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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2201945

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2201945

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2201945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCLEMENT D'ARMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mars 2022, Mme C, représentée par Me Clément, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 octobre 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à son profit ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de rétablir ses conditions matérielles d'accueil à compter du 4 octobre 2021, de procéder au versement des sommes non perçues depuis cette date, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Clément, avocat de Mme B, de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente à défaut pour l'OFII de justifier d'une délégation de signature ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure à défaut d'entretien individuel, en méconnaissance de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'avis du médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que les demandeurs d'asile, y compris en cas de retour en France après avoir exécuté leur transfert, ont droit aux conditions matérielles d'accueil ; en outre, elle ne peut être regardée comme n'ayant pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile; les autorités espagnoles n'ont pas pris en charge sa demande d'asile ni ne l'ont fait bénéficier de conditions d'accueil dignes ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il présente une situation de particulière vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision attaquée du 4 octobre 2021 dès lors que la décision du 19 mai 2022, de même portée, s'est substituée à elle.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leclère,

- et les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante guinéenne née le 18 juin 1944 à Conakry (Guinée), a présenté une demande d'asile auprès des autorités françaises le 28 septembre 2020 et a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Sa demande d'asile a été enregistrée selon la procédure dite " Dublin " et son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande, a été mis à exécution le 6 mai 2021. De retour en France, Mme B a présenté une nouvelle demande d'asile, le 27 août 2021, et accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office à son profit. L'intéressée a cependant fait l'objet d'une décision de cessation totale et immédiate prise par le directeur territorial de l'OFII le 4 octobre 2021, au motif qu'elle n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Par une ordonnance n° 2201942 rendue sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, le juge des référés du présent tribunal a suspendu l'exécution de cette décision et a enjoint à l'OFII de procéder au réexamen de la situation de Mme B. Suite à ce réexamen et par une nouvelle décision du 19 mai 2022, le directeur territorial de l'OFII a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil dont bénéficié Mme B. Par sa requête, Mme B demande au tribunal d'annuler la seule décision du 4 octobre 2021.

Sur le non-lieu à statuer et l'étendue du litige :

2. D'une part, si, lorsque pour l'exécution d'une ordonnance du juge des référés qui a suspendu un refus, la décision de l'administration accordant l'autorisation ou l'avantage sollicité a par nature un caractère provisoire, et ne rend donc pas sans objet les conclusions dirigées contre le refus initial, il n'en est pas de même lorsque l'administration, après réexamen, a pris une nouvelle décision de refus. Dans cette hypothèse, le nouveau refus se substitue à la précédente décision dont la suspension avait été ordonnée.

3. D'autre part, lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision.

4. La décision de refus de rétablissement dans les conditions matérielles d'accueil opposée à Mme B le 19 mai 2022, prise à la suite du réexamen de la demande de la requérante en exécution de l'ordonnance de référé du présent tribunal, s'est substituée à la décision du 4 octobre 2021. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 4 octobre 2021, qui sont devenues sans objet.

5. En revanche, les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 19 mai 2022 par laquelle le directeur de l'OFII lui a refusé le rétablissement dans les conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 19 mai 2022 :

6. En l'absence de moyens propres dirigés contre la décision du 19 mai 2022, y compris après que les parties aient été informées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision attaquée du 4 octobre 2021 dès lors que la décision du 19 mai 2022, de même portée, s'est substituée à elle, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette dernière ne peuvent qu'être rejetées.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulations présentées par Mme B contre la décision du 19 mai 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction de Mme B ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme B tendant à l'annulation de la décision du 4 octobre 2021 du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Clément et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Baillard, président,

- Mme Leclère, première conseillère,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

M. LECLÈRELe président,

Signé

B. BAILLARD

La greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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