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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2201003

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2201003

mardi 2 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2201003
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantRIVIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 février 2022, M. A, représenté par Me Rivière, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, en application des dispositions des articles L. 911-1, L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée, entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et d'erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît également les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est fondée sur une décision de refus de titre de séjour elle-même illégale ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de motivation,

- elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 mars 2022.

Des pièces et un mémoire, présentés pour M. A, ont été enregistrés le 14 mars et le 3 mai 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bergerat, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, né en 2003, de nationalité sénégalaise, est entré en France, selon ses déclarations, le 19 février 2019. Le 18 avril 2019, il a fait l'objet d'une mesure de placement provisoire à l'aide sociale à l'enfance, maintenu du 18 avril 2019 jusqu'au 18 avril 2021. Le 24 août 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de " mineur placé auprès de l'aide sociale à l'enfance - placement avant l'âge de 16 ans ". Par un arrêté du 16 novembre 2021, le préfet du Nord a refusé de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par le préfet du Nord, M. D B. Par suite, le moyen tiré de ce que le signataire dudit arrêté n'aurait pas disposé de la compétence nécessaire, ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Notamment, il ressort des termes de l'arrêté du 16 novembre 2021 que le préfet du Nord a examiné les conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français de l'intéressé, les éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale ainsi que son cursus scolaire. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait insuffisamment motivée et que, par conséquent, elle serait entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".

5. Pour refuser de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité sur le fondement des dispositions précitées, le préfet du Nord s'est fondé sur les motifs tirés de ce que l'intéressé ne démontrait pas, eu égard à ses résultats scolaires, le caractère réel et sérieux du suivi de sa formation et n'était pas dépourvu de liens privés et familiaux dans son pays d'origine où réside sa sœur. M. A soutient que ses mauvais résultats sont dus à ses difficultés à l'apprentissage de la langue française mais qu'il poursuit son cursus scolaire au titre de l'année 2021-2022 après avoir effectué plusieurs stages au cours de l'année 2020. Toutefois, il ressort du bulletin du second semestre de l'année 2020-2021 que l'intéressé n'a pas rendu tous ses devoirs, est invité à fournir davantage d'efforts et que ses nombreuses absences ne permettent pas une évaluation correcte. En outre, si ses parents sont décédés, il a conservé des liens, certes ponctuels, avec le seul membre de sa famille resté dans son pays d'origine, sa sœur. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord aurait inexactement appliqué les dispositions précitées en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, M. A, âgé de dix-neuf ans, fait valoir qu'il est volontaire dans la poursuite de sa scolarisation engagée depuis son entrée en France, qu'il a noué de nombreuses relations amicales et qu'il pratique une activité sportive sur le territoire français. Toutefois, il est constant que son arrivée sur le territoire français est récente et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Sénégal où réside sa sœur et où il a vécu jusqu'à l'âge de quinze ans. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour porte une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En cinquième lieu, M. A fait valoir que le préfet du Nord n'a pas suffisamment pris en compte sa présence en France depuis deux ans et demi, son implication dans ses études et le sport, les liens amicaux noués sur le territoire français et l'accompagnement par l'aide sociale à l'enfance ainsi que la conclusion d'un contrat de jeune majeur. Il soutient que la décision attaquée l'empêchera d'achever son contrat d'apprentissage et d'obtenir son certificat d'aptitude professionnelle et qu'elle met à mal les efforts d'intégration menés depuis son arrivée en France. Toutefois, ces considérations n'établissent pas que le préfet du Nord aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences du refus de séjour sur sa situation personnelle dès lors, notamment, ainsi que précisé, qu'il ne remplit pas les conditions pour la délivrance du titre de séjour sollicité compte tenu de l'absence de suivi réel et sérieux de sa scolarité caractérisée par de nombreuses absences. Le moyen, tel qu'invoqué, doit donc être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En sixième lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ainsi que de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. En septième lieu, il ressort des termes de l'arrêté du 16 novembre 2021 que la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Outre la mention de ce que la vie ou la liberté de M. A ne sont pas menacées dans son pays d'origine ou qu'il n'y est pas exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le préfet du Nord a précisé des éléments personnels et familiaux permettant d'apprécier la situation de l'intéressé pour l'édiction de la décision attaquée. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

10. En huitième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé par la voie de l'exception, tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

11. En neuvième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé par la voie de l'exception, tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. En dixième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

13. Il résulte de ces dispositions combinées que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

14. La décision par laquelle le préfet du Nord a fait interdiction à M. A de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an vise les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et permet de considérer que l'ensemble des critères énoncés par ce dernier article a été pris en compte. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

15. En dernier lieu, il résulte par ailleurs de ce qui précède, que l'entrée de M. A sur le territoire français est récente, qu'il est célibataire sans enfant sur le territoire français et n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Sénégal où réside sa sœur. En outre, le préfet du Nord a considéré qu'il représentait une menace pour l'ordre public, sans que l'intéressé ne le conteste utilement, dès lors qu'il était connu défavorablement des services de police, notamment pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Dans ces conditions, alors même qu'il n'aurait pas fait l'objet d'un précédente mesure d'éloignement, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en interdisant son retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet du Nord aurait commis une erreur d'appréciation. Le moyen doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

17. Le présent jugement qui rejette les conclusions aux fins d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil de M. A une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Perdu, présidente,

- Mme Bergerat, première conseillère,

- M. Fabre, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2022.

La rapporteure,

signé

S. BERGERAT

La présidente,

signé

S. PERDULa greffière,

signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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