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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2200846

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2200846

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2200846
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantRIVIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 février 2022 et le 2 mai 2023, M. B C, représenté par Me Riviere, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le président du conseil départemental du Pas-de-Calais sur le recours administratif préalable obligatoire présenté le 23 novembre 2021, à l'encontre de la décision mettant fin à sa prise en charge au titre du contrat jeune majeur à compter du 1er octobre 2021 ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au président du conseil départemental du Pas-de-Calais de l'accompagner au titre de l'aide sociale à l'enfance (ASE) dans le cadre d'un contrat jeune majeur, et ce, sous astreinte de 155 euros par jour de retard, à compter de la notification du jugement à intervenir, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au président du conseil départemental du Pas-de-Calais de réexaminer sa demande de renouvellement du contrat jeune majeur, et ce, sous astreinte de 155 euros par jour de retard, à compter de la notification du jugement à intervenir, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 mars 2023 et le 20 décembre 2023, le conseil départemental du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête de M. C.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision 15 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; () 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens () ".

2. M. C, ressortissant afghan né le 31 décembre 2001, a été confié au département du Pas-de-Calais par une ordonnance de placement provisoire le 25 octobre 2018. Puis, par un jugement du 25 avril 2019, son placement à l'aide sociale à l'enfance a été ordonné jusqu'à sa majorité le 31 décembre 2019. La prise en charge par l'aide sociale à l'enfance a pris fin le 11 janvier 2020. Il est réorienté vers le dispositif urgence dans le cadre du plan grand froid jusqu'au 13 mars 2020. Par la suite, M. C a bénéficié, au titre de l'aide sociale à l'enfance, d'un contrat jeune majeur du 24 novembre 2020 au 26 janvier 2021, puis du 27 janvier 2021 au 31 mai 2021 et puis du 1er juin 2021 au 30 novembre 2021. Cependant, le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a mis fin, de manière prématurée, à son contrat jeune majeur à compter du 1er octobre 2021 par un arrêté du même jour.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

4. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mai 2023. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction applicable au litige : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental () / Peuvent être également pris en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants. / Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés au 5° et à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engage ".

6. Sous réserve de l'hypothèse dans laquelle un accompagnement doit être proposé au jeune pour lui permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée, le président du conseil départemental dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour accorder ou maintenir la prise en charge par le service de l'ASE d'un jeune majeur de moins de vingt-et-un ans éprouvant des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants et peut à ce titre, notamment, prendre en considération les perspectives d'insertion qu'ouvre une prise en charge par ce service compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, y compris le comportement du jeune majeur.

7. Un " contrat jeune majeur ", qui a seulement pour objet de formaliser les relations entre le service de l'ASE et le jeune majeur, dans un but de responsabilisation de ce dernier, n'a ni pour objet ni pour effet de placer celui-ci dans une situation contractuelle vis-à-vis du département.

8. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance ou mettant fin à une telle prise en charge, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans leur mise en œuvre, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.

9. M. C, né le 31 décembre 2001, est âgé de plus de vingt-et-un ans depuis le 31 décembre 2022 et ne saurait donc depuis lors bénéficier de l'aide sociale à l'enfance en qualité de jeune majeur. Eu égard à l'office du juge administratif saisi d'un recours contre une décision mettant fin à une prise en charge sur le fondement des dispositions de l'article L. 225-5 du code de l'action sociale et des familles, il n'y a ainsi plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation, à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. C.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le département du Pas-de-Calais, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil de M. C, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. C tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle et sur ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte.

Article 2 : Les conclusions de M. C sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Riviere, et au département du Pas-de-Calais.

Fait à Lille, le 29 janvier 2024.

Le président de la 6ème chambre,

signé

J.M. A.

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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