jeudi 8 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2200763 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LEQUIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 février 2022, 30 mars 2022, 7 avril 2022 et 10 mai 2023, M. B C, représenté par Me Lequien, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 décembre 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de délivrance de certificat de résidence algérien :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- il s'est engagé à remplir les fonctions d'imam en France dès son arrivée en France et il ne peut lui être reproché de ne pas avoir respecté un engagement à ne pas exercer d'activité professionnelle sur le territoire français ;
- la délivrance et le renouvellement de son certificat de résidence algérien " visiteur " relevait dès l'origine d'une procédure sans rapport avec la réalité des conditions de travail et de rémunération de sa fonction pendant quatre ans ;
- en présentant une lettre d'embauche et en saisissant l'administration d'une demande d'autorisation de travail, il a implicitement soumis au préfet du Nord une demande de changement de statut ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le terme de son détachement en France, intervenu en mars 2021 compte tenu de la situation sanitaire, n'impliquait pas légalement son retour à ses précédentes fonctions dans son pays d'origine ;
- il justifie de moyens d'existence suffisants ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 mars 2022, 6 avril 2022 et 24 avril 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête dès lors que, par arrêté en date du 21 avril 2023, il a abrogé la décision attaquée ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 28 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Courtois,
- et les observations de Me Lequien, avocat de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 16 août 1981 à Tiaret, a demandé le 29 mai 2020 le renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention " visiteur " sur le fondement du a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté en date du 31 décembre 2021, le préfet du Nord a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'exception de non-lieu opposée en défense :
2. L'abrogation en cours d'instance de l'acte attaqué n'est une cause de non-lieu qu'à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
3. Il ressort des pièces du dossier qu'en cours d'instance, par arrêté en date du 21 avril 2023, le préfet du Nord a abrogé la décision attaquée. Toutefois, d'une part, l'arrêté du 31 décembre 2021 portant refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de destination a reçu exécution pendant la période où il était en vigueur. D'autre part, la décision en date du 21 avril 2023 procédant à son abrogation n'est pas devenue définitive à la date du présent jugement. Par suite, l'exception de non-lieu opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par arrêté en date du 28 septembre 2021, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à M. Simon Fetet, secrétaire général de la préfecture du Nord, et, en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci, à Mme A D, pour signer les décisions attaquées. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le secrétaire général de la Préfecture du Nord n'ait pas été absent ou empêché à la date de ces décisions. M. C n'est dès lors pas fondé à soutenir que ces décisions, qui ont été signées par Mme D, ont été prises par une autorité incompétente.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " ; / b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française / () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui avait été mis à la disposition de la commission des Wakfs pour l'encadrement de l'activité religieuse auprès de la mosquée de Paris afin de remplir les fonctions d'imam professeur pour une durée de quatre ans à compter du 24 octobre 2016 par une décision du ministre algérien des affaires religieuses et des Wakfs en date du 23 août 2016, a obtenu la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " visiteur " valable du 22 mars 2017 au 21 mars 2018, régulièrement renouvelé jusqu'au 2 juin 2020. Il a sollicité le 29 mai 2020 le renouvellement de son certificat de résidence pour poursuivre son détachement, puis, au terme de celui-ci, il a présenté une demande d'autorisation de travail en se prévalant d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu le 5 novembre 2020 avec l'association cultuelle hémoise pour exercer les fonctions d'imam médiateur à compter du 1er janvier 2021, contrat qui n'a pas été visé par les services du ministre chargé de l'emploi.
7. D'une part, M. C, qui reconnaît lui-même que la délivrance et les précédents renouvellements de sa carte de séjour temporaire " visiteur " s'inscrivaient dans un accord de coopération entre la France et l'Algérie en sa qualité d'imam détaché par un État étranger, activité professionnelle dont il n'est pas contesté qu'elle n'était pas soumise à autorisation, n'a pas, au terme de ce détachement, justifié de conditions d'existence suffisantes. En outre, à supposer qu'il se soit prévalu d'un contrat de travail à durée indéterminée pour justifier de conditions d'existence suffisantes, il aurait alors exercé en France une activité professionnelle soumise à autorisation, en méconnaissance de l'engagement qu'il a pris le 13 novembre 2016. Dans ces conditions, M. C ne remplit plus les conditions prévues au a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 pour obtenir le renouvellement de sa carte de séjour temporaire. Par suite, le préfet du Nord n'a commis ni erreur de fait, ni erreur de qualification juridique en lui refusant le renouvellement de sa carte de séjour temporaire.
8. D'autre part, M. C ne peut sérieusement soutenir que la seule production d'une lettre d'embauche au cours de l'examen de sa demande de renouvellement de carte de résident algérien portant la mention " visiteur " devait être regardée comme une demande implicite de modification de sa demande initiale ou une nouvelle demande de carte de résident algérien sur le fondement du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien précité. Au demeurant et en tout état de cause, à défaut d'avoir obtenu, ni même sollicité, à la date de la décision attaquée, une autorisation de travail, le préfet pouvait refuser de délivrer à M. C une carte de résident portant la mention " salarié ". Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans examiner sa demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien doit être écarté.
9. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C est arrivé en France récemment et que son séjour sur le territoire français avait vocation à être temporaire. Son épouse et ses quatre enfants mineurs demeurent d'ailleurs toujours en Algérie et M. C ne se prévaut d'aucune attache familiale en France. De même, si M. C fait valoir qu'il s'est particulièrement investi dans ses fonctions d'imam et ses actions de bénévolat, son action s'est inscrite dans le cadre de la convention de coordination et de coopération entre le comité des habous d'Algérie et la société des habous et lieux saints de l'Islam de Paris qui, notamment, prévoit la mise à disposition de cent imams pour une durée de quatre ans, à l'issue de laquelle il est pourvu à leur remplacement. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord a entaché les décisions refusant de renouveler son certificat de résidence et lui faisant obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en date du 31 décembre 2021 par laquelle le préfet du Nord a refusé de renouveler son certificat de résidence algérien et, par voie de conséquence, des décisions du même jour par lesquelles cette autorité lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles qu'il a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 15 mai 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Bergerat, première conseillère,
- Mme Courtois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
C. COURTOISLe président,
Signé
O. LEMAIRE
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026