mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2201157 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | MARCILLY |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2201157 les 15 février, 28 juin et 22 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Marcilly, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2022 par lequel le préfet du Nord a prononcé la fermeture de l'établissement " ch'ti bar ", sis place Jean-Baptiste Lebas à Wahagnies, pour une durée de quinze jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est dépourvu de motivation ;
- il ne lui a pas été régulièrement notifié dès lors qu'il ne s'est pas vu remettre de copie de l'arrêté du 31 janvier 2022 ;
- il est entaché d'un vice de procédure faute d'avertissement préalable ;
- il est entaché d'erreur dans la matérialité des faits ;
- il est entaché d'erreur d'appréciation dès lors que la chute à vélo du 14 novembre 2021 ne constitue pas une atteinte à l'ordre public permettant de justifier une fermeture ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à la durée de la fermeture administrative.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 juin et 4 août 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.
II. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2207049 les 16 septembre et 22 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Marcilly, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité d'un montant de 6 761,08 euros en réparation des préjudices subis en raison de l'illégalité de l'arrêté du 31 janvier 2022 par lequel le préfet du Nord a prononcé la fermeture de l'établissement " ch'ti bar ", sis place Jean-Baptiste Lebas à Wahagnies, pour une durée de quinze jours, assortie des intérêts au taux légal à compter du 24 juin 2022, date de réception de sa demande préalable, et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté du 31 janvier 2022 est entaché d'illégalité fautive dès lors que :
o il est dépourvu de motivation ;
o il ne lui a pas été régulièrement notifié dès lors qu'il ne s'est pas vu remettre de copie de l'arrêté du 31 janvier 2022 ;
o il est entaché d'un vice de procédure faute d'avertissement préalable ;
o il est entaché d'erreur dans la matérialité des faits ;
o il est entaché d'erreur d'appréciation dès lors que la chute à vélo du 14 novembre 2021 ne constitue pas une atteinte à l'ordre public permettant de justifier une fermeture ;
o il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à la durée de la fermeture administrative ;
- l'illégalité fautive de l'arrêté du 31 janvier 2022 est à l'origine d'un préjudice économique et d'un préjudice d'image d'un montant respectif de 3 761,08 et 3 000 euros dont il est fondé à demander la réparation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Horn,
- et les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B exploite un établissement de débit de boissons à l'enseigne " ch'ti bar " situé place Jean-Baptiste Lebas à Wahagnies (59261). Suite à la transmission d'un rapport de gendarmerie du 16 décembre 2021, le préfet du Nord a, par un arrêté du 31 janvier 2022, prononcé la fermeture administrative de cet établissement pour une durée de quinze jours au motif que le fonctionnement de ce débit de boissons occasionnait des troubles à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité et à la moralité publiques. Par sa requête n° 2201157, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté. Par un courrier du 22 juin 2022, reçu le 24 juin suivant, M. B a sollicité du préfet du Nord l'indemnisation des préjudices subis en raison de l'illégalité de l'arrêté du 31 janvier 2022 à hauteur de 6 067, 19 euros. Une décision implicite de rejet de cette demande est née le 24 août 2022. Par sa requête n°2207049, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 6 067,19 euros en réparation des préjudices subis.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées n°s 2201157 et 2207049, qui concernent les mêmes parties, présentent à juger des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable au litige : " 1. La fermeture des débits de boissons et des restaurants peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas six mois, à la suite d'infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements. Cette fermeture doit être précédée d'un avertissement qui peut, le cas échéant, s'y substituer, lorsque les faits susceptibles de justifier cette fermeture résultent d'une défaillance exceptionnelle de l'exploitant ou à laquelle il lui est aisé de remédier. / 2. En cas d'atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publiques, la fermeture peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas deux mois. Le représentant de l'Etat dans le département peut réduire la durée de cette fermeture lorsque l'exploitant s'engage à suivre la formation donnant lieu à la délivrance d'un permis d'exploitation visé à l'article L. 3332-1-1. () / 5. A l'exception de l'avertissement prévu au 1, les mesures prises en application du présent article sont soumises aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration. /()/ ".
4. L'arrêté du 31 janvier 2022, fondé sur le 2. de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique et qui fait état des différents troubles à l'ordre public, à la santé à la tranquillité et à la moralité publiques, qui sont imputables à l'établissement " ch'ti bar ", comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivé. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, dès lors que les conditions de notification d'une décision administrative, si elles sont susceptibles d'avoir une incidence sur son opposabilité, sont sans incidence sur sa légalité, le requérant ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué ne lui a pas été régulièrement notifié faute de s'en être vu remettre une copie par les forces de l'ordre.
6. En troisième lieu, il ressort des motifs de l'arrêté contesté que le préfet du Nord s'est fondé exclusivement sur l'atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité et à la moralité publiques et sur les dispositions prévues au 2. de l'article L. 3332-15 du code précité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de fermeture aurait dû être précédée d'un avertissement, lequel n'est exigé que s'agissant des fermetures prononcées en application du 1. du même article, doit être écarté comme inopérant.
7. Les dispositions citées au point 3 confèrent au représentant de l'Etat dans le département le pouvoir d'ordonner, au titre de ses pouvoirs de police, les mesures de fermeture d'un établissement qu'appelle la prévention de la continuation ou du retour de désordres liés à sa fréquentation ou à ses conditions d'exploitation. L'existence d'une atteinte à l'ordre public de nature à justifier la fermeture d'un établissement doit être appréciée objectivement. La condition, posée par les dispositions précitées, tenant à ce qu'une telle atteinte soit en relation avec la fréquentation de cet établissement peut être regardée comme remplie, indépendamment du comportement des responsables de cet établissement.
8. Pour prononcer la fermeture litigieuse, le préfet du Nord, après avoir relevé qu'il ressortait du rapport de la gendarmerie nationale que, d'une part, le 14 novembre 2021, à 21h00, une personne fortement alcoolisée qui sortait de l'établissement " ch'ti bar " et ayant chuté à vélo sur la route départementale D954 entre les communes de Wahagnies et de Thumeries avait été retrouvée, inconsciente sur la voie publique, et que, d'autre part, le 27 novembre 2021, à 21h00, les gendarmes avaient constaté qu'un individu avait consommé de l'alcool dans ce même établissement, et, sous l'empire d'un état alcoolique, avait heurté avec son véhicule un autre véhicule en stationnement, s'est fondé sur le " trouble à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité et à la moralité publiques " occasionné par le fonctionnement de ce débit de boissons.
9. En quatrième lieu, d'une part, s'agissant des faits constatés le 14 novembre 2021, si le rapport établi par la gendarmerie nationale ne saurait faire foi jusqu'à preuve contraire que pour ce qui ce concerne ce que l'auteur du rapport a personnellement vu, entendu ou constaté personnellement, le requérant, informé de l'identité de la personne retrouvée inconsciente par les forces de l'ordre, n'apporte aucun élément ni aucune pièce, de nature à remettre en cause la matérialité des faits constatés le 14 novembre 2021 et le lien entre ces faits et la fréquentation de son établissement. Les circonstances que l'individu ait été inconscient lors de l'intervention des forces de l'ordre, qu'il n'est pas justifié de son audition, ou que la commune de Thumeries comporte d'autres débits de boissons où l'individu aurait pu consommer de l'alcool, ne sont pas par elles-mêmes de nature à remettre en cause la matérialité des faits constatés dans le rapport de gendarmerie du 16 décembre 2021. D'autre part, s'agissant des faits constatés le 27 novembre 2021 pour un conducteur alcoolisé ayant heurté un véhicule en stationnement, il ressort des pièces du dossier que ce dernier, qui avait un taux d'alcool retenu après application de la marge d'erreur de 0,97 mg/l d'air expiré, a déclaré avoir consommé plusieurs bières de cinquante centilitres dans l'établissement " ch'ti bar ". Si le requérant soutient que la marque de bière que la personne en cause a déclaré avoir consommé n'est pas servie par l'établissement, à supposer même cette allégation établie, elle n'est pas de nature à elle seule à remettre en cause la matérialité des faits constatés et décrits de manière circonstanciée par le rapport du 16 décembre 2021 sur la base des éléments recueillis lors de l'audition de l'auteur des faits. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit être écarté.
10. En cinquième lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit et le requérant n'apportant aucun élément probant ni aucune pièce de nature à remettre en cause sérieusement le lien entre les faits constatés les 14 et 27 novembre 2021 et la fréquentation ou les conditions d'exploitation de son établissement, un tel lien doit être regardé comme établi. Dans ces conditions, le préfet du Nord a pu, sans commettre d'erreur dans la qualification juridique des faits, considérer que le fonctionnement du " ch'ti bar " avait été à l'origine de troubles à l'ordre public de nature à justifier la fermeture de l'établissement sur le fondement du 2. de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique.
11. En sixième et dernier lieu, eu égard à la nature des troubles à l'ordre public résultant du l'établissement ou de ses conditions d'exploitation, ainsi qu'à leur réitération à quinze jours d'intervalle, le choix d'une durée de fermeture de quinze jours, qui constitue le quart du quantum maximum de fermeture en application du 2. de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, n'est pas manifestement disproportionné. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant à la durée de la fermeture doit être écarté.
Sur les conclusions indemnitaires :
12. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'illégalité fautive de l'arrêté du 31 janvier 2022, les conclusions indemnitaires de M. B présentées sur ce seul fondement ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, verse les sommes demandées par M. B dans les deux instances au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°s 2201157 et 2207049 de M. B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la M. A B et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Baillard, président,
- Mme Leclère, première conseillère,
- M. Horn, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. HORNLe président,
Signé
B. BAILLARD
La greffière,
Signé
S. DEREUMAUX
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Nos 2201157 et 2207049
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026