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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2200495

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2200495

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2200495
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBODART

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 janvier 2022, M. et Mme A B, représentés par Me Bodart, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2021 par laquelle le maire de Trith-Saint-Léger a exercé le droit de préemption urbain de la commune sur la parcelle AW37 sise au lieu-dit La Fourche sur le territoire de la commune, ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Trith-Saint-Léger une somme de

2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale, les formalités de publicité prévues par l'article R. 211-2 du code de l'urbanisme n'ayant pas été accomplies en ce qui concerne la délibération du 18 janvier 2021 portant instauration du droit de préemption urbain sur les zones urbanisées et à urbaniser du plan local d'urbanisme intercommunal applicable sur le territoire de la commune de Trith-Saint-Léger ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme en l'absence de projet réel et présentant un intérêt général suffisant sur le terrain préempté et en ce que le terrain ne se situe pas à l'emplacement d'un espace public à créer prévu par l'orientation d'aménagement et de programmation relative au site de projet n°29.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2022, la commune de

Trith-Saint-Léger, représentée par Me Forgeois, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme B au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à Mme D C veuve B qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Borget, rapporteur,

- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public,

- les observations de Me Guilbeau, substituant Me Bordart représentant

M. et Mme B,

- et les observations de Me Forgeois représentant la commune de Trith-Saint-Léger.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B souhaitant acquérir auprès de Mme D C veuve B la parcelle AW37 située sur le territoire de la commune de Trith-Saint-Léger, une déclaration d'intention d'aliéner a été adressée en ce sens le 15 juin 2021 à la commune. Par décision du 29 juillet 2021, le maire de Trith-Saint-Léger a décidé d'exercer le droit de préemption urbain de la commune sur la parcelle en cause. Par la requête susvisée,

M. et Mme B demandent au tribunal d'annuler la décision du 29 juillet 2021 et la décision implicite de rejet de leur recours gracieux formé le 22 septembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'urbanisme dans sa rédaction applicable : " Les communes dotées d'un plan d'occupation des sols rendu public ou d'un plan local d'urbanisme approuvé peuvent, par délibération, instituer un droit de préemption urbain sur tout ou partie des zones urbaines et des zones d'urbanisation future délimitées par ce plan. () / Ce droit de préemption est ouvert à la commune.

Le conseil municipal peut décider de le supprimer sur tout ou partie des zones considérées.

Il peut ultérieurement le rétablir dans les mêmes conditions. () ". Aux termes de l'article

L. 211-2 de ce code : " Lorsque la commune fait partie d'un établissement public de coopération intercommunale y ayant vocation, elle peut, en accord avec cet établissement, lui déléguer tout ou partie des compétences qui lui sont attribuées par le présent chapitre.

/ Toutefois, la compétence d'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre, () en matière de plan local d'urbanisme, emporte leur compétence de plein droit en matière de droit de préemption urbain () ". Aux termes de l'article R. 211-2 du même code : " La délibération par laquelle le conseil municipal ou l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale compétent décide, en application de l'article L. 211-1, d'instituer ou de supprimer le droit de préemption urbain ou d'en modifier le champ d'application est affichée en mairie pendant un mois. Mention en est insérée dans deux journaux diffusés dans le département. / Les effets juridiques attachés à la délibération mentionnée au premier alinéa ont pour point de départ l'exécution de l'ensemble des formalités de publicité mentionnées audit alinéa. Pour l'application du présent alinéa, la date à prendre en considération pour l'affichage en mairie est celle du premier jour où il est effectué ".

3. S'il résulte de ces dispositions que la délibération instituant le droit de préemption urbain doit faire l'objet d'une mention insérée dans deux journaux diffusés dans le département, le respect de cette obligation d'information par voie de presse est sans incidence sur la détermination de sa date d'entrée en vigueur qui ne découle, en vertu de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales, que de sa publication et de sa transmission au représentant de l'Etat dans le département.

4. En l'espèce, par une délibération du 18 janvier 2021, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération de la Porte du Hainaut (CAPH) a renouvelé le droit de préemption urbain sur les zones urbaines et à urbaniser délimitées par le nouveau plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) approuvé le même jour. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la mention apposée sur cette délibération, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, qu'elle a été rendue exécutoire le 1er février 2021 " par publication et dépôt au contrôle de légalité " intervenus à cette même date. La circonstance qu'elle n'aurait pas fait l'objet d'une diffusion par voie de presse telle que prévue par l'article R. 211-2 est sans incidence sur ce point. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision en litige doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1 , à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement.

() / Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 300-1 du même code, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels. / L'aménagement, au sens du présent livre, désigne l'ensemble des actes des collectivités locales ou des établissements publics de coopération intercommunale qui visent, dans le cadre de leurs compétences, d'une part, à conduire ou à autoriser des actions ou des opérations définies dans l'alinéa précédent et, d'autre part, à assurer l'harmonisation de ces actions ou de ces opérations () ".

6. Il résulte de ces dispositions que, pour exercer légalement le droit de préemption urbain, les collectivités titulaires de ce droit doivent, d'une part, justifier, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, faire apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant.

7. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que les requérants soutiennent, le bien préempté se situe dans le périmètre du " projet n°29 " de l'orientation d'aménagement et de programmation de " potentiel de densification privilégié en lien avec la gare ", du PLUi de la CAPH, consistant en une opération d'aménagement sur la commune de Trith-Saint-Léger avec la création d'une liaison douce entre la gare du Poirier et le campus universitaire. Ce projet s'inscrit aussi dans les orientations du schéma de cohérence territoriale et du plan de déplacements urbains préconisant la réalisation d'un pôle d'échange, la création d'espaces de stationnement et l'aménagement de différentes modalités de circulation, notamment dans la perspective d'une desserte du campus universitaire du

Mont Houy. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que l'opération ainsi menée ne répondrait pas à un intérêt général de nature à justifier l'exercice du droit de préemption. Par suite, le moyen tiré de l'absence, à la date de la décision attaquée, de la réalité d'un projet relevant de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme et présentant un intérêt général suffisant doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. et Mme B tendant à l'annulation de la décision du 29 juillet 2021 par laquelle le maire de Trith-Saint-Léger a exercé le droit de préemption urbain de la commune sur la parcelle AW37 sise au lieu-dit La Fourche sur le territoire de la commune, ainsi que celle de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Trith-Saint-Léger, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. et Mme B au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du M. et Mme B la somme demandée par la commune de Trith-Saint-Léger au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Trith-Saint-Léger présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B, à la commune de

Trith-Saint-Léger et à Mme D C veuve B.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Chevaldonnet, président,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Leclere, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. Borget

Le président,

Signé

B. Chevaldonnet

La greffière,

Signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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