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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2200774

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2200774

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2200774
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLEBAS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 février 2022, Mme A B, représentée par Me Lebas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un certificat de résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un vice de procédure en tant qu'elle n'a pas été régulièrement convoquée devant la commission du titre de séjour, la convocation ayant été adressée à une adresse erronée ;

- il est entaché d'un vice de procédure en raison de la composition irrégulière de la commission du titre de séjour ayant émis un avis sur sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur d'appréciation quant à l'existence d'une menace pour l'ordre public ;

- il méconnait les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Leclère a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 27 novembre 1988, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un certificat de résidence.

2. En premier lieu, par un arrêté du 28 septembre 2021, publié le 30 septembre de la même année au recueil spécial n° 225 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à M. Simon Fetet, secrétaire général de la préfecture du Nord, a l'effet de signer, notamment, la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 8 décembre 2021 manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'avis de réception produit par le préfet du Nord que la convocation de Mme B à la séance du 9 septembre 2021 de la commission du titre de séjour a été expédiée en lettre recommandée avec accusé de réception à l'adresse dont la requérante se prévaut dans sa requête, cet avis mentionnant que l'intéressée a été avisée de l'existence de ce pli mais ne l'a pas réclamé. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas été régulièrement convoquée devant cette commission.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La commission du titre de séjour est composée : / 1° D'un maire ou de son suppléant désignés par le président de l'association des maires du département ou, lorsqu'il y a plusieurs associations de maires dans le département, par le préfet en concertation avec celles-ci et, à Paris, du maire, d'un maire d'arrondissement ou d'un conseiller d'arrondissement ou de leur suppléant désigné par le Conseil de Paris ;

/ 2° De deux personnalités qualifiées désignées par le préfet ou, à Paris, par le préfet de police. / Le président de la commission du titre de séjour est désigné, parmi ses membres, par le préfet ou, à Paris, par le préfet de police. () ". Aux termes de l'article R. 133-10 du code des relations entre le public et l'administration : " Le quorum est atteint lorsque la moitié au moins des membres composant la commission sont présents, y compris les membres prenant part aux débats au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle, ou ont donné mandat () ".

5. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'avis de la commission du titre de séjour en date du 9 septembre 2021, que la présidente de cette instance était présente ainsi qu'une personnalité qualifiée désignée par le préfet du Nord. Dans ces conditions, le quorum fixé par les dispositions précitées était atteint. Par suite, le moyen tiré de la composition irrégulière de cette dernière doit être écarté.

6. En quatrième lieu, si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne subordonne pas la délivrance et le renouvellement d'un certificat de résidence aux ressortissants algériens à l'absence de menace à l'ordre public, les stipulations de cet accord ne privent toutefois pas l'administration du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée en vigueur et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour à un ressortissant algérien en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été condamnée, par le tribunal correctionnel de Lille, le 26 janvier 2010 à une peine de cinq mois d'emprisonnement dont trois avec sursis pour des faits de " violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité ", le 9 février 2010, à une peine de cinq mois d'emprisonnement dont trois avec sursis pour les mêmes faits, le 17 février 2010, à 500 euros d'amende pour des faits de vol et à un mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de " prise d'un nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui ", le

9 mars 2010 à 500 euros d'amende pour des faits de " conduite d'un véhicule sans permis ", le 7 mars 2012, à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis et 600 euros d'amende pour des faits de " violence sur un professionnel de santé suivie d'incapacité n'excédant pas

8 jours ", le 14 mai 2014, à une peine de deux mois d'emprisonnement pour des faits de " violence dans un établissement d'enseignement ou d'éducation ou aux abords à l'occasion de l'entrée ou de la sortie des élèves sans incapacité ", " outrage à une personne chargée d'une mission de service publique " et " menace de crime ou délit contre les personnes ou biens à l'encontre d'un chargé de mission de service public ", le 30 mai 2014, à une peine de quatre mois d'emprisonnement et 150 euros d'amende pour des faits de " conduite d'un véhicule sans permis " , " refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter " et " circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance ", le 24 mai 2018, à une peine de trois mois d'emprisonnement pour des faits " d'évasion d'un détenu bénéficiaire d'une permission de sortie ", ainsi que par la cour d'appel de Douai, le 5 octobre 2017, à une peine de dix mois d'emprisonnement pour des faits de " transport non autorisé de stupéfiants ", " détention non autorisée de stupéfiants ", " offre ou cession non autorisée de stupéfiants ", " acquisition non autorisée de stupéfiants ", " participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de 10 ans d'emprisonnement ". Il ressort également des pièces du dossier que la libération conditionnelle accordée à l'intéressée en novembre 2018 a été révoquée en totalité en janvier 2020. Ainsi, eu égard à la nature, la gravité et à la répétition des faits délictueux qui lui ont valu ces condamnations, le préfet du Nord n'a pas fait une inexacte appréciation des faits de l'espèce en estimant qu'ils caractérisaient un comportement de nature à constituer une menace à l'ordre public et en refusant, pour ce motif, de renouveler son certificat de résidence de l'intéressée. Si le préfet du Nord a pu en outre relever, dans la décision en litige, que le comportement de Mme B témoigne d'une absence d'adhésion de cette dernière aux valeurs de la République française, il a entendu ainsi souligner la menace à l'ordre public que la requérante représente, sans faire usage d'un critère non prévu par la réglementation générale relative à l'entrée en vigueur et au séjour des étrangers en France. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, dès lors, être écarté.

8. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.

/ 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de refuser un titre de séjour à un ressortissant étranger d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels ces décisions seraient prises.

D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France à l'âge de trois ans dans le cadre d'un regroupement familial. Elle est la mère d'une enfant prénommée Djena née le 23 septembre 2015, de nationalité française. Toutefois, il ne ressort pas des seules pièces à caractère administratif produites par la requérante, qu'à la date de la décision attaquée, elle vit avec sa fille, qu'elle a des liens avec elle et qu'elle participe à son entretien et son éducation. S'il incombe au juge de l'excès de pouvoir de tenir compte, le cas échéant, d'éléments objectifs antérieurs à cette date mais révélés postérieurement, les attestations des directrices des écoles fréquentées par la fille de l'intéressée mentionnant l'implication de cette dernière portent sur une scolarisation débutée en janvier 2022 et, en raison de sa rédaction très générale, l'attestation émanant d'un pédiatre belge établie le 7 mars 2023 ne permet pas d'établir qu'elle porte sur des faits antérieurs au 8 décembre 2021. Il en est de même en ce qui concerne les attestations du frère de la requérante et de sa belle-sœur établies le 26 février 2023. Par ailleurs et malgré la durée de son séjour sur le territoire français, il n'est pas établi que Mme B y aurait noué des liens sociaux intenses et stables, hors les seuls membres de sa famille. Si l'intéressée fait valoir qu'elle suit une formation au titre d'un certificat d'aptitude professionnelle, cette circonstance, la formation en cause n'ayant débuté que dans le courant de l'année 2021, n'est pas de nature à justifier, à elle-seule, d'une intégration particulière sur le territoire français. Enfin, ainsi qu'il a été dit précédemment, le comportement de Mme B est constitutif d'une menace à l'ordre public et caractérise une méconnaissance des valeurs de la République française. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Elle ne méconnait pas non plus l'intérêt supérieur de son enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant doivent être écartés.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien modifié : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour ce qui concerne les catégories visées au a, au b, au c et au g : / () / g) Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français résidant en France, à la condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins, à l'échéance de son certificat de résidence d'un an ".

11. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, les allégations de Mme B quant à l'entretien et à l'éducation de sa fille née en 2015, à la date de la décision attaquée, ne sont pas étayées. Par ailleurs, les considérations d'ordre public mentionnées au point 7 du présent jugement font obstacle à ce que lui soit délivré un certificat de résidence en qualité de parent d'enfant français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 8 décembre 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction sous astreinte et celles liées aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

La rapporteure,

Signé

M. LECLERELe président,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Nord ce en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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