mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2202144 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SCP MOUGEL-BROUWER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 mars 2022, le 10 juin 2022 et le 21 octobre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Nature et Vacances, représentée par Me Haudiquet, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 11 février 2022 par laquelle le préfet du Nord a retiré les décisions d'indemnisation relatives à l'activité partielle des 15 avril, 7 mai et 10 juin 2020, portant sur les mois de mars, avril et mai 2020, et lui a réclamé le remboursement de la somme de 18 943,61 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité habilitée ; et la décision ne mentionne pas l'empêchement ou l'absence du délégataire ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle mentionne un montant correspondant à l'intégralité de l'indemnisation qu'elle a perçue jusqu'au mois de juillet 2020, sans exposer pourquoi ce remboursement ne devrait pas se limiter à la période du 17 mars 2020 au 31 mai 2020 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration, les décisions des 15 avril, 7 mai et 10 juin 2020 étant créatrices de droits et ne pouvant être retirées qu'en cas d'illégalité et dans un délai de quatre mois ; à supposer même qu'une illégalité ait existé, celle-ci était couverte par le remboursement qu'elle a effectué le 1er juillet 2020 ;
- la décision attaquée ne pouvait être fondée sur les dispositions de l'article L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration, les conditions de l'activité partielle n'étant pas en cause, s'agissant seulement d'une question de quantum de l'indemnisation, et l'allocation d'activité partielle ne constituant pas une subvention au sens de ce texte compte tenu de son caractère indemnitaire ;
- le préfet du Nord ne pouvait procéder à un retrait de la totalité des sommes versées sur la période en litige, compte tenu de la modicité des heures déclarées à tort et de la régularisation intervenue.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Nature et Vacances ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fougères,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 1er avril 2020, la société Nature et Vacances, qui exploite seize campings situés dans les départements de la Somme, du Nord et du Pas-de-Calais, a sollicité l'autorisation de placement en activité partielle de dix salariés sur la période du 17 mars 2020 au 16 septembre 2020. Par une décision du 3 avril 2020, il a été fait droit à sa demande, pour un volume total de 7 240 heures et, à la suite de quatre décisions successives, la société Nature et Vacances a perçu une somme totale de 23 105,01 euros. Le 31 décembre 2021, l'inspection du travail du Nord a dressé un procès-verbal pour des infractions, concernant deux salariés sur les mois de mars, avril et mai 2020, de travail dissimulé par dissimulation d'heures de travail et fraude pour l'obtention de l'allocation compensant la menace ou l'atteinte à l'emploi. Le 1er juillet 2020, la société Nature et Vacances a procédé au remboursement d'une somme de 2 100,91 euros correspondant à une partie des allocations d'activité partielle versées pour les mois de mars, avril et mai 2020 pour un total de 21 044,52 euros. Par une décision du 11 février 2022, le préfet du Nord a retiré les décisions d'indemnisation précédemment rendues en faveur de la société Nature et Vacances pour les mois de mars, avril et mai 2020, pour un montant de 18 943,61 euros, déduction faite du remboursement effectué. Par la présente requête, la société Nature et Vacances sollicite l'annulation de cette dernière décision.
2. En premier lieu, par un arrêté du 19 juillet 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 165 de la préfecture du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à M. F E, directeur départemental de l'emploi, du travail et des solidarités du Nord, à l'effet de signer, dans le cadre de ses attributions et compétences, tous actes et décisions intervenant dans des domaines limitativement définis, parmi lesquels figurent les aides aux salariés placés en activité partielle et l'activité partielle en cas de réduction d'activité durable. Aux termes du premier article de l'arrêté du 2 août 2021, portant modification de la subdélégation de signature de M. F E aux agents de la direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 178 de la préfecture du Nord, le préfet du Nord a donné subdélégation de signature à M. D C, directeur départemental adjoint, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E n'aurait pas été absent ou empêché, sans qu'importe la circonstance que la décision attaquée ne mentionne pas l'absence ou l'empêchement de celui-ci. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ".
4. En l'espèce, la décision contestée, qui vise notamment les articles R. 5122-11 et R. 5122-19 du code du travail ainsi que l'article L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration, rappelle les constatations de l'inspecteur du travail du Nord dans le procès-verbal n° 2021/103, considère que les conditions d'octroi de l'activité partielle n'ont pas été respectées pour les mois de mars, avril et mai 2020 et mentionne que la société requérante a perçu une somme totale de 21 044,52 euros entre le 17 avril 2020 et le 15 juin 2020, de sorte qu'elle est redevable d'un montant total de 18 943,61 euros, après déduction d'une somme de 2 100,91 euros correspondant à 180,5 heures indemnisées faussement déclarées chômées sur la période de mars à mai 2020, remboursée par la société Nature et Vacances. Elle énonce ainsi l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, de manière suffisamment circonstanciée pour, d'une part, mettre l'intéressé en mesure d'en discuter utilement les motifs et, d'autre part, permettre au juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision en litige doit être écarté.
5. En dernier lieu, d'une part, le I de l'article L. 5122-1 du code du travail, dans sa rédaction applicable à la cause, dispose : " I. - Les salariés sont placés en position d'activité partielle, après autorisation expresse ou implicite de l'autorité administrative, s'ils subissent une perte de rémunération imputable : / -soit à la fermeture temporaire de leur établissement ou partie d'établissement ; / -soit à la réduction de l'horaire de travail pratiqué dans l'établissement ou partie d'établissement en deçà de la durée légale de travail. / () ". L'article R. 5122-1 de ce code prévoit que : " L'employeur peut placer ses salariés en position d'activité partielle lorsque l'entreprise est contrainte de réduire ou de suspendre temporairement son activité pour l'un des motifs suivants : / () / 5° Toute autre circonstance de caractère exceptionnel ". L'article R. 5122-2 de ce code ajoute : " L'employeur adresse au préfet du département où est implanté l'établissement concerné une demande préalable d'autorisation d'activité partielle. / La demande précise : / 1° Les motifs justifiant le recours à l'activité partielle ; / 2° La période prévisible de sous-activité ; / 3° Le nombre de salariés concernés. / () ". Aux termes de l'article R. 5122-5 du même code : " En cas de décision d'autorisation expresse ou tacite prévue à l'article R. 5122-4, l'employeur peut adresser à l'Agence de services et de paiement une demande d'indemnisation au titre de l'allocation d'activité partielle prévue à l'article L. 5122-1. / Cette demande comporte : / 1° Des informations relatives à l'identité de l'employeur ; / 2° La liste nominative des salariés concernés ainsi que le numéro d'inscription au répertoire national d'identification des personnes physiques ; / 3° Les états nominatifs précisant notamment le nombre d'heures chômées par salarié. / () ". L'allocation d'activité partielle, qui constitue la contrepartie de l'inactivité de salariés en raison de l'une des circonstances prévues par l'article L. 5122-1 du code du travail, est une subvention de l'Etat.
6. D'autre part, l'article L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Par dérogation à l'article L. 242-1, l'administration peut, sans condition de délai : () / 2° Retirer une décision attribuant une subvention lorsque les conditions mises à son octroi n'ont pas été respectées. " En outre, aux termes de l'article R. 5122-10 du code du travail, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " L'autorité administrative demande à l'employeur le remboursement à l'Agence de service et de paiement, dans un délai ne pouvant être inférieur à trente jours, des sommes versées au titre de l'allocation d'activité partielle en cas de trop perçu ou en cas de non-respect par l'entreprise, sans motif légitime, des engagements mentionnés au II de l'article R. 5122-9. / () ".
7. Dès lors tout d'abord que les dispositions de l'article L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration, sur lesquelles est notamment fondée la décision attaquée, dérogent aux dispositions de l'article L. 242-1 de ce code, le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet du Nord de ces dernières dispositions doit être écarté.
8. Par ailleurs, alors que la société Nature et Vacances a sollicité et obtenu l'autorisation de placement en activité partielle de dix salariés pour la période en litige, ainsi qu'il a été dit au point 1, le procès-verbal de l'inspecteur du travail du Nord ne relève une sous-évaluation du volume d'heures effectivement travaillées au cours de cette période que pour deux salariées. Il s'ensuit que les conditions d'octroi de l'allocation d'activité partielle, laquelle constitue une subvention au sens de l'article L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration précité, n'étaient pas respectées que pour ces deux salariées, Mme B et Mme A, de sorte que le préfet du Nord n'est pas fondé à solliciter sur le fondement des dispositions citées au point 6 le remboursement des allocations d'activité partielle versées pour les huit autres salariés.
9. En outre, le procès-verbal dressé par l'inspection du travail le 31 décembre 2021 mentionne, s'agissant de Mme A, que l'inspecteur du travail a relevé pour le mois de mars 2020 un total d'au moins 9,19 heures de travail dissimulé, pour le mois d'avril 2020 à tout le moins 66,58 heures de travail dissimulé, et pour le mois de mai 2020, un total d'au moins 14,58 heures dissimulées. Or, il ressort des pièces du dossier que la société Nature et Vacances a procédé dès le 1er juillet 2020, au remboursement d'une somme de 2 100,91 euros correspondant à 180,50 heures faussement déclarées chômées sur la période en litige, la régularisation portant, s'agissant de Mme A, sur 12,50 heures pour le mois de mars 2020, sur 73,50 heures pour le mois de mai 2020 et sur 35 heures pour le mois de mai 2020. Compte tenu des volumes horaires régularisés pour cette salariée et ayant donné lieu à un remboursement spontané avant la décision attaquée, et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la régularisation effectuée par la société Nature et Vacances omettrait des heures déclarées à tort chômées, en sollicitant le remboursement du surplus des allocations d'activité partielle correspondant à cette salariée, le préfet du Nord a méconnu les dispositions précitées.
10. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'alors le procès-verbal dressé par l'inspection du travail le 31 décembre 2021 mentionne, s'agissant de Mme B, un total de 21,64 heures de travail dissimulé pour le mois de mars 2020 et un total de 47,72 heures dissimulées pour le mois d'avril 2020, la régularisation de la société Nature et Vacances intervenue le 1er juillet 2020 n'a porté que sur un volume de 45,50 heures pour le mois d'avril 2020, soit un quantum inférieur à celui retenu par l'inspection du travail, et aucune régularisation n'est intervenue pour cette salariée pour le mois de mars 2020. Par suite, en sollicitant de la société Nature et Vacances le remboursement de l'intégralité des allocations d'activité partielle versées pour cette salariée, le préfet du Nord n'a pas méconnu les dispositions précitées.
11. Il résulte de ce qui précède que la décision du 11 février 2022 par laquelle le préfet du Nord a retiré les décisions d'indemnisation relative à l'activité partielle des 15 avril, 7 mai et 10 juin 2020 et estimé que la société Nature et Vacances devait rembourser une somme totale de 18 943,61 euros doit être annulée uniquement en tant qu'elle concerne les neuf salariés autres que Mme B.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Nature et Vacances et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du préfet du Nord du 11 février 2022 est annulée en tant qu'elle porte sur le remboursement des allocations d'activité partielle pour des salariés autres que Mme B.
Article 2 : L'Etat versera à la société Nature et Vacances une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée (SAS) Nature et Vacances et à la ministre du travail et de l'emploi.
Copie en sera adressée au préfet du Nord et au directeur départemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Nord.
Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cotte, président,
M. Fougères, premier conseiller,
M. Goujon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
V. Fougères
Le président,
signé
O. Cotte La greffière,
signé
J. Vandewyngaerde
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
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01/06/2026