mardi 12 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2201167 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LE BORGNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées le 17 février 2022 et le 20 septembre 2022, la Société par Action Simplifiée Unipersonnelle (SASU) Dynamic Auto, représentée par Me Le Borgne, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 janvier 2022 par laquelle le préfet du Nord a décidé de suspendre et de résilier l'habilitation individuelle n°214079 dont elle était titulaire afin de l'autoriser à instruire les demandes d'immatriculation et les télétransmettre dans le système d'immatriculation des véhicules (SIV) ;
2°) de mettre à la charge du préfet du Nord la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- cette décision a été signée par une personne dont il n'est pas établi qu'elle était compétente pour ce faire ;
- le principe " non bis in idem " est méconnu dès lors qu'elle a déjà été sanctionnée pour une partie des faits reprochés par une décision du 6 juillet 2022 lui ayant infligé une suspension de son habilitation pour une durée de trois mois ;
- le préfet du Nord a commis une erreur d'appréciation dès lors que la sanction prononcée est disproportionnée ;
- les irrégularités qui lui sont imputées relèvent de la responsabilité des services de la préfecture qui ne les ont pas détectées en amont ;
- elle n'a pas été bénéficiaire des formations dispensées par les services de l'Etat concernant l'utilisation du SIV ;
- les irrégularités relevées à son encontre sont mineures ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article X de la convention d'habilitation du 2 février 2018 qui prévoient un préavis de deux mois avant sa résiliation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2022, le préfet du Nord, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction a été fixée au 27 septembre 2024 à 12 h 00 par une ordonnance du 6 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monteil,
- et les conclusions de M. Even, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SASU Dynamic Auto a été habilitée le 2 février 2018 à exercer l'activité d'intermédiaire de la demande d'immatriculation pour le compte du ministère de l'intérieur et de l'usager et a signé avec le préfet du Nord le même jour une convention d'habilitation individuelle " professionnel de l'automobile " n°214079, en application du 1 de l'article 18 de l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules. Par une décision du 12 janvier 2022, dont la requérante demande l'annulation, le préfet du Nord a décidé de procéder au retrait de cette habilitation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de retrait de l'habilitation de la SASU Dynamic Auto :
2. En premier lieu, la décision contestée a été prise par M. A B, directeur de la règlementation et de la citoyenneté de la préfecture du Nord, qui était compétent pour ce faire en vertu d'un arrêté du 30 septembre 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 225 de l'Etat dans le département du Nord. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes d'une part, du sixième alinéa de l'article R. 322-1 du code de la route alors en vigueur, la demande de certificat d'immatriculation d'un véhicule à moteur " est adressée au ministre de l'intérieur par le propriétaire, soit directement par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile agréé par le ministre de l'intérieur ".
4. Aux termes, d'autre part, de l'article IV de la convention n° 214079 du 2 février 2018 habilitant la SASU Dynamic Auto à recueillir l'ensemble des données nécessaires aux opérations d'immatriculation d'un véhicule et à les transmettre dans le système d'immatriculation des véhicules: " Le professionnel habilité s'engage à : / () - Transmettre au SIV les données nécessaires aux opérations d'immatriculation des véhicules dans le respect de la réglementation et de règles de fonctionnement du système () / - Faire connaître au préfet territorialement compétent, dans le délai d'un mois, tout changement dans les données déclarées ou pièces justificatives présentées dans le cadre de la présente convention () " et de son article X : " En cas de manquements répétés aux obligations de la présente convention du professionnel habilité, le professionnel territorialement compétent organise une procédure de concertation pour mettre un terme à ces manquements. () ".
5. L'article X de la convention d'habilitation précité permet à l'autorité administrative de résilier l'habilitation d'accès au système d'immatriculation des véhicules (SIV) à un professionnel de l'automobile lorsqu'il constate des manquements répétés aux obligations de la convention de la part de ce dernier. Cette mesure de résiliation ne constitue pas une sanction, mais une mesure de police justifiée par l'intérêt qui s'attache à la règlementation de l'immatriculation des véhicules. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du " non bis in idem ", soulevé par le requérant qui rappelle qu'il avait déjà fait l'objet d'une décision en date du 6 juillet 2022 suspendant son habilitation pour une durée de trois mois après que le préfet du Nord eut constaté une partie des irrégularités justifiant également la décision litigieuse du 12 janvier 2022, est inopérant et doit être écarté.
6. En troisième lieu, la SASU Dynamic Auto soutient qu'en ne contrôlant que douze dossiers, le préfet du Nord n'a en réalité vérifié qu'1,6% des dossiers d'immatriculation qu'elle a traités en 2021, ce qui constitue un échantillon trop peu représentatif pour justifier de la réalité de ses manquements. Toutefois, les irrégularités relevées par le préfet du Nord concernaient 83% des douze dossiers qu'il a examinés lors de trois opérations de contrôle successives, le 10 mars 2021, le 9 juin 2021 et le 24 novembre 2021. La proportion des manquements relevés par rapport au nombre des dossiers contrôlés apparaît ainsi de nature à caractériser l'ampleur des manquements alors que, au surplus, trois dossiers sur les quatre dossiers examinés lors de la dernière opération de contrôle restaient irréguliers malgré les premières interventions de l'administration et la première mesure de suspension de l'habilitation de la requérante pour trois mois le 6 juillet 2022. Par suite, le préfet du Nord n'a commis aucune erreur d'appréciation en prenant la mesure de résiliation litigieuse en se fondant sur le résultat des contrôles de douze dossiers traités par la SASU Dynamic Auto.
7. En quatrième lieu, la requérante ne peut se prévaloir d'un défaut de contrôle allégué du préfet du Nord à relever les informations manquantes dans les dossiers qu'elle a transmis pour justifier de ses propres manquements à renseigner de façon complète et exacte les informations relatives aux demandes d'immatriculation dans le SIV. Par suite, le moyen tiré du défaut de vigilance du préfet du Nord est inopérant et doit être écarté.
8. En cinquième lieu, et outre le fait que la SASU Dynamic Auto a été destinataire, par deux courriers électroniques du 8 juillet 2019 et du 26 août 2020 du guide des pièces justificatives réglementaires pour accomplir les démarches liées à l'immatriculation des véhicules, et qu'elle a été invitée à s'y référer dans chacun des trois courriers consécutifs de contrôle de dossier, l'Etat n'est débiteur d'aucune obligation de formation des professionnels qui sollicitent une habilitation pour le SIV. Par suite, le moyen tiré du défaut de formation soulevé par la SASU Dynamic Auto est inopérant et doit être écarté.
9. En sixième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'au moins la moitié des dossiers contrôlés par le préfet du Nord en 2021 étaient incomplets ou mal remplis, soit que les informations soient renseignées " a minima ", soit qu'il manque le numéro de réception ou que le taux de CO² et la classe environnementale n'aient pas été reportés. Dans ces derniers cas, qui concernent un dossier WW-516-RD contrôlé le 9 juin 2021 et encore trois dossiers WW-314-DH, WW-303-ES et WW-396-FK contrôlés le 24 novembre 2021, malgré la première mesure de suspension d'habilitation SIV de la SASU Dynamic Auto du 6 juillet 2022, ces défauts de renseignements ont entraîné la production d'un certificat d'immatriculation provisoire non conforme. Par ailleurs, pour deux dossiers DV-158-FW et FV-151-ZX contrôlés le 9 juin 2021, la déclaration d'achat a été enregistrée dans le SIV au-delà du délai réglementaire de quinze jours. Par suite, alors que seuls deux dossiers sur les douze contrôlés en 2021 étaient conformes, ce qui n'est pas contesté par la requérante, et que les mêmes erreurs ont pu être répétées malgré différent contrôles et rappels à la règlementation, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation et que la décision de retrait de son habilitation ait été disproportionnée par rapport aux manquements qui lui étaient reprochés.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de résiliation de l'habilitation individuelle n°214079 de la SASU Dynamic Auto doivent être rejetés.
En ce qui concerne le délai de préavis d'un mois :
11. Aux termes de l'article X, " Suspension et résiliation ", de la convention n° 214079 du 2 février 2018 habilitant la SASU Dynamic Auto à recueillir l'ensemble des données nécessaires aux opérations d'immatriculation d'un véhicule et à les transmettre dans le système d'immatriculation des véhicules : " 1) Suspension et résiliation à l'initiative du préfet : () En cas d'échec avéré de cette concertation, le préfet peut suspendre ou, moyennant le respect d'un préavis de deux mois, notifier par lettre recommandé avec accusé de réception de la résiliation de la présente convention () ".
12. Par la décision querellée, le préfet du Nord a prononcé une résiliation de la convention d'habilitation n° 214079 du 2 février 2018 dans le délai d'un mois suivant la notification du présent courrier, et il ressort des écritures en défense que ladite résiliation a effectivement pris effet le 15 février 2022. Il s'ensuit que le préavis de deux mois prévu à l'article X précité de la convention en cause n'a pas été respecté.
13. Il résulte de ce qui précède que la décision du 12 janvier 2022 du préfet du Nord doit seulement être annulée en tant qu'elle n'a pas respecté le délai de préavis de deux mois.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du préfet du Nord, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante pour l'essentiel, le versement d'une somme au titre des frais exposés par la SASU Dynamic Auto, et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 12 janvier 2022 par laquelle le préfet du Nord a résilié l'habilitation individuelle n°214079 dont la SASU Dynamic Auto était titulaire est annulée en tant qu'elle n'a pas respecté le délai de préavis de deux mois.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la Société par Action Simplifiée Unipersonnelle (SASU) Dynamic Auto et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
M. Lemée, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.
La rapporteure,
Signé
A.-L. MONTEIL
Le président,
Signé
X. FABRE
Le greffier,
Signé
A. DEWIERE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026