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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2201751

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2201751

mardi 2 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2201751
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCLEMENT D'ARMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 mars 2022, M. D C, représenté par Me Clément, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " ou à défaut de réexaminer sa demande de titre de séjour et dans cette attente de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard en application des articles L. 911-1 à L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit, d'un défaut d'examen sérieux ainsi que d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est fondée sur une décision de refus de titre de séjour qui est illégale ;

- elle méconnaît le principe général du respect des droits de la défense, garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît, par ailleurs, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est fondée sur une décision de refus de titre de séjour et une obligation de quitter le territoire français illégales ;

- les dispositions du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas compatibles avec les exigences du 2 de l'article 7 de la directive 2008/115/CE ;

- en ne prenant pas en compte sa situation pour envisager l'opportunité de lui accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, le préfet du Nord a commis une erreur de droit et d'appréciation et a également entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de la situation du requérant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est fondée sur une décision de refus de titre de séjour, une obligation de quitter le territoire français et une décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, illégales ;

- elle méconnaît, par ailleurs, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est fondée sur une décision de refus de titre de séjour, une obligation de quitter le territoire français, une décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et une interdiction de retour sur le territoire français, illégales ;

- elle méconnaît le principe général du respect des droits de la défense, garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 10 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 11 avril 2022.

Un mémoire présenté pour M. C a été enregistré le 14 avril 2022.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. C a été rejetée par une décision du 17 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bergerat, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, né en 1979, de nationalité malienne, déclare être entré irrégulièrement en France le 8 mai 2012. La demande d'asile de l'intéressé a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 décembre 2014, décision confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 13 juillet 2015. Il a ensuite fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français, le 23 mars 2016, dont la légalité a été confirmée par le Tribunal le 12 octobre 2016, et le 7 mai 2019, lesquelles décisions n'ont pas été exécutées. Le 29 mars 2021, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié " ou à titre subsidiaire, son admission exceptionnelle au séjour, et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ". Par la présente requête, M. C demande l'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 30 septembre 2021, publié le même jour au recueil spécial n° 225 des actes administratifs de la préfecture du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à Mme B A de la Perrière, signataire de la décision attaquée, attachée principale d'administration de l'Etat, cheffe de bureau du contentieux et du droit des étrangers, à l'effet de signer la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il ressort notamment des termes de la décision attaquée que les textes dont il est fait application sont intégralement cités et que le préfet du Nord a mentionné les éléments relatifs à la situation personnelle, familiale et professionnelle de l'intéressé, ainsi que les conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

4. En troisième lieu, le refus de titre de séjour en litige est fondé sur l'absence de visa long séjour pour exercer une activité salariée et sur ce que M. C ne présente aucun motif humanitaire ou exceptionnel pour une admission au séjour en raison de sa vie privée et familiale ou en raison de son activité salariée.

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

6. Pour refuser d'admettre au séjour à titre exceptionnel M. C et de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale ", le préfet du Nord s'est fondé sur la circonstance que la demande de l'intéressé ne présentait aucun motif humanitaire ou exceptionnel. Si pour contester ce motif M. C soutient qu'il réside sur le territoire français depuis 2012, il est constant que ce séjour s'est déroulé principalement de manière irrégulière. En outre, il est constant que le requérant est célibataire et que ses trois enfants mineurs résident en Côte d'Ivoire. A cet égard, la circonstance que le préfet du Nord n'aurait pas examiné s'il était admissible dans ce pays est sans incidence sur la légalité de la décision au regard des dispositions précitées. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C a développé des liens privés et familiaux en France, alors qu'il a vécu jusqu'à l'âge de trente-trois ans en Côte d'Ivoire. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demande, a commis une erreur de droit ou une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle en refusant de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " au titre de l'admission exceptionnelle.

7. Par ailleurs, pour refuser l'admission exceptionnelle de M. C et la délivrance d'une carte de séjour temporaire " salarié ", le préfet du Nord a considéré que les éléments de la situation du requérant ne constituaient pas, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Il ressort des pièces du dossier que M. C a exercé une activité professionnelle sous plusieurs contrats à durée déterminée de février 2014 à février 2017 puis sous contrat à durée indéterminée à compter du 8 février 2017 en qualité de " plongeur ". Le 1er septembre 2017, il a conclu un second contrat à durée indéterminée avec une seconde société pour exercer les mêmes fonctions de " plongeur ". Il a poursuivi cette activité de 2017 à 2021. Toutefois, ses efforts d'insertion professionnelle ne constituent pas, à eux seuls, des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels. En outre, la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur précisant les critères pouvant être pris en compte pour l'examen des demandes d'admission exceptionnelle au séjour n'a pas été publiée dans les conditions prévues par les articles L. 312-2, L. 312-3, R. 312-10 et D. 312-11 du code des relations entre le public et l'administration et ne figure pas parmi la liste des documents opposables. Par suite, M. C ne peut utilement se prévaloir de cette circulaire, qui ne comporte que des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation. Au surplus, il est constant que l'activité professionnelle du requérant s'est exercée sans que l'employeur de M. C ne sollicite d'autorisation de travail. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demande ou qu'il a commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer une carte de séjour temporaire " salarié " au titre de l'admission exceptionnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé par la voie de l'exception, tiré de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

10. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Dès lors, le droit de l'intéressé d'être entendu, étant ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

11. A l'occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour, M. C a eu la possibilité de faire état de l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle, professionnelle et familiale et a pu, durant l'instruction de sa demande, adresser au préfet du Nord les éléments complémentaires qui lui semblaient pertinents pour apprécier sa situation. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé disposait d'informations tenant à sa situation qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre la mesure qu'il conteste et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Il ne pouvait ignorer, et sans que le préfet du Nord soit tenu de le lui rappeler à l'occasion du dépôt de sa demande, qu'en cas de refus il pourrait faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

12. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et qu'il mentionne les éléments relatifs à la situation personnelle, professionnelle et familiale de l'intéressé. Dès lors, et en tout état de cause, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

13. En quatrième lieu, si M. C se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France, il résulte de ce qui a été dit précédemment que celui-ci s'est déroulé principalement de manière irrégulière ou précaire. En outre, il est célibataire et ne démontre pas avoir développé des attaches privées et familiales sur le territoire français, alors que ses trois enfants mineurs résident en Côte d'Ivoire où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-trois ans. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé par la voie de l'exception, tiré de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 : " La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire, sans préjudice des exceptions visées aux paragraphes 2 et 4 () / 2. Si nécessaire, les Etats membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée du séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " II. ' L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Le délai de départ volontaire accordé à l'étranger peut faire l'objet d'une prolongation par l'autorité administrative pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. / () ".

16. D'une part, en réservant l'hypothèse de circonstances particulières, le II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a entendu garantir un examen de chaque situation individuelle au cas par cas et ne peut dès lors être regardé comme méconnaissant les dispositions de l'article 7 de la directive, qu'il a eu pour objet de transposer. D'autre part, ces dernières dispositions législatives laissent, de façon générale, un délai de trente jours pour le départ volontaire de l'étranger qui fait l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Les dispositions du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient expressément que l'autorité administrative prolonge, le cas échéant, le délai de départ volontaire d'une durée appropriée pour faire bénéficier les étrangers, dont la situation particulière le nécessiterait, de la prolongation prévue par le paragraphe 2 de l'article 7 de la directive. Dans ces conditions, les dispositions du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas incompatibles avec les objectifs de l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008.

17. Enfin, par l'arrêté attaqué, le préfet du Nord a laissé à l'intéressé, pour quitter le territoire français, le délai de trente jours prévu par les dispositions du II de l'article L. 511-1 précité. Le requérant n'établit ni même n'allègue avoir fait état au préfet du Nord de circonstances exceptionnelles justifiant qu'un délai supérieur lui soit accordé. Dans le cadre de la présente instance, le requérant ne justifie pas davantage de telles circonstances exceptionnelles. Par suite, le préfet du Nord en fixant ce délai à trente jours n'a commis ni erreur de droit ni d'appréciation, et n'a pas davantage entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours, ne peut qu'être écarté.

19. En second lieu et d'une part, contrairement à ce que fait valoir M. C, le Mali, pays dont il a la nationalité, n'est pas nécessairement le seul pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé dès lors que la décision mentionne également le pays pour lequel il établit être légalement admissible. A ce titre, il ressort des pièces du dossier que M. C a vécu en Côte d'Ivoire jusqu'à l'âge de 33 ans où résident ses enfants. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit, notamment au point 6 du présent jugement, que le requérant ne justifie pas d'attaches privées et familiales intenses en France. Eu égard à ces éléments, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

20. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, de l'obligation de quitter le territoire français, de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours et de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

21. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".

22. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C n'aurait pas eu la possibilité, pendant l'instruction de sa demande de titre de séjour, de faire état de tous les éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle susceptibles d'influer sur le contenu des décisions se prononçant sur cette demande. Par suite, et eu égard aux principes rappelés précédemment, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait le principe général des droits de la défense, qui est au nombre des principes généraux du droit de l'Union européenne, doit être écarté.

23. En troisième lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement, dans son principe et sa durée, la décision d'interdiction de retour, eu égard notamment à l'ancienneté de la présence de l'étranger sur le territoire français et de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence en France.

24. En l'espèce, les circonstances, que le requérant n'aurait jamais troublé l'ordre public depuis son entrée en France et qu'il exerce une activité professionnelle depuis 2014 ne constituent pas des circonstances faisant obstacle à l'édiction d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M C, alors qu'il a déjà fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement non exécutées. Dans ces conditions, en interdisant au requérant de retourner en France pendant une durée d'un an, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou de la situation personnelle de l'intéressé.

25. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés précédemment, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

26. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

27. Le présent jugement qui rejette les conclusions aux fins d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. C une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Perdu, présidente,

- Mme Bergerat, première conseillère,

- M. Fabre, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2022.

La rapporteure,

signé

S. BERGERAT

La présidente,

signé

S. PERDULa greffière,

signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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