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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2201860

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2201860

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2201860
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLEQUIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 mars 2022, M. C A, représenté par Me Lequien, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2021 par lequel le sous-préfet de Valenciennes a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a indiqué qu'à l'expiration de ce délai il pourrait être éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays vers lequel il serait légalement admissible ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- il n'est pas établi que le signataire de la décision contestée était compétent pour ce faire ;

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée en droit ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que le signataire de la décision contestée était compétent pour ce faire ;

- il excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- la décision contestée est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi que le signataire de la décision contestée était compétent pour ce faire ;

- il excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive et, par suite, irrecevable ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A par une décision du 31 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fabre, président-rapporteur ;

- et les observations de Me Lequien pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, né le 2 décembre 1986 au Sénégal, de nationalité sénégalaise, est entré en France, selon ses déclarations, le 28 octobre 2018 sous couvert d'un titre de séjour délivré par la Confédération suisse valable jusqu'au 30 novembre 2019. Il a sollicité, le 29 novembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour " étudiant ". Par la requête dont le tribunal est saisi, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2021 par lequel le sous-préfet de Valenciennes a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a indiqué qu'à l'expiration de ce délai il pourrait être éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays vers lequel il serait légalement admissible.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé, pour le préfet du Nord et par délégation, par M. B D, sous-préfet de Valenciennes, qui était compétent pour ce faire en vertu d'un arrêté de délégation de signature du 1er décembre 2021 du préfet du Nord, régulièrement publié, le même jour, au recueil n°279 des actes administratifs de ladite préfecture.

3. En deuxième lieu, la décision de refus de séjour vise les textes dont elle fait application, notamment l'article L. 422-1, relatif aux titres de séjour " étudiant ", du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état des éléments de fait retenus par l'autorité préfectorale pour motiver la décision prise. Par suite, ladite décision, qui comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

5. Il ressort des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas contesté, que M. A ne justifie pas du visa long séjour exigé par les dispositions citées au point précédent. Le préfet du Nord a pu ainsi, à bon droit, rejeter pour ce motif la demande de délivrance d'un titre de séjour " étudiant " présentée par M. A.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il ne ressort pas de l'arrêté en litige que le préfet du Nord, qui n'y était d'ailleurs pas tenu, ait de son propre chef examiné le droit de l'intéressé à bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. M. A ne peut, par suite, utilement se prévaloir de la méconnaissance desdites dispositions.

8. En cinquième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, né le 2 décembre 1986 au Sénégal, de nationalité sénégalaise, est entré récemment en France, le 28 octobre 2018 selon ses déclarations, alors âgé de 31 ans. Il a fait l'objet, le 16 juillet 2019, d'une mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré. Il est célibataire et sans enfant et n'est pas dépourvu de toute famille au Sénégal où réside à tout le moins sa mère. Par suite, et en dépit de la formation suivie en France dont rien d'ailleurs n'établit qu'elle ne pourrait être continuée au Sénégal, la décision contestée n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté pour le même motif que celui indiqué au point 2 du présent jugement.

11. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté.

12. En troisième et dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle du requérant doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté pour le même motif que celui indiqué au point 2 du présent jugement.

15. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 13 que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet du Nord et à Me Lequien.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Fabre, président,

- Mme Monteil, première conseillère,

- Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 202Le président-rapporteur,

signé

X. FABREL'assesseur le plus ancien,

signé

A.-L. MONTEIL

La greffière,

signé

A. HAUTCOEUR

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

5

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