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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2201819

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2201819

mardi 2 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2201819
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mars 2022, M. B D, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, en application des dispositions des articles L. 911-1, L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me Dewaele, à charge pour elle de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est également insuffisamment motivé.

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de l'irrégularité de la prise de l'avis du collège médical dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège médical a été pris à l'issue d'une réunion collégiale et que le médecin ayant établi le rapport n'a pas siégé au sein du collège ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est fondée sur une décision de refus de titre de séjour elle-même illégale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bergerat, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, né en 1951, de nationalité congolaise, est entré en France le 28 août 2016, muni de son passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 29 juillet 2016 au 11 novembre 2016. Le 3 avril 2017, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 15 novembre 2021, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 30 septembre 2021, publié le même jour au recueil spécial n° 225 des actes administratifs, le préfet du Nord a donné délégation à Mme C A de la Perrière, signataire de l'arrêté attaqué, attachée principale d'administration de l'Etat, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, à l'effet de signer les décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et mentionne, notamment, les éléments relatifs à son état de santé, sa situation familiale ainsi qu'aux conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire français. Dans ces conditions, et alors même que le préfet du Nord n'indiquerait ni les traitements existants en République démocratique du Congo (RDC) ni les motifs justifiant qu'il puisse bénéficier dans son pays d'origine d'une prise en charge médicale appropriée, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

4. En troisième lieu, il résulte des dispositions des articles R. 425-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'avis émis le 20 juillet 2021 par le collège de médecins de l'OFII sur l'état de santé du requérant porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", qui fait foi du caractère collégial de l'avis jusqu'à preuve du contraire, qui n'est pas apportée en l'espèce. Par ailleurs, il ressort des pièces produites aux débats par le préfet que le médecin instructeur ayant établi le rapport médical, qui était compétent pour établir un tel rapport en vertu de son appartenance au collège de médecins à compétence nationale désigné par l'OFII, n'a pas siégé au sein du collège de médecins qui a rendu l'avis du 20 juillet 2021. Par suite, et sans qu'il soit besoin de solliciter l'administration pour que soient communiqués les extraits du logiciel de traitement informatique Themis utilisé par l'OFII, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en raison du défaut de collégialité de l'avis émis le 20 juillet 2021 et de la présence en son sein du médecin ayant établi le rapport médical, doit être écarté dans toutes ses branches.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

7. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des dispositions de l'article L. 425-9, de vérifier, au vu de l'avis médical mentionné à l'article R. 425-11 précité, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

8. Il ressort des pièces du dossier que, par son avis du 20 juillet 2021, le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. D, qui souffre d'une hépatite B, d'un syndrome d'apnée du sommeil sévère et d'une hémiparésie gauche après un accident vasculaire cérébral ischémique survenu en 2015, et qui bénéficie d'une prise en charge kinésithérapique et d'un suivi cardio-vasculaire, nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, le requérant pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'il pouvait voyager sans risque vers ce pays. Le requérant soutient qu'au regard du rapport de stratégie de coopération de l'Organisation mondiale de la santé avec la RDC, il ne pourra pas bénéficier d'un suivi médical pluridisciplinaire ainsi que l'attestent deux certificats médicaux des 7 janvier et 28 janvier 2022. Toutefois, ces pièces dont les termes sont généraux, peu circonstanciés et pour les deux certificats, postérieurs à la décision attaquée, ne suffisent pas à établir que le requérant ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine pour sa prise en charge médicale. Dès lors, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord aurait inexactement appliqué les dispositions précitées. Le moyen doit être écarté.

9. En cinquième lieu, pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par M. D, le préfet du Nord a pris en compte l'avis du collège de médecins, les liens personnels et familiaux du requérant tant en RDC qu'en France ainsi que les modalités de son insertion au sein de la société française. Contrairement à ce que fait valoir le requérant, il lui appartient de renverser la présomption de disponibilité d'un traitement effectif dans son pays d'origine et le préfet du Nord a tenu compte de son âge dans le cadre de l'examen de la demande. Enfin, la circonstance que le préfet du Nord n'a pas indiqué les motifs pour lesquels il a estimé que le traitement de l'intéressé est désormais disponible dans son pays d'origine, contrairement à ce qui a été apprécié en 2017 ne révèle pas en elle-même que le préfet du Nord aurait commis un défaut d'examen sérieux de sa situation. Le moyen doit être écarté.

10. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D réside depuis cinq ans sur le territoire français, accompagné de son épouse qui fait l'objet, par un arrêté du même jour, d'un refus de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français. S'il soutient être hébergé chez son frère, il n'est toutefois pas dépourvu d'attaches familiales en RDC où résident ses six enfants dont deux mineurs et où il a vécu habituellement jusqu'à l'âge de 65 ans. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. Il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé, par la voie de l'exception, tiré de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, doit être écarté.

12. Compte tenu de ce qui précède, M. D, qui n'établit pas suffisamment qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement effectivement approprié dans son pays d'origine, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination :

13. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception, à l'encontre de ces décisions, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

14. Le présent jugement qui rejette les conclusions aux fins d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil de M. D une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Perdu, présidente,

- Mme Bergerat, première conseillère,

- M. Fabre, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2022.

La rapporteure,

signé

S. BERGERAT

La présidente,

signé

S. PERDULa greffière,

signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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