mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2201378 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL DETREZ-CAMBRAI AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 février 2022 et 13 janvier 2023 et un mémoire non communiqué enregistré le 17 avril 2023, M. A B, représenté par Me Detrez-Cambrai, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2021 par lequel le maire d'Ostricourt l'a placé en disponibilité d'office à titre provisoire à compter du 9 octobre 2021 ainsi que la décision du 22 décembre 2021 par laquelle le maire a rejeté son recours gracieux et sa demande indemnitaire ;
2°) d'enjoindre à la commune d'Ostricourt de le placer en congé de longue durée et de procéder à la préparation de sa mise en retraite dans un délai de trois mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de condamner la commune d'Ostricourt à lui verser la somme de 63 947,60 euros en réparations des préjudices qu'il estime avoir subis ;
4°) de mettre à la charge de la commune d'Ostricourt la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors que le comité médical aurait dû être saisi pour avis ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'aucune procédure de reclassement n'a été initiée ;
- elles méconnaissent les dispositions des articles 57 et 72 de la loi du 26 janvier 1984 et 20, 21, 25 du décret du 30 juillet 1987 ;
- l'illégalité de sa mise en disponibilité d'office constitue une faute engageant la responsabilité de la commune ;
- la commune a également commis des fautes dans la gestion de sa situation statutaire, administrative et financière ;
- ces fautes et illégalités lui ont causé des préjudices évalués à un total de 63 947, 60 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés les 25 octobre 2022 et 21 mars 2023, la commune d'Ostricourt, représentée par Me Fillieux, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions à fin d'annulation sont tardives ;
- les moyens invoqués ne sont pas fondés ;
- aucune faute ne peut être retenue et en tout état de cause, le requérant ne rapporte pas la preuve de l'existence d'un préjudice.
Par ordonnance du 17 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 18 avril 2023.
Les parties ont été informées en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au maire d'Ostricourt de procéder aux diligences et à l'élaboration des actes administratifs tendant au placement à la retraite de M. B dès lors que l'intéressé a été admis à la retraite à compter du 1er juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boileau ;
- et les conclusions de Mme Grard, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, technicien principal de 2ème classe de la commune d'Ostricourt, a été placé en congé de longue maladie du 9 octobre 2018 au 8 octobre 2021. Le 15 janvier 2021, le comité médical a donné un avis favorable à la requalification de son congé pour maladie en congé de longue durée. La commune d'Ostricourt a saisi le comité médical supérieur et a, par un arrêté du 23 septembre 2021, placé provisoirement M. B en disponibilité d'office avec demi traitement à compter du 9 octobre 2021. Par un courrier reçu le 7 décembre 2021, M. B a sollicité auprès du maire de commune d'Ostricourt, d'une part, le retrait de cet arrêté et, d'autre part, l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis. Sa demande a été rejetée le 22 décembre 2021. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 23 septembre 2021 et la condamnation de la commune d'Ostricourt à l'indemniser des préjudices subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 23 septembre 2021 a été notifié à M. B le 29 septembre 2021 et que cet arrêté mentionnait les voies et délais de recours contentieux. Par conséquent, le recours gracieux adressé à la commune d'Ostricourt le 7 décembre 2021 était tardif et n'a pu avoir pour effet de proroger le délai de recours. La circonstance que l'arrêté en litige ne comportait pas la mention des voies et délais de recours gracieux est sans incidence et n'a pas eu pour effet de rendre le délai de recours contentieux inopposable. Par suite, la commune d'Ostricourt est fondée à soutenir que les conclusions à fin d'annulation enregistrées le 25 février 2022 sont tardives et doivent être rejetées, ainsi que les conclusions accessoires à fin d'injonction de placer M. B en congé de longue durée.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne l'illégalité de la mise en disponibilité d'office :
4. Toute illégalité fautive est, en principe et quelle qu'en soit la nature, susceptible d'engager la responsabilité de l'administration dès lors qu'elle présente un lien de causalité suffisamment direct et certain avec les préjudices invoqués, dont il appartient au demandeur d'établir la réalité et le bien-fondé.
5. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. () ". Aux termes de l'article 72 de la même loi : " () La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 57 () ". Aux termes de l'article 73 de cette même loi :" Un décret en Conseil d'Etat détermine les cas et conditions de mise en disponibilité, sa durée, ainsi que les modalités de réintégration des fonctionnaires intéressés à l'expiration de la période de disponibilité. ". Aux termes de l'article 19 du décret du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration : " La mise en disponibilité peut être prononcée d'office à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus () au premier alinéa du 3° () de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 et s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire dans les conditions prévues aux articles 81 à 86 de la loi du 26 janvier 1984 () ". Enfin, aux termes de l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984 : " Le fonctionnaire territorial reconnu, par suite d'altération de son état de santé, inapte à l'exercice de ses fonctions peut être reclassé dans un emploi d'un autre cadre d'emplois ou d'un autre corps ou dans un autre emploi () / Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé. () ".
6. Pour l'application de ces dispositions à un fonctionnaire bénéficiant d'un congé de longue maladie, il résulte de l'article 31 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable, que le comité médical doit donner son avis sur l'aptitude ou l'inaptitude présumée du fonctionnaire à reprendre ses fonctions lorsqu'il atteindra le terme de ses droits à congés. L'article 37 du même décret prévoit quant à lui que : " Le fonctionnaire ne pouvant, à l'expiration de la dernière période de congé de longue maladie ou de longue durée, reprendre son service est soit reclassé dans un autre emploi, en application du décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 susvisé, soit mis en disponibilité, soit admis à la retraite après avis de la commission de réforme prévue par le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales. () ". Enfin, aux termes de l'article 48 du même décret : " La mise en disponibilité prévue aux articles 17 et 37 du présent décret est prononcée après avis du comité médical ou de la commission de réforme sur l'inaptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions. () ".
7. Aux termes du premier alinéa de l'article 5 du décret du 30 juillet 1987 : " Le comité médical supérieur institué auprès du ministre chargé de la santé par le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 susvisé peut être appelé, à la demande de l'autorité compétente ou du fonctionnaire concerné, à donner son avis sur les cas litigieux, qui doivent avoir été préalablement examinés en premier ressort par les comités médicaux. () ".
8. Lorsque, pour l'application de l'ensemble des dispositions mentionnées aux points précédents, le comité médical supérieur est saisi d'une contestation de l'avis du comité médical, il appartient à l'employeur de prendre une décision provisoire dans l'attente de son avis pour placer le fonctionnaire dans l'une des positions prévues par son statut. Si l'agent a épuisé ses droits à congé de longue maladie et ne peut reprendre le service en raison de l'avis défavorable du comité médical, la circonstance que l'administration ait saisi le comité médical supérieur ne fait pas obstacle à ce que l'intéressé soit placé, par une décision à caractère provisoire et sous réserve de régularisation ultérieure par une décision définitive statuant sur sa situation y compris pendant la période couverte par la décision provisoire, en disponibilité d'office.
9. En premier lieu, les décisions plaçant d'office un fonctionnaire en disponibilité d'office en raison de l'expiration de ses droits statutaires à congé de maladie ne relèvent d'aucune des catégories de décisions qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. M. B ne peut donc utilement soutenir que l'arrêté du 23 septembre 2021, et a fortiori la décision du 22 décembre 2021 en tant qu'elle rejette son recours gracieux, n'auraient pas été motivés.
10. En deuxième lieu, le placement de M. B en disponibilité d'office présentant un caractère provisoire, dans l'attente de l'avis du comité médical supérieur sur la contestation portée par la commune d'Ostricourt, il n'avait pas à être précédé d'une nouvelle saisine du comité médical.
11. En troisième lieu, si le requérant fait valoir que l'arrêté le plaçant en disponibilité d'office à titre provisoire méconnait les droits à congé de longue durée qu'il tient de l'article 57 précité de la loi du 26 janvier 1984, il ne conteste pas qu'il avait épuisé ses droits à congé de longue maladie et il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'administration pouvait régulièrement le placer en disponibilité d'office dans l'attente de l'avis du comité médical supérieur.
12. En dernier lieu, l'arrêté litigieux a pour objet de placer M. B dans une position statutaire régulière dans l'attente de l'avis du comité médical supérieur. Par suite, et dès lors que M. B n'établit ni même n'allègue qu'il serait apte à exercer une activité professionnelle, la commune d'Ostricourt n'était pas tenue de lui proposer un reclassement. Par suite, le moyen tiré du défaut d'invitation à reclassement doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. B tendant à la réparation d'un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence, fondées sur l'illégalité fautive de l'arrêté du 23 septembre 2021, doivent être rejetées.
En ce qui concerne les autres fautes commises par la commune d'Ostricourt :
14. M. B soutient que son employeur aurait indûment perçu de la caisse primaire d'assurance maladie des sommes versées au titre de la rechute d'un accident de travail dont il a été victime en 1985, lorsque sa situation relevait du régime général, en faisant illégalement valoir son droit à subrogation. Toutefois, outre que le requérant ne rapporte pas la preuve de ce prétendu versement, il ne se prévaut d'aucun texte dont il aurait été inexactement fait application et qui établirait que cette somme aurait dû lui être versée à lui.
15. M. B demande également réparation d'une faute qui aurait été commise dans la gestion de ses congés annuels pour les années 2019 et 2020 et dans la gestion de son compte épargne temps. Il n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir tant l'existence d'une faute de la commune que celle d'un préjudice certain.
Sur les conclusions à fin d'injonction accessoires aux conclusions indemnitaires :
16. Dès lors que M. B a été admis à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er juin 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit enjoint au maire d'Ostricourt de procéder aux diligences et à l'élaboration des actes administratifs tendant au placement à la retraite du requérant.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Ostricourt, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de M. B une somme de 600 euros au titre des frais exposés par la commune d'Ostricourt et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au maire d'Ostricourt de procéder aux diligences et à l'élaboration des actes administratifs relatifs au placement à la retraite de M. B.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : M. B versera à la commune d'Ostricourt une somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune d'Ostricourt.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
M. Huguen, premier conseiller,
M. Boileau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
C. BOILEAU
La présidente,
Signé
A-M. LEGUIN La greffière,
Signé
S. SING
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026