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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2200905

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2200905

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2200905
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantBROISIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 février 2022 et le 26 mars 2022,

M D B, représenté par Me Broisin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2021 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays d'exécution de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

S'agissant de la décision portant refus d'un titre de séjour :

- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- elle méconnaît l'article 7 et l'article 9 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'exercice de son pouvoir de régularisation ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'ayant conclu un contrat à durée déterminée d'insertion, l'article R. 5221-6 du code du travail ne lui était pas applicable.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

S'agissant de la décision fixant le pays d'éloignement :

- elle est dépourvue de base légale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 mars 2022, 14 avril 2022 et

24 novembre 2022, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

10 janvier 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.

Par une ordonnance du 1er décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

27 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, a demandé le 31 mai 2021 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de travailleur salarié. Par un arrêté du 24 novembre 2021, le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet du Pas-de-Calais, qui n'était pas tenu de faire mention de tous les éléments de la vie privée du requérant, ne se serait pas livré à un examen approfondi de la situation de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. B doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes du e) de l'article 7 de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens autorisés à exercer à titre temporaire, en application de la législation française, une activité salariée chez un employeur déterminé, reçoivent un certificat de résidence portant la mention " travailleur temporaire ", faisant référence à l'autorisation provisoire de travail dont ils bénéficient et de même durée de validité ; () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7 (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ".

4. Il résulte de ces stipulations qu'un certificat de résidence portant la mention " salarié " ne peut être délivré à un ressortissant algérien que s'il justifie présenter un contrat de travail visé par la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités ou une autorisation de travail ainsi qu'un visa de long séjour.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 5132-1 du code du travail : " L'insertion par l'activité économique a pour objet de permettre à des personnes sans emploi, rencontrant des difficultés sociales et professionnelles particulières, de bénéficier de contrats de travail en vue de faciliter leur insertion professionnelle. Elle met en œuvre des modalités spécifiques d'accueil et d'accompagnement () ". Aux termes de l'article L. 5132-5 du même code : " Les entreprises d'insertion concluent avec des personnes sans emploi rencontrant des difficultés sociales et professionnelles particulières des contrats à durée déterminée en application de l'article L. 1242-3. / Pendant l'exécution de ces contrats, une ou plusieurs conventions conclues en vertu de l'article L. 5135-4 peuvent prévoir une période de mise en situation en milieu professionnel auprès d'un autre employeur dans les conditions prévues au chapitre V du présent titre. / La durée de ces contrats ne peut être inférieure à quatre mois, sauf pour les personnes ayant fait l'objet d'une condamnation et bénéficiant d'un aménagement de peine. (). Aux termes de l'article R. 5221-6 de ce code : " Sous réserve des dispositions de l'article R. 5221-22, le contrat de travail conclu dans le cadre de dispositifs en faveur de l'emploi prévus au livre I de la cinquième partie ou dans le cadre de la formation professionnelle tout au long de la vie prévue à la sixième partie du présent code ne permet pas la délivrance de l'une des autorisations de travail mentionnées aux 2°, 4°, au deuxième alinéa du 5°, aux 8°, 9°, 13 et 14° de l'article

R. 5221-3 du présent code et ne peuvent être conclus par les titulaires des documents de séjour mentionnés aux 7°, 15° et 17° de l'article R. 5221-3 du même code ".

6. Il ressort des pièces du dossier, que M. B, entré sur le territoire français le

16 avril 2019 muni d'un visa court séjour, a sollicité le 31 mai 2021 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié en se prévalant d'un contrat à durée déterminée d'insertion d'une durée de quatre mois en qualité d'agent polyvalent, conclu avec l'association " le coin familial ". Pour rejeter cette demande, le préfet du Pas-de-Calais a retenu, d'une part, que M. B n'était pas muni d'un visa long séjour et, d'autre part, que le contrat à durée déterminée d'insertion entrait dans la catégorie des contrats ne permettant pas la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié ou de travailleur temporaire. Il n'est pas sérieusement contesté que M. B n'était pas titulaire du visa long séjour mentionné par les stipulations citées aux points 3 et 4. Egalement, contrairement à ce que soutient le requérant, il résulte de l'application combinées des dispositions du code du travail, citées au point 5, qu'un contrat à durée déterminée d'insertion relève des dispositifs en faveur de l'emploi qui ne permettent pas la délivrance d'un titre de séjour pour motifs professionnels. Par suite, M. B, qui au demeurant, ne justifie pas de ce qu'une demande d'autorisation de travail a effectivement été transmise à l'autorité compétente, n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais aurait méconnu les stipulations des articles 7 et 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ni qu'il aurait méconnu les dispositions de l'article R. 5221-6 du code du travail.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. S'il en résulte que les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens, le préfet peut toujours délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit en appréciant, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

8. M. B se prévaut d'une présence continue sur le territoire français depuis le

16 avril 2019, indiquant être entré muni d'un visa court séjour délivré par les autorités espagnoles, puis avoir été hébergé par un oncle résidant à Anzin, avant d'être hébergé à compter du 21 juillet 2020 au sein du centre d'hébergement et de réinsertion sociale, géré par l'association " Le coin familial " à Arras. M. B se prévaut également de ses qualifications professionnelles acquises avant son arrivée en France et développées depuis lors, ainsi que de démarches d'insertion professionnelle consistant dans un contrat de qualification comme tourneur fraiseur conclu le 17 octobre 2019, d'un contrat saisonnier à l'automne 2021 et d'une promesse d'embauche datée du 17 janvier 2022 postérieurement à la date de la décision attaquée. Il ressort ainsi des pièces du dossier qu'il a exercé en Algérie différentes activités professionnelles comme tourneur fraiseur entre le 8 janvier 2004 et le 13 septembre 2010 puis entre le 1er janvier 2012 et le 4 mars 2012, comme coiffeur entre le 7 janvier 2013 et le

27 mars 2014, comme manœuvre entre le 12 avril 2014 et le 21 août 2014, comme ferrailleur machiniste entre le 1er février 2015 et le 31 mai 2016, comme carreleur entre le 6 novembre 2016 et le 1er août 2018 et enfin comme monteur mécanique entre le 9 septembre 2018 et le 28 novembre 2018. M. B, dont la présence en France est récente, qui a bénéficié de l'accompagnement de l'association " Le coin familial ", est célibataire et sans charge de famille sur le territoire français, où il ne justifie pas avoir noué des liens privés et familiaux d'une particulière intensité alors qu'il a vécu en Algérie jusqu'à l'âge de trente-cinq ans, où il a exercé une activité professionnelle quasiment ininterrompue entre 2004 et 2018. Eu égard à sa situation personnelle telle qu'elle vient d'être exposée, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Pas-de-Calais a refusé de l'admettre exceptionnellement à séjourner en France.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Pas-de-Calais lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Compte tenu de ce qui a été dit au point 9, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

12. Compte tenu de ce qui a été dit au point 9, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Pas-de-Calais lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et, étant partie perdante dans la présente instance, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Pas-de-Calais.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président de la formation de jugement,

M. Lemaire, président,

Mme Dang, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.

La rapporteure,

Signé

Signé

L. A

Le président,

Signé

Signé

M. CLa greffière,

Signé

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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