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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2200794

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2200794

vendredi 19 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2200794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantINGELAERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 février 2022, la société Le Triangle, représentée par Me Jamais, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Seclin a refusé de lui délivrer un permis de construire quatre maisons individuelles et un bâtiment d'activités ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Seclin de lui délivrer le permis de construire sollicité sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Seclin la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article

L. 421-6 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022, la commune de Seclin, représentée par Me Barege, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société le Triangle au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête méconnait les dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative en ce qu'elle ne mentionne ni le domicile de la société requérante, ni le domicile du défendeur ;

- la requête est irrecevable, le représentant de la société le Triangle ne justifiant d'aucune habilitation ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Elle sollicite en outre une substitution de motif en tant que la métropole européenne de Lille a, le 24 novembre 2021, rendu un avis défavorable sur le projet de la société Le Triangle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leclère,

- et les conclusions de M. Liénard, rapporteur public

Considérant ce qui suit :

1. Par la requête susvisée, la société le Triangle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Seclin a refusé de lui délivrer un permis de construire quatre maisons individuelles et un bâtiment d'activités sur un terrain situé avenue de la République.

Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Seclin :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 223-18 du code de commerce applicable aux sociétés à responsabilité limitée (SARL) : " () Dans les rapports avec les tiers, le gérant est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société, sous réserve des pouvoirs que la loi attribue expressément aux associés. () ". Il résulte de ces dispositions que le ou les gérants sont investis des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom d'une société à responsabilité limitée, qu'ils représentent celle-ci dans ses rapports avec les tiers et que ces personnes ont de plein droit qualité pour agir en justice en son nom.

3. Il ressort des pièces du dossier que la requête a été présentée, par un avocat, pour la société à responsabilité limitée Le Triangle représentée par son gérant, M. A. La commune de Seclin ne fait valoir aucune circonstance de nature à justifier l'absence de qualité pour agir de ce dernier, alors qu'il tire des dispositions précitées de l'article L. 223-18 du code du commerce la qualité pour agir en justice au nom de la société requérante.

Dès lors, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de qualité pour agir du représentant de la société doit être écartée.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties () ".

5. En l'espèce, si la requête présentée par la société le Triangle ne mentionne pas l'adresse de cette dernière, ni celle du défendeur et que l'intéressée n'a pas régularisé sa requête sur ce point, en dépit de la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Seclin dans son mémoire en défense, les pièces du dossier comprennent la mention des adresses de la société requérante et de la commune de Seclin. Ainsi, la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Seclin sur ce fondement doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Lorsque la décision rejette la demande (), elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6 () ". Le deuxième alinéa de l'article R. 424-5 de ce code, prévoit que : " Si la décision comporte rejet de la demande () elle doit être motivée ". Enfin, en vertu de l'article A. 424-4 du même code, la décision statuant sur la demande de permis précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision.

7. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 424-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire () ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique. ".

8. En l'espèce, l'arrêté attaqué ne mentionne pas les circonstances de fait sur lesquelles le maire de la commune de Seclin a entendu se fonder pour l'édicter et ne précise aucunement en quoi les travaux projetés ne seraient pas conformes aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme. Si la décision en litige vise " l'avis défavorable du service voirie de la Métropole Européenne de Lille en date du 24 novembre 2021 ", il n'est pas contesté que cet avis ne lui a pas été annexé et qu'il n'a pas été communiqué à la société requérante. Dans ces conditions particulières, la société le Triangle est fondée à soutenir que l'arrêté du 13 janvier 2022 est insuffisamment motivé en fait.

9. En second lieu, lorsque le juge, saisi d'un moyen en ce sens, constate qu'une décision administrative est insuffisamment motivée, l'administration ne peut utilement lui demander de procéder à une substitution de motifs, laquelle ne saurait, en tout état de cause, remédier au vice de forme résultant de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté. Par suite, la demande de substitution de motif sollicitée par la commune de Seclin doit être écartée.

10. Il résulte de ce qui précède que la société le Triangle est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire de la commune de Seclin en date du 13 janvier 2022.

Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen soulevé par la société requérante n'est pas, en l'état du dossier, de nature à fonder cette annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. En raison du seul motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué n'implique pas nécessairement, que l'autorisation d'urbanisme demandée par la société requérante lui soit délivrée. Par suite ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune de lui délivrer le permis de construire sollicité le 3 août 2021 doivent être rejetées. Toutefois, cette annulation implique qu'il soit enjoint à la commune de Seclin de réexaminer la demande de la société Le Triangle, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société le Triangle, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Seclin demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Seclin, la somme demandée par la société requérante au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de Seclin en date du 13 janvier 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Seclin de procéder au réexamen de la demande de permis de construire de la SARL Le Triangle dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Le Triangle et à la commune de Seclin.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

M. LECLERE

Le président,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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