jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2200506 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | RIVIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2022, Mme B A, représentée par Me Rivière, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du préfet du Nord en date du 5 octobre 2021 lui refusant la délivrance d'un rendez-vous aux fins d'enregistrement d'une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, d'enregistrer sa demande de titre de séjour et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et dans l'attente, de l'admettre provisoirement au séjour avec autorisation de travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision contestée, qui n'est pas signée, méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet du Nord ne pouvait refuser d'enregistrer sa demande de titre de séjour au motif qu'elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et qu'elle ne présentait pas d'éléments nouveaux ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance en date du 24 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 mars 2022.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Lille en date du 22 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Courtois a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante centrafricaine née le 1er août 1987, est entrée en France le 22 octobre 2014 munie d'un visa étudiant, et elle a obtenu un titre de séjour portant la mention " étudiant ", régulièrement renouvelé jusqu'au 16 novembre 2019. Par une décision du 11 septembre 2020, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme A a contesté cette décision devant le tribunal administratif de Lille, qui a rejeté sa requête par un jugement du 11 mai 2021, confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Douai du 24 mars 2022. Le 24 juin 2021, Mme A a présenté une demande de rendez-vous auprès de la préfecture du Nord en vue de la délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Mme A demande au tribunal d'annuler la décision en date du 5 octobre 2021 par laquelle le préfet du Nord a refusé d'enregistrer cette demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".
3. Il ressort de la décision contestée du 5 octobre 2021 que celle-ci a été prise par une personne non identifiée du bureau de l'admission au séjour de la direction de l'immigration et de l'intégration de la préfecture du Nord. Le préfet du Nord, en communiquant des arrêtés préfectoraux portant délégation de signature à diverses personnes publiés au recueil des actes administratifs de la préfecture du Nord du 30 septembre 2021, n'apporte aucun élément permettant d'identifier l'auteur de cette décision. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui constituent une formalité substantielle.
4. En second lieu, aux termes de l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger, âgé de plus de dix-huit ans ou qui sollicite un titre de séjour en application de l'article L. 311-3, est tenu de se présenter, () à la préfecture ou à la sous-préfecture, pour y souscrire une demande de titre de séjour du type correspondant à la catégorie à laquelle il appartient () ". Aux termes de l'article R. 311-4 du même code : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance ou de renouvellement de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise () ".
5. Il résulte de ces dispositions que, en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer et de délivrer le récépissé y afférent que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés.
6. Pour refuser d'enregistrer la demande de délivrance d'un titre de séjour présentée par Mme A, le préfet du Nord a considéré que la circonstance que l'intéressée avait des liens privés et familiaux en France n'était pas un élément nouveau de nature à entraîner l'abrogation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français en date du 11 septembre 2020. Il a en outre relevé que cette décision d'éloignement avait fait l'objet d'un recours en excès de pouvoir présenté par Mme A devant le tribunal administratif de Lille, qui a rejeté la requête par un jugement du 11 mai 2021, et qu'elle avait interjeté appel de ce jugement le 4 août 2021 devant la cour administrative d'appel de Douai. Si Mme A n'établit, ni même n'allègue de circonstances nouvelles quant à ses liens privés et familiaux en France, il ressort des pièces du dossier qu'elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " le 24 juin 2021 au titre de son état de santé en se prévalant d'un certificat médical d'un praticien hospitalier du centre hospitalier universitaire de Lille, lequel a indiqué suivre Mme A pour diverses affections, qui a été rédigé le 5 octobre 2020, soit postérieurement à la décision refusant de délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " du 26 septembre 2020. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la précédente demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " a été présentée à raison de cet état de santé ou que celui-ci a été pris en compte pour lui refuser ce titre de séjour le 26 septembre 2020. Par suite, le préfet du Nord ne pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées des R. 311-1 et R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser d'enregistrer la demande de rendez-vous de Mme A.
7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision en date du 5 octobre 2020 par laquelle le préfet du Nord a refusé d'enregistrer la demande d'un rendez-vous aux fins d'enregistrement d'une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " doit être annulée.
Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :
8. En raison des motifs qui la fondent, l'annulation de la décision attaquée n'implique pas la délivrance d'une carte de séjour temporaire ou l'admission provisoire au séjour avec autorisation de travailler mais implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que la demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " soit enregistrée et qu'un récépissé valant autorisation provisoire de séjour soit délivré à Mme A, Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet du Nord d'y procéder dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :
9. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à verser à Me Rivière, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.
DÉCIDE :
Article 1er : La décision du préfet du Nord en date du 5 octobre 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder à l'enregistrement de la demande de délivrance d'un titre de séjour de Mme A et de lui délivrer un récépissé valant autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Me Rivière la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Eurielle Rivière et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Courtois, première conseillère,
- Mme Jaur, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
La rapporteure,
Signé
C. COURTOISLe président,
Signé
O. LEMAIRE
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026