vendredi 22 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2201482 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DEWAELE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 2201482, le 28 février 2022, Mme A B, représentée par Me Dewaele, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé sur sa demande de convocation en préfecture du Nord en vue de l'enregistrement d'une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de la convoquer, d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de 48 heures suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sous réserve que ce dernier renonce à la part contributive de l'Etat en application combinée des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'auteur de la décision est incompétent ;
- la décision implicite est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- la décision a été prise en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article R. 431-3 de ce même code ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est disproportionnée au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par ordonnance du 2 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 décembre 2022.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2207027, les 15 et 21 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Dewaele, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2022 du préfet du Nord portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sous réserve que ce dernier renonce à la part contributive de l'Etat en application combinée des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'arrêté a été pris par un auteur incompétent ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lesquelles au surplus le préfet ne pouvait légalement se fonder ;
- elle méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 de ce code ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
-la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui a produit des pièces le 19 septembre 2022.
Par ordonnance du 21 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 octobre 2023.
Mme B a été admise au bénéficie de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 octobre 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Guyard a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante de la République démocratique du Congo, déclare être entrée en France en 2013. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée, le 9 juillet 2014, par la Cour nationale du droit d'asile. Elle a, par la suite, bénéficié d'un titre de séjour au motif de son état de santé régulièrement renouvelé de juillet 2015 à novembre 2018. Elle a fait l'objet de deux mesures d'éloignement prises les 16 mai 2019 et 5 octobre 2020 non exécutées. Le 6 septembre 2021, elle a sollicité la fixation d'un rendez-vous auprès des services de la préfecture dans le but de déposer une demande de titre de séjour en raison de son état de santé. Par sa requête enregistrée le 28 février 2022 sous le numéro n°2201482, Mme B demande au tribunal d'annuler le refus implicite du préfet de lui fixer rendez-vous en vue du dépôt d'une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade. Interpellée sur la voie publique lors d'un contrôle d'identité et de séjour le 13 septembre 2022, Mme B a fait l'objet d'un arrêté du préfet du Nord du 14 septembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, dont la requérante, demande l'annulation par une requête enregistrée sous le n° 2207027.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2201482 et n° 2207027 présentées pour Mme B, concernent la situation de séjour d'un même étranger et présentes des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
3. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée s'est vue accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 3 octobre 2022, s'agissant de la requête déposée le 15 septembre 2022. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions en annulation enregistrées sous le n° 2201482 :
4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B se prévaut de circonstances nouvelles relatives à son état de santé à raison d'un diagnostic médical effectué en juillet 2021 précisant qu'elle souffre désormais d'un diabète en plus de son suivi régulier pour un syndrome dissociatif et des hallucinations intrapsychiques. Il ressort également des pièces du dossier que Mme B a tenté en vain, par l'intermédiaire de son conseil, et à de nombreuses reprises les 6, 20 septembre, 5 et 28 octobre 2021 de prendre rendez-vous auprès des services de la préfecture du Nord afin de déposer un dossier de demande de titre de séjour motivé par sa situation médicale. Compte tenu de ses éléments, le refus implicite d'enregistrer ses demandes réitérées de dépôt de demande de titre de séjour, né de l'absence de réponse des services de la préfecture, doit être regardé comme entaché d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de la requérante.
6. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il convient de faire droit aux conclusions en annulation de la décision implicite de refus du préfet du Nord de fixer un rendez-vous à Mme B dans l'objectif de dépôt d'une demande de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la requête n° 2207027 :
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été interpellée sur la voie publique le 13 septembre 2022 dans le cadre d'un contrôle de vérification de circulation ou de séjour. Lors de son audition, Mme B a déclaré en réponse aux questions qui lui ont été posées qu'elle n'était pas détentrice d'un titre de séjour mais qu'elle avait déposé un recours et que son conseil suivait le dossier en cours d'appel, enfin, elle a précisé qu'elle souffrait du diabète et qu'il convenait de contacter son avocate. A l'issue de cette garde à vue, Mme B s'est vue délivrer une obligation de quitter le territoire français sans délai pour absence de titre de séjour. Or, il n'est pas contesté par le préfet que Mme B avait, précédemment à cette mesure d'éloignement, sollicité à plusieurs reprises auprès du préfet du Nord l'obtention d'un rendez-vous dans le but de déposer une demande de titre de séjour, notamment par plusieurs courriels de son conseil des 6 et 20 septembre 2021, les 5 et 28 octobre 2021 adressés aux services de la préfecture, lesquels en ont accusés réception le 6 octobre 2021 sans se prononcer explicitement sur cette demande ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement. Par suite, en fondant la délivrance de l'obligation de quitter le territoire français sur la situation irrégulière de la requérante, alors même que sa demande de délivrance d'un titre de séjour n'avait pas été dûment enregistrée et qu'aucun récépissé ne lui avait été délivré, le préfet du Nord ne peut être regardé comme ayant examiné de manière sérieuse et approfondie la situation particulière de Mme B. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés par la requérante, d'annuler la décision portant obligation de quitter le territoire français du 14 septembre 2022. Il s'ensuit que les décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français prises concomitamment doivent être annulées, par voie de conséquence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard aux motifs d'annulation retenu dans le présent jugement, l'exécution de ce dernier implique que le préfet du Nord procède au réexamen de la situation de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et qu'il lui délivre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais liés aux litiges :
9. Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Dewaele, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Dewaele de la somme globale de 1 000 euros.
DÉCIDE :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle présentée dans la requête n° 2207027.
Article 2 : La décision implicite de refus du préfet du Nord de fixer un rendez-vous à Mme B et l'arrêté du 14 septembre 2022 par lequel le préfet du Nord a fait obligation à Mme B de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans sont annulés.
Article 3 : L'Etat versera à Me Dewaele, sous réserve que cette dernière renonce à la part contributive de l'Etat, la somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Emilie Dewaele et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
Mme Guyard, première conseillère,
Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.
La rapporteure,
signé
S. GUYARD
La présidente,
signé
A-M. LEGUIN
La greffière,
signé
S. SING
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2201482 ; 2207027
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026