mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2201246 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SCP MOUGEL-BROUWER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 février 2022, la société par actions simplifiée (S.A.S.) Baelden, représentée par Me Haudiquet, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 14 janvier 2022 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer une autorisation de travail présentée en faveur de M. D B pour un emploi d'aide chaudronnier ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi que la décision ait été prise par une autorité compétente, dès lors qu'il existe une incertitude sur l'identité de l'autorité décisionnaire et que le préfet ne peut déléguer sa signature à un cadre de la préfecture ;
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée, dès lors qu'elle n'indique pas en quoi l'accident du 10 août 2018 constituerait un manquement grave à ses obligations au sens de l'article R. 5221-20 du code du travail ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle n'a jamais fait l'objet d'une condamnation pénale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, en l'absence de manquement grave en matière de sécurité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Baelden ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fougères,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Baelden, qui emploie quinze salariés et a pour activité principale la chaudronnerie, la mécanique, l'étude, la réparation et la réalisation d'ensembles mécano-soudés, a sollicité le 14 janvier 2022 une autorisation de travail en faveur de M. D B, ressortissant burkinabé, pour un emploi d'aide chaudronnier en contrat à durée déterminée à compter du 7 juillet 2021. Par une décision du 14 janvier 2022, le préfet du Nord a refusé de délivrer l'autorisation de travail sollicitée. Par la présente requête, la société Baelden demande au tribunal l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 14 octobre 2004 relatif à la délégation de gestion dans les services de l'Etat : " La délégation de gestion est l'acte par lequel un ou plusieurs services de l'Etat confient à un autre service de l'Etat, pour une durée limitée éventuellement reconductible, la réalisation, pour leur compte, d'actes juridiques, de prestations ou d'activités déterminées concourant à l'accomplissement de leurs missions ". L'article 2 de ce même décret ajoute : " La délégation de gestion fait l'objet d'un document écrit qui précise la mission confiée au délégataire, les modalités d'exécution financière de la mission ainsi que les obligations respectives des services intéressés. / Ce document fixe les conditions dans lesquelles il est rendu compte de l'exécution de la délégation. / La délégation de gestion est publiée ".
3. Par une convention de délégation de gestion en matière de main d'œuvre étrangère signée le 31 mars 2021, régulièrement publiée le 8 avril 2021 au recueil des actes administratifs n° 84 du département du Nord et le 7 avril 2021 au recueil spécial des actes administratifs n° 40 du département du Pas-de-Calais, le préfet du Nord a délégué au préfet du Pas-de-Calais, en application de l'article 2 précité du décret du 14 octobre 2004 et dans le cadre des dispositions du code du travail et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'instruction des demandes d'autorisation de travail et les décisions en cette matière, pour une durée d'un an avec reconduction tacite. Par ailleurs, par un arrêté n° 2020-10-30 du 22 avril 2021, publié le même jour au recueil spécial n° 51 des actes administratifs de l'Etat dans le département du Pas-de-Calais, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à Mme C A, directrice adjointe du travail, responsable de la plateforme interrégionale de service de main d'œuvre étrangère de Béthune, signataire de la décision contestée, à l'effet de signer, notamment, les refus d'autorisation de travail. Au vu de l'arrêté et de la convention précités, régulièrement publiés, la mention " pour le préfet du Nord, pour le préfet du Pas-de-Calais, par délégation " n'est pas de nature à faire obstacle à l'identification de l'auteur de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision contestée vise l'article R. 5221-20 du code du travail et énonce que les services de l'inspection du travail du département du Nord ont constaté des manquements graves de la part de la société Baelden en matière de santé et sécurité au travail, en citant le procès-verbal établi par ces services le 4 septembre 2019 à la suite d'un accident du travail, de sorte qu'elle comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, de manière suffisamment circonstanciée pour, d'une part, mettre l'intéressée en mesure d'en discuter utilement les motifs et, d'autre part, permettre au juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision en litige doit être écarté.
5. En troisième lieu, si la société Baelden soutient, sans être contestée, n'avoir jamais fait l'objet d'une condamnation pénale, il ressort de la décision attaquée que celle-ci est fondée sur le constat par l'inspection du travail de manquements graves en matière de santé et de sécurité au travail, sans qu'importe la circonstance que les termes " condamnation pénale " aient été mis en caractères gras. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
6. En dernier lieu, l'article L. 5221-2 du code du travail dispose : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. " Aux termes de l'article R. 5221-20 du même code : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : / () / 2° S'agissant de l'employeur mentionné au II de l'article R. 5221-1 du présent code : / () / b) Il n'a pas fait l'objet de condamnation pénale pour le motif de travail illégal tel que défini par l'article L. 8211-1 ou pour avoir méconnu des règles générales de santé et de sécurité en vertu de l'article L. 4741-1 et l'administration n'a pas constaté de manquement grave de sa part en ces matières ; / () ".
7. Pour refuser à la société Baelden l'autorisation de travailler qu'elle sollicitait en faveur de M. B, le préfet du Nord s'est fondé sur l'existence d'un constat de manquement grave en matière de santé et de sécurité au travail, au motif que les services de l'inspection du travail du Nord ont dressé un procès-verbal, " consécutif à un accident du travail, en date du 4 septembre 2019 pour des infractions d'emploi de travailleur sans organisation et dispense d'une information et formation pratique et appropriée en matière de santé et sécurité ainsi que d'exécution de travaux de maintenance sans respect des règles de sécurité ".
8. Il ressort de ce procès-verbal établi le 4 septembre 2019 à la suite d'un accident du travail survenu le 10 août 2018 dans l'établissement de la société Baelden situé à Cappelle-la-Grande, que l'employeur a méconnu les articles L. 4321-1, R. 4323-7, R. 4323-14, R. 4141-2, R.4141-3, R.4141-8, R. 4141-13 et L. 4141-2 du code du travail. Deux types de manquements sont relevés à l'encontre de la société requérante : d'une part, un défaut d'information et de formation pratique et appropriée en matière de sécurité sur le risque de basculement et d'écrasement de la pièce de grande dimension, et d'autre part, un défaut de mise en œuvre des actions nécessaires pour maintenir cet équipement stable. Au regard tant de l'absence de mesures prises par la société requérante pour assurer la sécurité de ses salariés, en prévenant tout risque de basculement et d'écrasement lié à la manutention d'une pièce pesant environ deux tonnes, que des conséquences de l'accident du 10 août 2018, lequel a entraîné un arrêt de travail jusqu'au 16 janvier 2019, avant une reprise en mi-temps thérapeutique jusqu'au 1er mars 2020, ainsi qu'une incapacité totale permanente, évaluée à 2% du fait de la perte d'un orteil pour le salarié, et sans qu'importe la circonstance, à la supposer établie, que ce salarié était habitué à effectuer ce type de tâches, le préfet du Nord n'a pas méconnu les dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail précité en retenant que les deux manquements constatés dans le procès-verbal de l'inspection du travail dressé le 4 septembre 2019 revêtaient un caractère grave.
9. Il résulte de ce qui précède que la société Baelden n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision du 14 janvier 2022, et sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles relatives aux frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société Baelden est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée (S.A.S.) Baelden et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités des Hauts-de-France, au préfet du Nord et au préfet du Pas-de-Calais (plateforme de Béthune).
Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cotte, président,
M. Fougères, premier conseiller,
M. Goujon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
V. Fougères
Le président,
signé
O. Cotte La greffière,
signé
J. Vandewyngaerde
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026