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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2201811

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2201811

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2201811
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantFROMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 mars 2022 et 14 novembre 2022, M. et Mme I et L E, M. A M et Mme K H, représentés par Me Holterbach, demandent au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 24 janvier 2018, 30 avril 2018 et 9 novembre 2021 par lesquels le maire de Templeuve-en-Pévèle a délivré un permis d'aménager puis deux permis d'aménager modificatifs à MM. et Mme J en vue de la création de trois lots à bâtir sur un terrain situé chemin de la Campagnette et portant au cadastre les numéros AR 283, AR 284 et AR 285 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Templeuve-en-Pévèle la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les arrêtés attaqués sont entachés d'incompétence ;

- ils méconnaissent l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- ils méconnaissent les articles R. 442-13 et R. 442-14 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté du 9 novembre 2021 est illégal dès lors que le permis d'aménager initial est caduc au regard des dispositions de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires enregistrés les 21 août 2022 et 16 décembre 2022, la commune de Templeuve-en-Pévèle, représentée par Me Fromont, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir :

- à titre principal, que la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive et que les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;

- à titre subsidiaire, que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à MM. et Mme J qui n'ont pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,

- les observations de Me Hau substituant Me Holterbach, représentant M. et Mme E, M. M et Mme H,

- les observations de Me Fromont, représentant la commune de Templeuve-en-Pévèle,

- les observations de M. B J.

Une note en délibéré présentée pour M. et Mme E, M. M et Mme H a été enregistrée le 6 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Le 24 janvier 2018, le maire de la commune de Templeuve-en-Pévèle a délivré à MM. et Mme J un permis d'aménager en vue de la création de trois lots à bâtir sur un terrain situé chemin de la Campagnette et cadastré AR 283, AR 284 et AR 285. Par des arrêtés du 30 avril 2018 et 9 novembre 2021, le maire de Templeuve-en-Pévèle a autorisé les pétitionnaires à vendre les lots avant l'achèvement des travaux et les a autorisés à différer la réalisation des travaux de finition. Par la requête susvisée, M. et Mme E, M. M et Mme H demandent au tribunal d'annuler les arrêtés du 24 janvier 2018, 30 avril 2018 et 9 novembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, lorsqu'une autorisation d'urbanisme a été délivrée en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance de l'autorisation, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. La circonstance qu'une autorisation d'urbanisme soit entachée d'une illégalité externe, notamment d'incompétence, ne fait pas obstacle à une telle régularisation. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

3. Si les requérants soutiennent que le permis d'aménager initial délivré le 24 janvier 2018 signé par Mme D, adjointe au maire bénéficiaire d'une délégation de signature n° 2014-79 portant sur " tous documents relatifs à l'administration municipale ", est entaché d'incompétence, le permis d'aménager modificatif délivré le 30 avril 2018 a été signé par le maire de Templeuve-en-Pévèle lui-même qui, au regard des mentions figurant dans l'arrêté n° 2014-79 selon lesquelles cette délégation s'exerçait sous sa surveillance et sa responsabilité, n'avait pas entendu se dessaisir de sa compétence. Par ailleurs, le second permis d'aménager modificatif délivré le 9 novembre 2021 a été signé à nouveau par Mme D qui bénéficiait alors d'une délégation de signature n° 2020-127 du 26 mai 2020, reçue en préfecture le 18 juin 2020 et régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la commune n° 2020-03, l'autorisant à signer les actes et décisions relatifs aux autorisations du droit des sols. Par suite, le vice, à le supposer établi, procédant de l'incompétence de la signataire du permis d'aménager initial a été régularisé alors même, que ces permis modificatifs n'auraient pas été pris dans un but de régularisation. Le moyen invoqué doit donc être écarté en toutes ses branches.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet sera desservi par le chemin de la Campagnette, voie à sens unique d'une largeur de quatre mètres qui apparait suffisante pour y accéder en toute sécurité. L'augmentation du trafic sur cette voie engendrée par le projet, qui n'est susceptible d'aboutir qu'à la création de trois logements, n'apparait pas de nature à créer un risque particulier pour la sécurité publique. Dans ces conditions, en délivrant le permis d'aménager en litige, le maire de la commune de Templeuve-en-Pévèle n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la déclaration attestant l'achèvement et la conformité des travaux signée par un agent de la commune de Templeuve-en-Pévèle le 12 avril 2018, que les travaux de voirie, de raccordement aux réseaux d'électricité, d'eaux usées et d'eau potable et de téléphonie, autorisés par l'arrêté du 24 janvier 20218, ont été achevés le 12 avril 2018. Par ailleurs, MM. et Mme J ont obtenu, par un arrêté du 30 avril 2018, l'autorisation de différer les travaux de finition à condition de les effectuer avant le 31 décembre 2021, échéance repoussée au 31 décembre 2022 par un arrêté du 9 novembre 2021. Par suite, les travaux ayant été entrepris dans le délai de trois ans prévu par les dispositions de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme, le permis d'aménager initial n'est pas devenu caduc et le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit dès lors être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 442-13 du code de l'urbanisme : " Le permis d'aménager ou un arrêté ultérieur pris par l'autorité compétente pour délivrer le permis autorise sur sa demande le lotisseur à procéder à la vente ou à la location des lots avant l'exécution de tout ou partie des travaux prescrits, dans l'une ou l'autre des hypothèses suivantes : / a) Le demandeur sollicite l'autorisation de différer, en vue d'éviter la dégradation des voies pendant la construction des bâtiments, la réalisation du revêtement définitif de ces voies, l'aménagement des trottoirs, la pose de leurs bordures, la mise en place des équipements dépendant de ces trottoirs ainsi que les plantations prescrites ; / Dans ce cas, cette autorisation est subordonnée à l'engagement du demandeur de terminer les travaux dans les délais que fixe l'arrêté et, si le lotisseur n'est pas une collectivité publique, à la consignation à cette fin, en compte bloqué, d'une somme équivalente à leur coût, fixé par ledit arrêté, ou à la production d'une garantie d'achèvement desdits travaux établie conformément à l'article R. 442-14 ; () ; / b) Le lotisseur justifie d'une garantie d'achèvement des travaux établie conformément à l'article R. 442-14. / Dans ce cas, l'arrêté fixe la date à laquelle l'organisme garant prévu à l'article R. 442-14 devra mettre les sommes nécessaires au financement des travaux à la disposition de l'une des personnes visées à l'article R. 442-15. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que MM. et Mme J ont sollicité le 12 avril 2018 auprès du maire de Templeuve-en-Pévèle l'autorisation de différer la réalisation du revêtement définitif de la voie ainsi que la plantation de la haie en limite séparative ouest en application des dispositions du a) de l'article R. 442-13 précité. Il ressort de l'attestation notariée du 10 avril 2018 que les pétitionnaires ont consigné à cette fin, en compte bloqué, une somme de 2 200 euros auprès de Me Lesage, notaire, possibilité prévue par les dispositions précitées. Cette attestation se distingue de la garantie d'achèvement des travaux qui doit être établie conformément aux dispositions de l'article R. 442-14 du code de l'urbanisme. Par suite dès lors que MM. et Mme J ont produit une attestation de consignation des sommes nécessaires à la réalisation des travaux de finition, ils n'avaient pas à produire la garantie d'achèvement des travaux prévue par l'article R. 442-14 du code de l'urbanisme. Dans ces circonstances, malgré l'erreur de plume entachant les arrêtés du 30 avril 2018 et du 9 novembre 2021 en tant qu'ils assimilent l'attestation notariale précitée à une garantie d'achèvement des travaux, le moyen tiré de la méconnaissance des articles R. 442-13 et R. 442-14 du code de l'urbanisme doit être écarté.

10. Il résulte de ce tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions présentées par M. et Mme E, M. M et Mme H à fin d'annulation des arrêtés litigieux doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Templeuve-en-Pévèle, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire de M. et Mme E, M. M et Mme H la somme de 1 500 euros au bénéfice de la commune de Templeuve-en-Pévèle en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme E, M. M et Mme H est rejetée.

Article 2 : M. et Mme E, M. M et Mme H verseront solidairement à la commune de Templeuve-en-Pévèle, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme I et L E, M. A M, Mme K H, à M. B J, à Mme G J, à M. C J et à la commune de Templeuve-en-Pévèle.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- M. Liénard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

Q. LIENARD

Le président,

Signé

B. CHEVALDONNETLa greffière,

Signé

M. N

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme

La greffière,

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