vendredi 17 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2200865 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | AARPI PANTONE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 7 février 2022 sous le n° 2200865, la société par actions simplifiée (SAS) Rabot Dutilleul Construction et M. B C, représentés par Me Thieffry, demandent au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision, qui doit être regardée comme datée du 8 décembre 2021, par laquelle le préfet du Nord a rejeté la demande d'autorisation de travail présentée en faveur de M. C par la SAS Rabot Dutilleul Construction ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord à titre principal d'accorder à M. C l'autorisation de travail sollicitée dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord à titre subsidiaire de procéder au réexamen de la demande d'autorisation de travail et, dans l'attente, de délivrer à M. C une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la SAS Rabot Dutilleul Construction de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision litigieuse n'est pas datée et ne comporte pas la signature de son auteure ;
- la motivation de la décision litigieuse est insuffisante ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de la demande d'autorisation de travail ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation en considérant que la SAS Rabot Dutilleul Construction a commis des manquements graves en matière de santé et de sécurité au travail ;
- la décision litigieuse est une sanction à l'égard de la SAS Rabot Dutilleul Construction qui a un caractère disproportionné.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 décembre 2022.
Un mémoire a été présenté pour la SAS Rabot Dutilleul Construction et M. C le 22 novembre 2022.
II. Par une requête enregistrée le 7 juillet 2022 sous le n° 2205151, la SAS Rabot Dutilleul Construction et M. C, représentés par Me Thieffry, demandent au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 12 mai 2022 par laquelle le préfet du Nord a rejeté la demande d'autorisation de travail présentée en faveur de M. C par la SAS Rabot Dutilleul Construction ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord à titre principal d'accorder à M. C l'autorisation de travail sollicitée dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord à titre subsidiaire de procéder au réexamen de la demande d'autorisation de travail et, dans l'attente, de délivrer à M. C une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la SAS Rabot Dutilleul Construction de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'auteure de la décision litigieuse est incompétente ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de la demande d'autorisation de travail ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation en considérant que la SAS Rabot Dutilleul Construction a commis des manquements graves en matière de travail illégal ;
- la décision litigieuse est une sanction à l'égard de la SAS Rabot Dutilleul Construction qui a un caractère disproportionné.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 décembre 2022.
Un mémoire a été présenté pour la SAS Rabot Dutilleul Construction et M. C le 22 novembre 2022.
Vu :
- l'ordonnance n° 2201735 du 28 mars 2022 par laquelle le juge des référés a suspendu l'exécution de la décision faisant l'objet de l'instance n° 2200865 ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,
- les observations de Me Thieffry, représentant la société Rabot Dutilleul Construction et M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Le 7 octobre 2021, la SAS Rabot Dutilleul Construction a présenté auprès de la préfecture du Nord une demande d'autorisation de travail au profit de M. C, ressortissant congolais (République démocratique du Congo). Toutefois, par une décision qui doit être regardée comme étant datée du 8 décembre 2021, date de son envoi par courriel à la société demanderesse, le préfet du Nord a rejeté cette demande. Par l'ordonnance n° 2201735 du 28 mars 2022, le juge des référés du tribunal a suspendu l'exécution de cette décision et a enjoint au préfet de réexaminer la demande de la SAS Rabot Dutilleul Construction. Par une décision du 12 mai 2022, le préfet du Nord a de nouveau rejeté la demande d'autorisation de travail de la SAS Rabot Dutilleul Construction. Par les requêtes n°s 2200865 et 2205151, cette société et M. C demandent au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n°s 2200865 et 2205151 visées ci-dessus concernent la situation de la même société et du même travailleur étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
3. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi.
4. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque que le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.
5. Le préfet du Nord a entendu, par le dispositif de sa décision du 12 mai 2022, " modifier " les motifs de sa décision initiale. Il doit dès lors être regardé comme ayant retiré cette première décision par le biais de cette décision d'une portée identique. Cependant, la décision du 12 mai 2022 ayant fait l'objet d'un recours pour excès de pouvoir dans le cadre de l'instance n° 2205151 et dans le délai de recours contentieux, le retrait ne saurait être regardé comme ayant acquis un caractère définitif. Par suite, conformément aux principes exposés plus haut, les conclusions aux fins d'annulation de la décision initiale présentées dans le cadre de l'instance n° 2200865 n'ont pas perdu leur objet en cours d'instance. L'exception de non-lieu à statuer opposée en défense doit en conséquence être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
6. Le juge de l'excès de pouvoir ne peut, en principe, déduire d'une décision juridictionnelle rendue par lui-même ou par une autre juridiction qu'il n'y a plus lieu de statuer sur des conclusions à fin d'annulation dont il est saisi, tant que cette décision n'est pas devenue irrévocable. Il en va toutefois différemment lorsque, faisant usage de la faculté dont il dispose dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice, il joint les requêtes pour statuer par une même décision, en tirant les conséquences nécessaires de ses propres énonciations. Dans cette hypothèse, toutes les parties concernées seront, en cas d'exercice d'une voie de recours, mises en cause et celle à laquelle un non-lieu a été opposé, mise à même de former, si elle le souhaite, un recours incident contre cette partie du dispositif du jugement.
7. A ce titre, lorsque le juge est parallèlement saisi de conclusions tendant, d'une part, à l'annulation d'une décision et, d'autre part, à celle de son retrait et qu'il statue par une même décision, il lui appartient de se prononcer sur les conclusions dirigées contre le retrait puis, sauf si, par l'effet de l'annulation qu'il prononce, la décision retirée est rétablie dans l'ordonnancement juridique, de constater qu'il n'y a plus lieu pour lui de statuer sur les conclusions dirigées contre cette dernière.
En ce qui concerne la décision du 12 mai 2022 :
8. Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. " Aux termes de l'article R. 5221-20 du même code : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : / () / 2° S'agissant de l'employeur mentionné au II de l'article R. 5221-1 du présent code : / () / b) Il n'a pas fait l'objet de condamnation pénale pour le motif de travail illégal tel que défini par l'article L. 8211-1 ou pour avoir méconnu des règles générales de santé et de sécurité en vertu de l'article L. 4741-1 et l'administration n'a pas constaté de manquement grave de sa part en ces matières ; / () ".
9. Aux termes de l'article L. 8211-1 du code du travail : " Sont constitutives de travail illégal, dans les conditions prévues par le présent livre, les infractions suivantes : / () / 2° Marchandage ; / 3° Prêt illicite de main-d'œuvre ; / () ". Aux termes de l'article L. 8231-1 du même code : " Le marchandage, défini comme toute opération à but lucratif de fourniture de main-d'œuvre qui a pour effet de causer un préjudice au salarié qu'elle concerne ou d'éluder l'application de dispositions légales ou de stipulations d'une convention ou d'un accord collectif de travail, est interdit. " Aux termes de l'article L. 8241-1 du même code : " Toute opération à but lucratif ayant pour objet exclusif le prêt de main-d'œuvre est interdite. / () / Une opération de prêt de main-d'œuvre ne poursuit pas de but lucratif lorsque l'entreprise prêteuse ne facture à l'entreprise utilisatrice, pendant la mise à disposition, que les salaires versés au salarié, les charges sociales afférentes et les frais professionnels remboursés à l'intéressé au titre de la mise à disposition. " Enfin, aux termes de l'article L. 8241-2 du même code : " Les opérations de prêt de main-d'œuvre à but non lucratif sont autorisées. / Dans ce cas, les articles L. 1251-21 à L. 1251-24, L. 2313-3 à L. 2313-5 et L. 5221-4 du présent code ainsi que les articles L. 412-3 à L. 412-7 du code de la sécurité sociale sont applicables. / Le prêt de main-d'œuvre à but non lucratif conclu entre entreprises requiert : / 1° L'accord du salarié concerné ; / 2° Une convention de mise à disposition entre l'entreprise prêteuse et l'entreprise utilisatrice qui en définit la durée et mentionne l'identité et la qualification du salarié concerné, ainsi que le mode de détermination des salaires, des charges sociales et des frais professionnels qui seront facturés à l'entreprise utilisatrice par l'entreprise prêteuse ; / 3° Un avenant au contrat de travail, signé par le salarié, précisant le travail confié dans l'entreprise utilisatrice, les horaires et le lieu d'exécution du travail, ainsi que les caractéristiques particulières du poste de travail. / () / Pendant la période de prêt de main-d'œuvre, le contrat de travail qui lie le salarié à l'entreprise prêteuse n'est ni rompu ni suspendu. Le salarié continue d'appartenir au personnel de l'entreprise prêteuse ; il conserve le bénéfice de l'ensemble des dispositions conventionnelles dont il aurait bénéficié s'il avait exécuté son travail dans l'entreprise prêteuse. / () ".
10. Aux termes de l'article L. 1251-21 du code du travail relatif au contrat de mission : " Pendant la durée de la mission, l'entreprise utilisatrice est responsable des conditions d'exécution du travail, telles qu'elles sont déterminées par les dispositions légales et conventionnelles applicables au lieu de travail. / Pour l'application de ces dispositions, les conditions d'exécution du travail comprennent limitativement ce qui a trait : / 1° A la durée du travail ; / 2° Au travail de nuit ; / 3° Au repos hebdomadaire et aux jours fériés ; / 4° A la santé et la sécurité au travail ; / 5° Au travail des femmes, des enfants et des jeunes travailleurs. " Aux termes de l'article L. 1251-24 du même code : " Les salariés temporaires ont accès, dans l'entreprise utilisatrice, dans les mêmes conditions que les salariés de cette entreprise, aux moyens de transport collectifs et aux installations collectives, notamment de restauration, dont peuvent bénéficier ces salariés. / () ".
11. Aux termes de l'article 1871 du code civil : " Les associés peuvent convenir que la société ne sera point immatriculée. La société est dite alors " société en participation ". Elle n'est pas une personne morale et n'est pas soumise à publicité. Elle peut être prouvée par tous moyens. / () ".
12. Aux termes de l'article L. 8113-7 du code du travail : " Les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1 et les fonctionnaires de contrôle assimilés constatent les infractions par des procès-verbaux qui font foi jusqu'à preuve du contraire. / () ".
13. Pour faire valoir que la société requérante a commis des faits de marchandages qui constitueraient des manquements graves en matière de travail illégal, le préfet du Nord se prévaut d'un procès-verbal établi le 14 mars 2019 par une inspectrice du travail à la suite de sa visite d'un chantier de construction sur lequel œuvrait la société requérante. Les conclusions de ce procès-verbal, telles que résumées par un courriel de la direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités du 6 octobre 2021, tendent à l'existence de faits de prêt de main d'œuvre illégale sur une durée d'au moins deux ans concernant tant des travailleurs permanents que des travailleurs intérimaires. En se bornant toutefois à produire ce courriel qui n'évoque que la qualification des faits effectuée par l'inspectrice alors que la production de ce procès-verbal était sollicitée par la partie demanderesse, le préfet du Nord ne saurait se prévaloir de la présomption instituée par les dispositions précitées de l'article L. 8113-7 du travail qui ne s'attache qu'aux constatations matérielles de l'inspectrice du travail.
14. Il ressort des pièces du dossier que la SAS Rabot Dutilleul Construction a conclu le 27 septembre 2013 avec la société civile de construction vente Marvas un marché public de travaux conception-réalisation. Cette société et les sociétés NCN et Norlit Construction, chargées de la réalisation des travaux dans le cadre de ce marché, ont créé le 27 mars 2014 la société en participation (SEP) Les terrasses de la falaise dont le règlement intérieur prévoit à son article 5.1 que les associés mettent à disposition du chantier des employés au prorata de leur participation financière à la société. Ce même article prévoit en outre que le gérant du chantier, à savoir la société NCN en vertu de l'article 2 de ce règlement, peut embaucher pour la durée des travaux des salariés permanents et des intérimaires. En l'absence de personnalité morale, la SEP ne saurait être regardée comme étant l'employeur du personnel ainsi recruté qui doit être regardé comme étant employé par la société NCN. Il est enfin constant que les fonctions de directeur de travaux, défini par l'article 4 du règlement intérieur comme un organe dirigeant et contrôlant l'exécution des travaux et exerçant sur les salariés mis à disposition des pouvoirs de direction, de surveillance, de contrôle et d'autorité, étaient exercées par un représentant de la SAS Rabot Dutilleul Construction.
15. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'article 5.2 du règlement intérieur de la SEP que les sociétés associées facturaient mensuellement à la SEP l'emploi de leur personnel. Le barème de rémunération du personnel d'encadrement et la grille commune de rémunération du personnel horaire ayant été établis selon cet article par le comité de direction de la SEP sur la base de justificatifs, en particulier des fiches de paie et du coefficient des charges concernant le personnel d'encadrement, il ne ressort pas des pièces du dossier que les sociétés associées facturaient à la SEP des éléments distincts de ceux listés au dernier alinéa de l'article L. 8241-1 du code du travail précité et tiraient ce faisant des bénéfices des mises à disposition de la SEP de leur personnel. Le prêt de main d'œuvre ainsi opéré ne saurait par suite être regardé comme poursuivant un but lucratif. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que les salariés des sociétés associées auraient été mis à disposition sans leur accord, sans convention en ce sens et sans avenant de leur contrat de travail en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 8241-2 du code du travail. Par suite, et en l'absence de production par le préfet du Nord de tout élément de nature à remettre en cause les allégations et pièces de la société requérante, le prêt de main d'œuvre constaté par l'inspectrice du travail ne saurait être regardé comme illicite.
16. En second lieu, il résulte de ce qui a été exposé au point précédent que l'opération de fourniture de main-d'œuvre à la SEP Les terrasses de la falaise ne saurait être regardée comme poursuivant un but lucratif. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que les salariés permanents mis à la disposition de la SEP par les sociétés associées ont subi du fait de cette opération un préjudice ou que cette opération a eu pour effet d'éluder l'application de dispositions légales ou de stipulations d'une convention ou d'un accord collectif de travail. De même, si la société requérante soutient que l'inspectrice du travail a retenu l'existence d'une différence des montants de l'indemnité de petit déplacement entre ses salariés et les intérimaires employés par la société NCN en sa qualité de gérante de la SEP, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette différence serait une résultante de la mise à disposition de ces intérimaires. À supposer enfin que cette différence de traitement trouve son origine dans un avantage accordé par la SAS Rabot Dutilleul Construction aux salariés qu'elle a mis à disposition, les intérimaires qui n'appartiennent pas au personnel de cette société ne sauraient être regardés comme subissant de ce fait un préjudice. Par suite, en l'absence de tout autre élément allégué de nature à en révéler l'existence concernant les travailleurs embauchés pour la durée des travaux, la mise à disposition des employés des sociétés Norlit Construction et NCN dans le cadre de la SEP Les terrasses de la falaise ne saurait être regardée comme constituant une infraction de marchandage.
17. Il résulte de ce qui précède que la société requérante est fondée à soutenir que le préfet du Nord a entaché sa décision du 12 mai 2022 d'une erreur d'appréciation en estimant qu'elle avait commis des manquements graves en matière de travail illégal.
18. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête n° 2205151, d'annuler la décision du 12 mai 2022. Par suite, la décision du 8 décembre 2021 retirée par cette décision doit être regardée comme étant rétablie dans l'ordonnancement juridique.
En ce qui concerne la décision du 8 décembre 2021 :
19. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
20. Par la décision litigieuse, le préfet a uniquement fait état d'une condamnation pénale, dont l'existence ne ressort au demeurant pas des pièces du dossier, " ou " d'un constat de manquement grave en matière de santé et de sécurité au travail et s'est borné à effectuer un renvoi au procès-verbal du 14 mars 2019 dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il a été communiqué au préalable à la société requérante. Partant, cette décision, notamment par sa formulation alternative, ne saurait être regardée comme étant suffisamment motivée en fait.
21. D'autre part, tant le prêt illicite de main-d'œuvre retenu par l'inspectrice du travail que le marchandage retenu par les décisions litigieuses ne sauraient être regardés comme des manquements aux règles générales de santé et de sécurité fixées par les dispositions de l'article L. 4741-1 du code du travail. Les requérants sont par suite fondés à soutenir que le préfet du Nord a commis une erreur d'appréciation en estimant, par la décision litigieuse, que la SAS Rabot Dutilleul Construction avait commis de graves manquements en cette matière.
22. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête n° 2200865, d'annuler la décision du 8 décembre 2021.
Sur l'injonction :
23. Eu égard aux motifs des annulations retenus ci-dessus, qui ne concernent qu'une seule des conditions à la délivrance d'une autorisation de travail listées par les dispositions précitées de l'article R. 5221-20 du code du travail, ces annulations impliquent seulement qu'il soit enjoint au préfet du Nord de réexaminer la demande d'autorisation de travail présentée par la SAS Rabot Dutilleul Construction dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte. En revanche, ces annulations n'impliquent pas qu'une injonction de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour soit accordée le temps de cette nouvelle instruction à M. C. Les conclusions présentées en ce sens doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
24. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans les présentes instances, une somme pour chacune de ces instances de 750 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. L'Etat versera par suite à la société requérante la somme globale de 1 500 euros.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 8 décembre 2021 et la décision du 12 mai 2022 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de réexaminer la demande d'autorisation de travail présentée par la SAS Rabot Dutilleul Construction au profit de M. C dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à la SAS Rabot Dutilleul Construction la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Rabot Dutilleul Construction, à M. B C et au préfet du Nord.
Copie sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et au préfet du Pas-de-Calais.
Délibéré après l'audience du 24 février 2023 à laquelle siégeaient :
M. Jean-Michel Riou, président,
M. Vincent Fougères, premier conseiller,
Mme Marjorie Bruneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.
Le président-rapporteur,
signé
J.-M. A
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
V. FOUGÈRES
La greffière,
signé
J. VANDEWYNGAERDE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°s 2200865 - 2205151
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026