléments plus précis apportés par le bénéficiaire qui reçoit d'un obligé alimentaire une pension en nature correspondant tant à l'hébergement qu'à d'autres dépenses telles que la nourriture, la valeur retenue pour le calcul des ressources du bénéficiaire doit être celle de la pension déclarée par le débiteur d'aliment auprès de l'administration fiscale, laquelle doit être réputée comprendre la part forfaitaire prévue à l'article R. 262-9 pour la fourniture d'un logement à titre gratuit et, pour le surplus, la valeur réelle des autres avantages en nature.

14. D'autre part, en vertu de l'article R.331-40 du code de la construction et de l'habitation, les logements financés à l'aide de prêts pour l'accession à la propriété doivent être occupés à titre de résidence principale au moins 8 mois par an par les accédants à la propriété, ou leurs ascendants, descendants ou conjoints. Aux termes de l'article R. 321-32 du même code, dans sa version en vigueur jusqu'au 1er septembre 2019 : " Dans les limites et conditions fixées par la présente section, des prêts aidés par l'Etat, destinés à l'accession à la propriété, peuvent être accordés pour financer :/ - l'acquisition des droits de construire ou de terrains destinés à la construction de logements, la construction de ces logements et leur acquisition ; sont assimilés à la construction de logements l'agrandissement de logements existants, par extension ou surélévation, et l'aménagement à usage de logement de locaux non destinés à l'habitation ; / - l'acquisition de logements en vue de leur amélioration et les travaux d'amélioration correspondants ; / - la réalisation des dépendances de ces logements, et notamment les garages, jardins, locaux collectifs à usage commun, annexes, dans les limites fixées par arrêté du ministre chargé de la construction et de l'habitation. "

15. Il résulte de l'instruction que l'époux de Mme C, dont elle est séparée de fait, supporte sur son propre compte bancaire le prélèvement mensuel d'un montant de 587 euros au titre du remboursement du prêt d'accession du logement, dont les époux sont co-propriétaires, occupé exclusivement par Mme C et son enfant à charge. Mme C allègue ne pas participer à la charge du remboursement du prêt, sans que les pièces du dossier ne la contredisent et sans que le département ne le conteste. Il ne résulte pas de l'instruction que l'époux de Mme C verse d'autres sommes à son épouse ou que le montant de l'échéance de remboursement ait pour objet de couvrir d'autres charges que le logement. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que la prise en charge par son conjoint du prêt d'accession soit assortie d'une contrepartie à la charge de Mme C. Enfin, à supposer même que cette répartition des charges entre les époux séparés de fait permette de qualifier la prise en charge du prêt de pension alimentaire, la mise à disposition gratuite du domicile conjugal, à titre de pension alimentaire, revêtait le caractère d'un avantage en nature devant être évalué sur la base forfaitaire prévue par l'article R. 262-9 du code de l'action sociale et des familles. Par conséquent, Mme C doit être regardée comme bénéficiant d'un avantage en nature, à savoir un logement à titre gratuit.

16. Compte tenu de ce qui précède, la caisse d'allocations familiales du Nord aurait dû évaluer la prise en charge du prêt d'accession à la propriété non comme une pension alimentaire, évaluée à sa valeur réelle, mais sur la base du forfait correspondant à la fourniture d'un logement à titre gratuit.

17. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 20 juillet 2021 par laquelle le président du conseil départemental a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre la décision.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

18. Compte tenu des motifs du présent jugement, il y a lieu de renvoyer de Mme C devant la caisse d'allocations familiales, agissant pour le compte du département du Nord, afin qu'il soit procédé, dans un délai de deux mois, au rétablissement des droits de la requérante à l'allocation de revenu solidarité active " au titre du RSA recalculé ", comme il est expressément demandé, c'est-à-dire, selon les termes de la décision du 10 septembre 2020 de la caisse d'allocations familiales du Nord, à compter du mois de septembre 2015, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

En ce qui concerne les intérêts et la demande de capitalisation sur les rappels :

19. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

20. Mme C, qui demande le versement des intérêts sur les sommes dont elle aurait été privée par l'organisme payeur du fait de la décision du 10 septembre 2020, a droit aux intérêts au taux légal correspondant aux indemnités sur les sommes éventuellement dues à compter du 4 juin 2021, date d'accusé de réception du recours administratif préalable obligatoire par le département du Nord.

21. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée dans la requête introductive d'instance, enregistrée le 21 janvier 2022, date à laquelle les intérêts n'étaient pas dus pour une année entière. Les intérêts seront donc capitalisés à compter du 4 juin 2022, date à laquelle il était dû au moins une année d'intérêts. Les intérêts seront, par suite, capitalisés à cette date puis à chaque échéance annuelle ultérieure, pour produire eux-mêmes intérêts.

Sur les frais liés au litige :

22. Mme C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Aussi, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département du Nord le versement à Me Gommeaux de la somme de 1 200 euros, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : : La décision du 20 juillet 2021 du président du conseil départemental du Nord est annulée.

Article 2 : Mme C est renvoyée devant la caisse d'allocations familiales du Nord afin de déterminer ses droits à l'allocation de revenu de solidarité active dans les conditions exposées dans les motifs du présent jugement et à compter du 1er septembre 2015.

Article 3 : Les sommes éventuellement dues à Mme C au titre de l'article 2 du présent jugement porteront intérêts au taux légal à compter du 4 juin 2021. Les intérêts échus à la date du 4 juin 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 4 : Le département du Nord versera la somme de 1 200 euros à Me Gommeaux en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Gommeaux renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Gommeaux, et au département du Nord.

Copie pour information sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J.M. Riou

La greffière,

signé

I.Baudry

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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