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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2201922

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2201922

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2201922
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCLEMENT D'ARMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2022, Mme A B, représentée par

Me Clément, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour du 18 juin 2021 ;

2°) d'annuler la décision expresse du 5 octobre 2021 par laquelle le préfet du Nord a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder à un réexamen de sa demande de titre de séjour, en toute hypothèse dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et, en cas de réexamen, de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision implicite de refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision expresse du 5 octobre 2021 de refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour :

- il appartient au préfet de justifier de la compétence du signataire de la décision contestée ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale dès lors qu'elle se fonde sur une version de l'article R.313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile abrogée à la date de la décision attaquée ;

- et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions combinées des articles L.412-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance du 16 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au

7 juillet 2023 à 12 h 00.

En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, l'instruction a été rouverte pour l'élément demandé en vue de compléter l'instruction par lettre du

5 septembre 2023.

Par un courrier du 11 septembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'inexistence de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour du

18 juin 2021.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 novembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Horn a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 12 avril 1979 à Dar El Kebdani (Maroc) a sollicité par courriels du 18 juin, 7 juillet, 20 juillet, et 31 août 2021, des rendez-vous en préfecture du Nord afin de déposer une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et, à titre subsidiaire, de l'article L.435-1 du même code. Par un courriel du

5 octobre 2021, le préfet du Nord a expressément refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour. Par la présente requête, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour du

18 juin 2021 ainsi que la décision du 5 octobre 2021 par laquelle le même préfet a expressément refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour du 18 juin 2021 :

2. Le 18 juin 2021, Mme B a déposé une première demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et à titre subsidiaire de l'article L.435-1 du même code. Par un courriel du

5 octobre 2021, le préfet du Nord a expressément refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour. Ainsi, cette demande n'a pas donné lieu à la naissance d'une décision implicite le

18 octobre 2021, qui ne serait intervenue qu'en cas de silence gardé sur sa demande pendant un délai de quatre mois. Par suite, les conclusions dirigées contre cette décision implicite, qui n'existe pas, sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision expresse de refus d'enregistrement du 5 octobre 2021 :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents () ". Selon l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé à ce code ". Enfin, en application de l'article R. 431-12 de ce code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. En outre, le refus d'enregistrer une demande tendant à l'octroi d'un titre de séjour, à l'appui de laquelle est présenté un dossier incomplet, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir, sauf à ce que le requérant justifie du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'étranger est exempté de la production du visa de long séjour mentionné au même article pour la première délivrance des cartes de séjour suivantes : () 2° La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue aux articles L. 423-7, L. 423-13, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 ; 6° La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " délivrée sur le fondement des articles L. 435-1 ou L. 435-2 () ". Et, les points 37 et 66 de l'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fixent la liste des pièces devant être présentées respectivement à l'appui d'une première demande de titre de séjour fondée sur les dispositions de l'article L. 423-23 et de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au nombre desquelles ne figure pas le visa de long séjour.

6. Il ressort des pièces du dossier que, par courriel du 5 octobre 2021, un agent des services de la préfecture du Nord, au demeurant non identifié, a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme B au motif qu'elle ne justifiait pas d'un visa de long séjour requis pour séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois. A supposer qu'en opposant un tel motif à l'appui de la décision refusant d'enregistrer sa demande, le préfet du Nord ait entendu lui opposer le caractère incomplet de sa demande de titre, il ressort des dispositions citées au point précédent qu'aucun visa de long séjour n'est exigible à l'appui d'une telle demande. Dès lors, le défaut de visa de long séjour ne saurait pas plus établir le caractère abusif ou dilatoire de la demande de titre de séjour de Mme B. Dans ces conditions, à défaut d'autre motif invoqué par le préfet pour justifier le refus d'enregistrer sa demande de titre, Mme B est fondée à soutenir que le préfet du Nord a méconnu les dispositions précitées.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du

5 octobre 2021 par laquelle le préfet du Nord a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Nord convoque

Mme B afin qu'elle puisse déposer son dossier de demande de titre de séjour et qu'il procède à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour, sous réserve de complétude de son dossier. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de fixer un rendez-vous à cette fin, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que

Me Clément, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Clément d'une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 5 octobre 2021 par laquelle le préfet du Nord a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de convoquer Mme B et d'enregistrer sa demande de titre de séjour, sous réserve de complétude de son dossier, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Clément une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que

Me Clément renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet du Nord et à

Me Clément.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

Le rapporteur,

signé

J. HORNLa présidente,

signé

J. FÉMÉNIA

La greffière,

signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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