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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2201388

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2201388

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2201388
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCHMIDT-SARELS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 février 2022, la SCI M.C.M, représentée par la SELARL Mereau-Machez avocats associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Willems a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de l'extension de bureaux et la construction d'une maison d'habitation sur un terrain situé 3 rue de l'Europe sur le territoire communal ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Willems de lui délivrer le permis de construire sollicité, ou à défaut de lui délivrer un permis de construire tacite ou de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Willems la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa demande ;

- il méconnait les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit, son projet ne concernant pas la construction d'une habitation pour un gardien.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2022, la commune de Willems, représentée par Me Schmidt-Sarels, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de

2 500 euros soit mise à la charge de la société M.C.M. au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leclère,

- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public,

- et les observations de Me Fortes, représentant la société M.C.M. et de

Me Avonture- Herbaut, substituant Me Schmidt-Sarels représentant la commune de Willems.

Considérant ce qui suit :

1. Par un dossier déposé le 14 octobre 2021 et complété les 16 novembre 2021 et 7 janvier 2022, la société civile immobilière M.C.M., représentée par M. A, a sollicité la délivrance d'un permis de construire pour l'extension de bureaux et la construction d'une maison d'habitation sur un terrain situé 3 rue de l'Europe sur le territoire communal.

Par sa requête, la société M.C.M. demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Willems a refusé de délivrer le permis de construire sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. ". Aux termes de l'article

L. 424-3 du même code : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet () ". En vertu de l'article A. 424-4 du même code, la décision statuant sur la demande de permis précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision.

3. En l'espèce, l'arrêté en litige énonce les textes dont il est fait application et les considérations de fait sur lesquelles le maire de la commune de Willems s'est fondé, à savoir l'absence d'insertion du projet dans son environnement et de nécessité d'une présence permanente sur le site impliquant la construction d'une habitation. Par suite, le moyen de l'insuffisance de motivation de l'arrêté litigieux doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le maire de Willems n'aurait pas procéder à un examen sérieux et complet de la demande d'autorisation d'urbanisme de la société requérante. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 de la section I du chapitre 2.1 concernant les dispositions particulières relatives aux zones économiques-UE du titre 1 du livre III du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la métropole européenne de Lille (MEL) : " Sont autorisés : () Lorsqu'une présence permanente est nécessaire pour assurer la surveillance ou le gardiennage des constructions et installations existantes ou autorisées par le présent règlement, est admis sur l'unité foncière : - soit un local de gardiennage intégré dans une construction nouvelle ou existante, soit une habitation dans la limite de 150 m² de surface de plancher. () ".

6. En l'espèce, le projet en litige consiste notamment en la construction d'une habitation de 142 m². Or, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une présence permanente est nécessaire pour assurer la surveillance ou le gardiennage des bureaux occupant le terrain d'assiette du projet. Ainsi, le projet en litige n'est pas autorisé en zone UE.

Par suite, le maire de la commune de Willems n'a entaché sa décision ni d'une erreur de fait, ni d'une erreur de droit au regard des dispositions précitées du règlement du PLUi de la MEL concernant les constructions autorisée en zone UE.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

Aux termes des dispositions du I de la section I du chapitre 3 du titre 2 du livre Ier du règlement du PLUi de la MEL : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

8. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales.

Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

9. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet se situe le long d'une rue accueillant des bâtiments de forme cubique à vocation professionnelle et d'aspects extérieurs hétérogènes et qu'à proximité se trouvent également des maisons d'habitation d'aspects divers. Dès lors, les lieux avoisinants du projet ne présentent pas de caractère ou d'intérêt particulier. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le projet de la société requérante consiste en l'extension d'un bâtiment de bureaux et en la construction d'une maison d'habitation contigüe en R+1 avec toiture plate. Le projet prévoit l'utilisation de briques rouge pour la maison et de briques noires pour l'extension. Compte tenu des caractéristiques des constructions situées à proximité du terrain, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet en litige ne permet pas de conserver une cohérence avec l'existant, ni qu'il porterait atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants.

Le maire de la commune de Willems a ainsi fait une inexacte application des dispositions des articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et 11UA du règlement du PLU et le moyen doit être accueilli.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'urbanisme : " Les constructions, même ne comportant pas de fondations, doivent être précédées de la délivrance d'un permis de construire ", ce dernier ne pouvant être accordé, en vertu de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme " que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique () ".

11. Il résulte de ces dispositions que la construction d'un ensemble immobilier unique, même composé de plusieurs éléments, doit en principe faire l'objet d'une seule autorisation de construire, sauf à ce que l'ampleur et la complexité du projet justifient que des éléments de la construction ayant une vocation fonctionnelle autonome puissent faire l'objet de permis distincts, sous réserve que l'autorité administrative vérifie, par une appréciation globale, que le respect des règles et la protection des intérêts généraux que garantirait un permis unique sont assurés par l'ensemble des permis délivrés.

En revanche, des constructions distinctes, ne comportant pas de liens physiques ou fonctionnels entre elles, font l'objet d'autorisations elles-mêmes distinctes, dont la conformité aux règles d'urbanisme est appréciée par l'autorité administrative pour chaque projet pris indépendamment. Lorsque les éléments d'un projet auraient pu faire l'objet d'autorisations distinctes, le juge de l'excès de pouvoir peut prononcer l'annulation partielle de l'arrêté attaqué en raison de la divisibilité des éléments qui le composent.

12. Il ressort des pièces du dossier qu'au sein du projet, le bâtiment à usage de bureaux permettant l'extension des locaux existants présente une vocation fonctionnelle autonome et divisible. Il en résulte que le motif tiré de la méconnaissance, par la partie du projet tendant à la construction d'une maison d'habitation, des dispositions de l'article 2 de la section I du chapitre 2.1 concernant les dispositions particulières relatives aux zones économiques-UE du titre 1 du livre III du règlement du PLUi de la MEL exposé au point 5 du présent jugement, n'est de nature à justifier le refus de permis de construire litigieux qu'en tant qu'il concerne cette partie spécifique du projet. En revanche, il résulte de ce qui a été énoncé au point 9 que l'autre motif mentionné par l'arrêté contesté ne pouvait légalement justifier le refus de permis de construire opposé par le maire en ce qui concerne l'extension du bâtiment à usage de bureaux.

13. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du maire de Willems en date du 14 janvier 2022 en tant qu'il refuse de délivrer un permis de construire pour l'extension d'un bâtiment à usage de bureaux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition.

Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

15. Le présent jugement annule le refus de permis de construire opposé à la société M.C.M. le 14 janvier 2022 en tant qu'il concerne l'extension d'un bâtiment à usage de bureaux après avoir censuré les deux motifs retenus par le maire de Willems dans sa décision.

Toutefois, il résulte de l'instruction que les dispositions de l'article 2 de la section I du chapitre 2.1 concernant les dispositions particulières relatives aux zones économiques-UE du titre 1 du livre III du règlement du PLUi de la MEL, applicables à la date de la décision annulée, n'autorisent pas les extensions de bâtiment à usage de bureaux, seules les constructions à usage d'artisanat et de commerce de détail l'étant. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'enjoindre au maire de la commune de Willems de délivrer à la société M.C.M. le permis de construire sollicité en vue de l'extension du bâtiment à usage de bureaux.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société requérante, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Willems demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Willems la somme demandée par la société M.C.M. sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 14 janvier 2022 du maire de la commune de Willems est annulé en tant qu'il n'autorise pas la construction d'une extension d'un bâtiment à usage de bureaux.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société M.C.M. et à la commune de Willems.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

M. LECLERE

Le président

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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